Crypto : pourquoi les résultats financiers peuvent tromper les investisseurs
Les nouvelles règles comptables crypto peuvent afficher des gains ou pertes très différents du prix réellement payé pour Bitcoin. Strategy en donne l’exemple.

Strategy a vendu 1 363 BTC à 59 256 dollars fin juin. Son prix d’achat moyen affiché était pourtant de 75 578 dollars. À première vue, l’écart représente environ 22 millions de dollars. Pourtant, dans ses comptes du deuxième trimestre, l’entreprise n’a déclaré que 900 000 dollars de pertes « réalisées » sur les actifs numériques. Erreur ? Non. La comptabilité crypto américaine fonctionne désormais autrement.
Crypto : Strategy montre le piège
L’exemple tombe bien après que Strategy a vendu 6 916 BTC avant d’en racheter à un prix beaucoup plus élevé.
Entre le 29 et le 30 juin, la société a cédé 1 363 bitcoins pour 80,8 millions de dollars. Son prix moyen global d’acquisition atteignait alors 75 578 dollars par BTC.
En prenant simplement cette moyenne, ces bitcoins auraient coûté environ 103 millions de dollars. Vente : 80,8 millions. Écart : autour de 22 millions.
Mais le document trimestriel initial de Strategy indique seulement 900 000 dollars de pertes réalisées pour l’ensemble du trimestre.
Les deux chiffres peuvent pourtant être comptablement cohérents.
Depuis l’adoption de nouvelles règles américaines, les cryptos concernées sont réévaluées à leur juste valeur à chaque période comptable. Le prix du Bitcoin monte ? Le gain entre directement dans le résultat. Il baisse ? Même chose avec la perte.
Le prix d’achat historique n’est donc plus la référence immédiate au moment de la vente.
La règle FASB change la lecture
Le changement vient de la norme ASU 2023-08 du Financial Accounting Standards Board.
Le FASB impose désormais la comptabilisation de certaines cryptos à leur juste valeur. Bitcoin et Ether entrent notamment dans ce cadre.
Lorsqu’une entreprise vend ses BTC, la perte « réalisée » apparaissant dans le compte de résultat mesure essentiellement l’écart entre le dernier prix auquel les bitcoins avaient déjà été réévalués et leur prix de vente.
Pas nécessairement l’écart entre le prix de vente et ce que l’entreprise les avait initialement payés.
Voilà le piège.
Autre exemple : Strategy a vendu 32 BTC à 77 135 dollars fin mai. Par rapport à son coût moyen global de 75 699 dollars, l’opération semble légèrement bénéficiaire.
Sauf que Strategy a ensuite précisé que les bitcoins réellement concernés avaient un coût d’acquisition de 125 464 dollars l’unité.
Même transaction. Même prix de vente. Lecture totalement différente.
Tous les actifs crypto ne sont pas logés à la même enseigne
La situation devient encore plus compliquée lorsque plusieurs types d’actifs numériques apparaissent au bilan.
La nouvelle règle concerne notamment les cryptos fongibles ne donnant pas un droit exécutoire sur un actif sous-jacent. Bitcoin entre dans cette catégorie. Les NFT, eux, en sont exclus. Beaucoup de stablecoins peuvent également tomber hors du dispositif lorsqu’ils donnent un droit de remboursement envers leur émetteur.
Une entreprise peut donc détenir plusieurs actifs crypto traités différemment dans les mêmes comptes.
Pour comprendre réellement une société de trésorerie Bitcoin, le bénéfice net trimestriel ne suffit plus. Il faut regarder le nombre de BTC, leur coût d’acquisition, les ventes, la méthode retenue pour identifier les lots et les variations de juste valeur. Le modèle des entreprises à trésorerie crypto comporte déjà plusieurs risques au-delà du simple cours de Bitcoin.
Même distinction pour l’investisseur : acheter un ETF Bitcoin et acheter une société exposée au BTC ne revient pas à acheter la même chose.
ASU 2023-08 a rendu les bilans crypto plus proches de la valeur réelle du marché. Elle n’a pas rendu leur lecture plus simple.


