Les stablecoins prennent le relais
En Afrique du Sud, les volumes liés à Bitcoin ne ressemblent plus à ceux de 2019 ou 2020. Carel de Jager, patron de la société d’analyse blockchain Sixpence, affirme qu’ils ne représentent désormais qu’une fraction de leurs anciens niveaux, alors que l’activité crypto totale est restée relativement stable. Une partie du vide a été remplie par les stablecoins.
Cette évolution rejoint ce que BrefCrypto observait récemment : près de 27 milliards de rands d’USDT ont circulé sur trois grandes plateformes sud-africaines en un an. On ne parle plus uniquement de traders attendant une hausse du marché.
Entreprises et particuliers utilisent ces dollars numériques pour transférer de l’argent, régler des transactions ou accéder plus facilement aux paiements internationaux.
Le mouvement apparaît aussi dans les données globales de Chainalysis. Malgré une chute d’environ 50 % de la capitalisation crypto durant la période étudiée en 2025-2026, l’activité économique on-chain mondiale n’a diminué que de 1,6 %. Surtout, 96 % de l’activité P2P mesurée par Chainalysis passe désormais par des stablecoins.
Les prix ont souffert. Les rails de paiement, beaucoup moins.
Les banques africaines commencent à suivre
Absa ne se contente justement plus d’observer les transactions.
La banque a développé son propre stablecoin, encore non commercialisé, avec une utilisation envisagée notamment pour les transactions entre entreprises. Elle conserve également les réserves en rands qui garantissent ZARsc, un stablecoin émis par Supercoin. Plusieurs millions de rands de ZARsc seraient déjà en circulation, avec des réserves conservées dans des comptes séparés et vérifiées indépendamment.
Le changement est notable pour le secteur bancaire africain. Il y a quelques années, la crypto représentait surtout un actif extérieur à son infrastructure. Les banques cherchent maintenant à savoir comment intégrer ces nouveaux rails dans le change, le commerce international et le règlement.
Sur le terrain, les fintechs avancent encore plus vite. DCS Pay et Kotani Pay préparent par exemple la conversion d’USDT et d’USDC vers les monnaies locales dans six marchés africains, avec connexion au mobile money, à l’USSD et aux systèmes de paiement domestiques.
Cette progression apporte toutefois un nouveau problème aux banques centrales. Un stablecoin en dollars permet de contourner certaines frictions du système financier traditionnel, tout en faisant circuler une monnaie étrangère sous une forme beaucoup plus accessible.
La réglementation commence donc à rattraper l’usage.
Bitcoin perd la spéculation, pas son rôle
Dire que les stablecoins remplacent Bitcoin serait néanmoins excessif.
Les deux actifs ne répondent pas au même besoin. Bitcoin reste utilisé comme actif d’investissement, réserve alternative et moyen de transfert. Un stablecoin cherche au contraire à maintenir une valeur relativement constante. Acheter de l’USDT à 1 dollar pour le revendre à 1 dollar n’offre pratiquement aucun intérêt spéculatif. Son intérêt apparaît lorsqu’il faut déplacer ce dollar.
C’est justement ce qui donne du poids aux chiffres africains.
Le Nigeria concentre déjà environ 60 % des entrées de stablecoins d’Afrique subsaharienne. Transferts internationaux, commerce, accès au dollar et protection contre la dépréciation monétaire alimentent cette demande. Le FMI s’inquiète d’ailleurs du risque de dollarisation numérique que cette adoption peut créer.
Le témoignage recueilli par Moneyweb apporte désormais une autre pièce : les entreprises clientes d’Absa utilisent déjà ces actifs et interrogent directement la banque sur leur intégration dans les opérations de change et de trade finance.
Cela change la lecture de l’adoption crypto en Afrique. Mesurer uniquement les volumes de trading Bitcoin peut donner l’impression d’un marché qui ralentit. Regarder les stablecoins raconte presque l’histoire inverse.
Bitcoin reste l’actif emblématique du secteur. Mais pour envoyer de l’argent, payer une entreprise ou déplacer des dollars entre deux pays africains, les stablecoins commencent à devenir l’infrastructure que les utilisateurs recherchaient depuis le début.