Le New York Stock Exchange se prépare à ouvrir la porte au trading 24/7 pour les actions américaines. Dit comme ça, on dirait un simple ajustement d’horaires. En réalité, c’est une bascule culturelle. Un vieux monde, rythmé par l’ouverture et la fermeture, commence à parler la langue d’un marché qui ne dort jamais : la crypto.
Quand Wall Street adopte le rythme crypto
Plus besoin d’attendre la cloche d’ouverture pour réagir à une annonce. L’info tombe et le marché bouge dans la foulée. Et quand la géopolitique s’en mêle, cette mécanique devient implacable. Bruxelles prépare déjà une riposte commerciale contre les entreprises américaines, pouvant grimper jusqu’à 100 milliards de dollars. Dans un contexte pareil, rester enfermé dans des horaires fixes ressemble presque à une contrainte d’un autre siècle.
Mais ce n’est pas juste une question de confort. Le 24/7 change la psychologie. Les marchés traditionnels ont des pauses. Elles servent aussi d’amortisseurs. La nuit “refroidit” les excès. Si les actions deviennent continues, le tempo s’accélère. Et quand le tempo s’accélère, les stratégies changent. De ce fait, les investisseurs à long terme devront cohabiter avec des flux plus nerveux.
Les plateformes crypto ont habitué les particuliers à l’instantané. Les brokers aussi. Si le NYSE veut garder l’attention, il doit offrir une expérience plus proche de ce que les utilisateurs vivent déjà ailleurs. Dans le fond, la crypto a imposé un standard. Ainsi, Wall Street s’adapte, même si elle ne le dira jamais aussi franchement.
24/7, oui… mais avec quelles règles ?
Un marché continu demande une plomberie robuste. Liquidité, spreads, market makers, gestion du risque, tout doit être recalibré. La nuit, il y a moins d’acteurs, moins d’ordres. Donc potentiellement plus de volatilité et des écarts de prix plus larges. En crypto, c’est fréquent, mais sur les actions, ça pourrait surprendre, surtout pour les valeurs moins liquides.
Ensuite, il y a la question des “moments faibles”. À 3h du matin, qui surveille ? Les algorithmes, évidemment. Cela veut dire qu’il y aura plus d’automatisation. Et donc plus de micro-mouvements. Des petites vagues qui, parfois, deviennent des grandes. Les flash moves n’ont pas besoin d’être dramatiques pour être coûteux.
Il faudra aussi penser au reporting, à la surveillance et à la conformité. Un marché 24/7 multiplie les fenêtres d’exposition aux manipulations, aux rumeurs, aux cascades de liquidation. La crypto a déjà vécu ces scénarios. Wall Street devra éviter de les importer sans filtre.
Pour les investisseurs actions, le 24/7 peut sembler séduisant. Réagir plus vite. Éviter le stress du “gap” à l’ouverture. Mais il y a un piège discret qui la fatigue décisionnelle. Quand le marché ne ferme jamais, la tentation de surveiller tout le temps augmente. Et plus on surveille, plus on agit. Et plus on agit, plus on se trompe.
