Le cedi ghanéen, le naira nigérian et le shilling ougandais devraient rester sous pression face au dollar. La demande liée au pétrole, aux entreprises et aux importations augmente. Pendant ce temps, les monnaies du Kenya et de la Zambie devraient conserver une relative stabilité.
Le cedi ghanéen fragilisé par la demande de dollars
Le cedi est l’une des devises africaines les plus exposées à court terme. Cette dynamique rappelle la pression déjà observée sur le rand sud-africain face aux tensions dans le Golfe et à une économie fragile. Il s’échangeait autour de 11,53 pour un dollar le 16 juillet, contre 11,40 une semaine plus tôt, selon les données Reuters relayées par MarketScreener. Cette baisse intervient alors que les entreprises ghanéennes recherchent davantage de devises américaines.
La pression vient notamment des importateurs de produits pétroliers. La remontée des prix du brut augmente leurs besoins en dollars. Ils doivent mobiliser plus de devises pour financer les mêmes volumes d’énergie, ce qui réduit l’offre disponible sur le marché local.
La dernière vente de devises organisée par la Banque du Ghana montre l’ampleur du déséquilibre. Les entreprises ont présenté des demandes atteignant 311 millions de dollars. La banque centrale n’en proposait que 110 millions. Une grande partie de la demande reste donc insatisfaite, ce qui pourrait encore soutenir le dollar face au cedi.
Le naira pénalisé par la nouvelle stratégie de Dangote
Au Nigeria, le naira pourrait également perdre du terrain. La devise s’échangeait autour de 1 383 pour un dollar sur le marché officiel, contre 1 379 une semaine auparavant. Sur le marché parallèle, le dollar atteignait environ 1 425 nairas.
La nouvelle politique commerciale de la raffinerie Dangote accentue cette pression. L’entreprise a commencé à fixer en dollars les prix de certaines ventes locales de carburant. Cette décision pousse les distributeurs et les entreprises du secteur à rechercher davantage de monnaie américaine.
Le paradoxe est assez rude. Le Nigeria est un grand producteur de pétrole. Pourtant, son marché intérieur reste très sensible au dollar. Si les ventes locales de carburant exigent davantage de devises étrangères, les bénéfices attendus d’une capacité de raffinage nationale risquent d’être partiellement absorbés par la pression sur le naira.
Le shilling ougandais pourrait reprendre sa baisse
En Ouganda, le shilling devrait s’affaiblir après une courte période de calme. Les banques commerciales le cotaient entre 3 685 et 3 695 pour un dollar. Une semaine plus tôt, la fourchette se situait entre 3 680 et 3 690.
La demande de dollars avait temporairement ralenti à la mi-juillet. Plusieurs grandes entreprises devaient d’abord régler leurs obligations fiscales en monnaie locale. Elles ont donc vendu ou conservé leurs shillings au lieu d’acheter immédiatement des devises étrangères.
Cette pause pourrait désormais prendre fin. Après le paiement des taxes, les entreprises devraient revenir sur le marché pour financer leurs importations et leurs transactions internationales. Le dollar pourrait donc retrouver davantage d’acheteurs, avec une pression supplémentaire sur la monnaie ougandaise.
Le Kenya et la Zambie résistent mieux
Le shilling kényan devrait rester relativement stable. Il s’échangeait entre 129,25 et 129,45 pour un dollar, contre une fourchette de 129,15 à 129,35 une semaine plus tôt. Les cambistes estiment que l’offre et la demande de devises restent globalement équilibrées.
La Banque centrale du Kenya serait même intervenue en achetant des dollars. Ce geste est révélateur. Une banque centrale achète souvent des devises lorsque la monnaie locale devient trop forte ou lorsque les réserves doivent être renforcées. Nairobi ne semble donc pas confrontée à la même urgence que le Ghana ou le Nigeria, dans un pays où l’essor du mobile money kényan a déjà transformé une partie des usages financiers.
En Zambie, le kwacha devrait aussi se stabiliser avant l’adjudication de bons du Trésor prévue le 23 juillet. La monnaie s’échangeait autour de 18,44 pour un dollar, contre 18,31 une semaine auparavant. La demande de titres publics pourrait attirer des capitaux et limiter la baisse du kwacha.
Cette divergence montre que les devises africaines ne réagissent pas toutes de la même manière au dollar. Le pétrole pénalise le Ghana et complique la situation nigériane. Les flux fiscaux pèsent sur l’Ouganda. Le Kenya bénéficie d’un marché mieux équilibré, tandis que la Zambie attend le soutien de sa dette publique. Ce contraste rejoint aussi le rôle central du billet vert dans les marchés mondiaux, déjà visible lorsque l’inflation américaine, la Fed et l’Iran ont soutenu le dollar.
En bref
- Le cedi, le naira et le shilling ougandais restent sous pression.
- La demande de dollars liée au pétrole joue un rôle central.
- Le Kenya et la Zambie devraient conserver une relative stabilité.
