Le Canada a déjà changé de chapitre politique. Justin Trudeau a annoncé son départ en janvier 2025, puis Mark Carney a pris la tête du gouvernement en mars 2025. Et lors des élections fédérales du 28 avril 2025, les libéraux ont conservé le pouvoir. Dans ce décor déjà renouvelé, l’idée d’un basculement “pro-Bitcoin” porté par Pierre Poilievre n’a pas disparu, mais elle s’est déplacée. Elle n’est plus une promesse de rupture immédiate. Elle ressemble davantage à un marqueur idéologique, utile en campagne, moins central une fois les rapports de force reconfigurés.
En bref :
- Trudeau n’est plus au pouvoir et Carney dirige le Canada depuis 2025.
- Poilievre reste chef conservateur, mais son moment “tout Bitcoin” ne s’est pas transformé en victoire électorale.
- Le Bitcoin reste un thème fort, surtout comme symbole de contestation monétaire.
La page Trudeau s’est tournée, mais la question Bitcoin reste là
Le départ de Trudeau n’a pas été un simple changement de visage. Il s’inscrit dans une séquence où le coût de la vie, le logement et l’usure du pouvoir ont pesé lourd. Son remplacement à la tête du Parti libéral a été acté par une course interne remportée très largement par Carney. Le message envoyé est clair : retour à une crédibilité économique “classique”, dans un moment tendu.
Dans ce contexte, Bitcoin a servi de symbole. Trudeau avait attaqué l’idée qu’on puisse “échapper” à l’inflation via les cryptos, en martelant que ceux qui auraient suivi ce conseil auraient vu leurs économies détruites. Cette phrase a marqué, car elle a figé le débat en duel moral : prudence contre audace, État protecteur contre autonomie financière.
Sauf que le marché, lui, ne fait pas de politique. Les cycles de Bitcoin ont continué, avec leurs hausses et leurs chutes. Résultat : le sujet n’a pas été enterré. Il est devenu plus subtil. On parle moins de “pari” et davantage de règles, d’accès, de produits financiers, et de place réelle dans l’épargne.
Poilievre, le pro-Bitcoin… et le candidat rattrapé par l’agenda
Poilievre a longtemps incarné une droite canadienne qui assume un discours monétaire frontal : trop de création monétaire, trop de dépenses, trop de pression sur les ménages. Bitcoin, dans ce cadre, devient une métaphore pratique. L’actif est rare, prévisible dans son émission, et donc utile pour attaquer la gestion de la monnaie fiduciaire.
Il a aussi mis en scène cette posture. L’épisode du shawarma payé en Bitcoin, devenu viral, lui a donné une image “terrain” et moderne, loin des discours technos abstraits. Le geste disait : ce n’est pas qu’un produit de traders, c’est un outil qu’on peut manipuler dans la vraie vie.
Mais la réalité électorale a été moins romantique. En avril 2025, les conservateurs ont perdu, et Poilievre a même perdu son siège avant de revenir ensuite par une partielle. Le parti l’a néanmoins confirmé comme chef début 2026, avec un score net lors de la revue de leadership. Le message interne est : “on continue”. Le message externe est plus ambigu : le Bitcoin mobilise la base, mais ne suffit pas à gagner le centre.
Bitcoin, refuge ou mirage : ce que le débat dit vraiment de l’économie
Le cœur du débat n’est pas “pour ou contre Bitcoin”. Il est ailleurs, dans la confiance. Quand l’inflation mord et que le logement devient une obsession nationale, les citoyens cherchent des sorties de secours. Certains vont vers des placements classiques. D’autres regardent Bitcoin comme une assurance contre les erreurs de pilotage.
Le problème, c’est que Bitcoin n’est pas une couverture parfaite. Sa volatilité peut punir les entrants impatients. Et politiquement, cela compte : un responsable public ne vend pas seulement une idée, il endosse aussi les mauvaises semaines. C’est une contrainte que les partisans du “tout Bitcoin” sous-estiment souvent.
Dans le même temps, l’adoption ne passe plus uniquement par le militantisme. Elle passe par des canaux plus ordinaires : exposition via des produits d’investissement, discussions sur la fiscalité, encadrement des plateformes. Le Bitcoin devient un sujet de plomberie financière. Moins glamour, mais plus durable.
2026 : pas de révolution pro-Bitcoin, plutôt une normalisation
Depuis l’arrivée de Carney, l’image projetée est celle d’une gestion économique axée sur la crédibilité et la stabilité, dans un climat où les tensions commerciales et la souveraineté pèsent sur le pays. Dans ce cadre, une bascule spectaculaire vers Bitcoin comme “politique nationale” paraît moins probable qu’un encadrement plus strict et une intégration progressive.
Côté conservateur, le sujet reste un levier narratif. Il permet de parler de liberté monétaire sans dire “dérégulation” à chaque phrase. Il permet aussi de toucher une génération qui a grandi avec les applis, pas avec les guichets. Mais l’élection de 2025 a montré une limite : l’histoire Bitcoin ne remplace pas un programme complet sur le logement, la productivité et les salaires.
Au fond, le Canada est entré dans une phase où Bitcoin n’est plus un ovni politique. Il devient un test. Test de pédagogie, test de crédibilité, test de cohérence. Et c’est peut-être là que le sujet gagne en maturité, presque malgré ses partisans les plus bruyants.
