Le CLARITY Act perd de l’élan au moment le plus sensible. Les probabilités de voir le texte signé cette année sont tombées à un nouveau plus bas, alors que Patrick Witt, conseiller crypto de la Maison-Blanche, s’apprête à partir en congé militaire et qu’Elizabeth Warren pousse pour ajouter des règles d’éthique plus strictes. Le texte reste vivant. Mais son chemin vers le Sénat devient plus étroit.
CLARITY Act : le doute revient avant le vote
Le CLARITY Act devait incarner la grande clarification réglementaire attendue par l’industrie crypto américaine. Selon CoinGape, les indicateurs de probabilité suivis par le marché sont tombés autour de 37 %, après avoir brièvement chuté à 24 % sur les dernières 24 heures. C’est un signal politique plus qu’un verdict définitif. Mais il montre que les investisseurs doutent de plus en plus du calendrier.
Le texte arrive pourtant à un stade avancé. Le 14 mai 2026, la commission bancaire du Sénat a approuvé le Digital Asset Market Clarity Act par 15 voix contre 9. Le projet a ensuite été transmis au Sénat pour une possible suite en séance.
Le problème est ailleurs. Le Congrès approche de la pause d’août. Les sénateurs doivent encore régler des désaccords lourds. Dans une fenêtre aussi courte, un texte peut avancer vite. Il peut aussi se retrouver bloqué par un amendement, une querelle de procédure ou une bataille politique plus large.
Le départ temporaire de Patrick Witt tombe mal
Le calendrier se complique avec l’absence annoncée de Patrick Witt. Selon CoinGape, le principal conseiller crypto de la Maison-Blanche doit prendre un congé militaire d’un mois pour suivre une formation au sein de la Garde nationale. Il devrait reprendre ses fonctions le 27 juillet.
Ce départ n’arrive pas au bon moment. Witt était présenté comme l’un des négociateurs clés de l’administration Trump sur le CLARITY Act. Il travaillait notamment sur les points sensibles liés aux rendements des stablecoins, aux règles d’éthique et aux préoccupations des forces de l’ordre.
Son adjoint Harry Jung devrait reprendre le dossier. Mais dans une négociation aussi tendue, perdre le visage principal des discussions peut ralentir les compromis. Ce n’est pas forcément fatal. C’est simplement un grain de sable au pire endroit.
Warren transforme l’éthique en ligne rouge
Elizabeth Warren veut déplacer le débat. Pour elle, le CLARITY Act ne doit pas seulement clarifier la frontière entre la SEC et la CFTC. Il doit aussi empêcher les responsables politiques, leurs familles et les hauts fonctionnaires de profiter d’un secteur qu’ils sont en train de réglementer.
La sénatrice avait déjà critiqué le texte en mai. Dans un communiqué officiel, elle affirmait que le projet ne contenait aucune disposition suffisante contre les conflits d’intérêts liés aux activités crypto de Donald Trump et de sa famille. Elle évoquait alors au moins 1,4 milliard de dollars de gains issus d’accords crypto, selon ses propres accusations politiques.
Cette offensive change la nature du débat. Les républicains veulent présenter le CLARITY Act comme une loi de structure de marché. Warren veut en faire aussi un test d’intégrité publique. Pour obtenir les voix nécessaires au Sénat, il faudra probablement trouver une formule entre ces deux visions.
La CFTC attend plus de pouvoir
Le fond du texte reste majeur pour la crypto américaine. Le CLARITY Act vise à définir plus clairement quels actifs numériques relèvent de la SEC et lesquels peuvent être traités comme des matières premières numériques. C’est la grande zone grise qui a nourri des années de procès, d’enquêtes et de départs d’entreprises vers l’étranger.
Le volet agricole du Sénat avance aussi dans cette direction. Le Digital Commodity Intermediaries Act, approuvé en commission le 29 janvier 2026, donnerait à la CFTC de nouvelles compétences pour encadrer les marchés spot de matières premières numériques. Le texte prévoit aussi des exigences de ségrégation des fonds clients, des protections contre les conflits d’intérêts et une coordination avec la SEC.
C’est ce qui rend le blocage actuel si important. L’industrie ne réclame pas seulement une victoire symbolique. Elle veut savoir sous quel régulateur elle doit se ranger, comment enregistrer ses plateformes et quelles règles appliquer aux tokens.
Le marché crypto déteste le flou politique
La chute des probabilités autour du CLARITY Act ne dit pas que le texte est mort. Elle dit plutôt que le marché ne croit plus à une trajectoire facile. L’optimisme du printemps a été remplacé par une lecture plus froide : l’éthique, les stablecoins, la CFTC, la SEC et le calendrier parlementaire doivent encore s’aligner.
Pour les entreprises crypto américaines, le risque est clair. Un échec prolongerait la régulation par l’incertitude. Les projets continueraient à lire les décisions judiciaires comme des cartes météo. Les investisseurs institutionnels, eux, resteraient prudents face à un marché encore trop dépendant des rapports de force à Washington.
Le CLARITY Act reste donc le texte à surveiller. Mais il n’est plus seulement une loi crypto. Il est devenu un test politique complet. Les États-Unis veulent-ils vraiment écrire des règles durables pour les actifs numériques ? Ou vont-ils laisser les conflits d’intérêts, les rivalités partisanes et le calendrier étouffer la réforme au dernier virage ?
En bref
- Le CLARITY Act voit ses chances de passage chuter fortement.
- Le congé militaire de Patrick Witt tombe au mauvais moment pour les négociations.
- Elizabeth Warren pousse pour des règles d’éthique plus strictes avant tout vote.
