Le Clarity Act devait être le texte fondateur de la régulation crypto américaine. Celui qui mettrait fin à des années de flou juridique. Celui qui rassurerait les entreprises, les investisseurs et même certains régulateurs. Pourtant, aujourd’hui, la dynamique s’est inversée. Le soutien s’effrite. Le calendrier glisse. Et dans les coulisses de Washington, l’hypothèse d’un échec n’est plus taboue.
En bref :
- Le Clarity Act devait devenir la grande loi crypto aux États-Unis, mais son avance s’est nettement ralentie.
- Des soutiens influents se retirent et le texte se retrouve coincé entre tensions politiques et divisions internes du secteur.
- À Washington, certains commencent à envisager un scénario où la loi ne passerait tout simplement pas.
Un projet central qui perd son moteur politique
Le Clarity Act n’avance plus. Après un passage encourageant à la Chambre des représentants, le texte devait entrer dans une phase décisive au Sénat. Les auditions étaient prêtes. Les amendements nombreux, mais attendus. Puis la mécanique s’est grippée.
Plusieurs soutiens majeurs de l’industrie ont commencé à prendre leurs distances. Officiellement, le texte est jugé trop complexe. Officieusement, il est perçu comme risqué. Certains acteurs estiment que la version actuelle pourrait créer plus de contraintes que d’opportunités. Résultat, les discussions en commission ont été repoussées. Sans nouvelle date claire.
Ce ralentissement n’est pas anodin. À Washington, un texte qui perd son momentum devient vite secondaire. D’autres priorités politiques prennent le dessus. Et chaque semaine de retard augmente le risque d’un abandon discret.
Des fractures internes à l’industrie crypto
Contrairement aux apparences, le problème ne vient pas seulement du Congrès. L’industrie crypto elle-même est divisée. Ce qui devait être un compromis acceptable pour tous s’est transformé en champ de tensions.
Un point cristallise les critiques. Il s’agit du traitement des stablecoins. En effet, certaines versions du texte limitent les mécanismes de rendement ou imposent des contraintes proches de celles du système bancaire classique. Pour plusieurs entreprises, c’est une ligne rouge. Elles y voient une remise en cause directe de modèles économiques déjà établis. D’ailleurs, le PDG de Bank of America se plaignait que les stablecoins à intérêts pourraient siphonner 6 000 milliards $ des banques.
A propos de la répartition des pouvoirs entre la Securities and Exchange Commission et la Commodity Futures Trading Commission, le Clarity Act voulait clarifier cette frontière. Mais certains estiment qu’il renforce indirectement l’approche répressive de la SEC, plutôt que de réellement équilibrer les rôles.

Sur X et YouTube, le ton a changé. Là où dominaient l’espoir et l’anticipation, on parle désormais de texte « mal calibré », voire « contre-productif ». Des analystes crypto, pourtant favorables à une régulation claire, alertent sur le risque de figer l’innovation américaine pendant que d’autres régions avancent plus vite.
Le retrait de soutiens clés change la donne
Le signal le plus fort est venu de grandes plateformes américaines. Lorsque Coinbase a publiquement exprimé ses réserves, le message a été reçu cinq sur cinq au Capitole. Sans appui clair de l’écosystème, défendre le texte devient politiquement coûteux.
Ce retrait a eu un effet domino. D’autres acteurs ont adopté un ton plus prudent. Certains lobbys, auparavant mobilisés, ont réduit leur présence. Dans un environnement déjà polarisé, cette perte d’unité affaiblit considérablement le projet.
Les marchés ont réagi. Pas de manière spectaculaire, mais significative. L’incertitude réglementaire, que le Clarity Act devait justement dissiper, est revenue au premier plan. Pour les investisseurs institutionnels, c’est un pas en arrière.
Le contexte politique n’aide pas non plus. En effet, le United States Congress fonctionne par fenêtres d’opportunité. Or, celle du Clarity Act se referme. Les échéances électorales approchent. Les priorités budgétaires et géopolitiques s’accumulent. La crypto n’est plus en haut de l’agenda.
Plusieurs sénateurs le reconnaissent en privé. Sans consensus fort et rapide, le texte risque de rester bloqué en commission. En effet, une réécriture complète est théoriquement possible. Mais elle demanderait du temps, de l’énergie politique et une volonté commune qui fait aujourd’hui défaut.
Certains observateurs évoquent même un scénario plus brutal. Le Clarity Act pourrait ne jamais être soumis au vote final. Non par rejet frontal, mais par épuisement progressif.
