Michael Burry juge logique l’idée d’un rachat d’eBay par GameStop. Le pari paraît énorme, presque bancal à première vue. Pourtant, derrière ce choc entre une ancienne star des meme stocks et une place de marché historique, il y a une stratégie plus cohérente qu’elle n’en a l’air.
GameStop a proposé de racheter eBay pour environ 56 milliards de dollars, avec une offre à 125 dollars par action en cash et en actions. L’offre représente une prime d’environ 20 % sur le dernier cours de clôture d’eBay. Reuters précise aussi qu’eBay vaut près de quatre fois GameStop en capitalisation boursière. C’est justement ce déséquilibre qui rend l’opération si spectaculaire.
GameStop veut changer de taille
GameStop ne cherche pas seulement à acheter une entreprise plus grande. Ryan Cohen veut changer la nature même du groupe. Cette tentative rappelle la manière dont les marchés mélangent de plus en plus actions, narration et culture crypto, comme on l’a déjà vu avec les contrats futures Tesla lancés sur Binance.
La société reste connue pour ses magasins de jeux vidéo, mais ce modèle souffre depuis des années avec la dématérialisation. Avec eBay, GameStop viserait autre chose. Une plateforme mondiale, déjà installée dans les objets de collection, les enchères, les pièces automobiles et le commerce entre particuliers.
L’idée est simple : utiliser les magasins GameStop comme réseau physique pour l’authentification, la logistique, la réception de produits et le commerce en direct. Reuters rapporte que Ryan Cohen estime pouvoir réduire les coûts d’eBay de 2 milliards de dollars par an dans les douze mois suivant la clôture.
Sur le papier, cela transforme GameStop en autre chose qu’un distributeur de jeux vidéo. Le groupe deviendrait une plateforme hybride, mi-commerce physique, mi-marketplace, avec une base de fans déjà habituée aux paris boursiers extrêmes.
Pourquoi Burry trouve cela logique
Michael Burry n’est pas un investisseur qui applaudit facilement les coups de communication. Son soutien attire donc l’attention. Sur X, il a résumé l’idée avec une formule courte : « Makes Perfect Sense ». Pour lui, le rapprochement entre GME et eBay peut avoir une logique industrielle.
Mais son avis n’est pas aveugle. Stocktwits rapporte que Burry voit aussi un risque d’exécution élevé. Il souligne que GameStop ne peut pas emprunter sans limite. Le groupe pourrait donc devoir émettre beaucoup d’actions pour financer l’opération, ce qui diluerait les actionnaires actuels.
C’est là que le dossier devient intéressant. Burry ne dit pas que l’opération est facile. Il dit qu’elle peut avoir du sens si Cohen voit des gains cachés que le marché ne voit pas encore. Autrement dit, ce n’est pas un simple pari de meme stock. C’est une tentative de transformation brutale.
La logique ressemble à celle des actifs narratifs : le marché ne paie pas seulement le présent, il paie une histoire de changement. C’est aussi ce qui explique parfois les emballements autour de projets comme Trump Media et son projet de token lié aux actionnaires, où l’action, la communauté et la spéculation se mélangent très vite.
Le marché regarde surtout le risque
Le marché, lui, ne regarde pas seulement l’histoire. Il regarde le prix. Une offre de 56 milliards de dollars venant d’une société valorisée autour de 12 milliards pose une question évidente : qui paie, et à quel coût ?
GameStop affirme disposer d’environ 9,4 milliards de dollars en cash et investissements liquides. Le groupe indique aussi avoir obtenu un engagement de financement pouvant atteindre 20 milliards de dollars auprès de TD Securities. Mais cela ne règle pas tout. Une partie du financement reste encore à clarifier. The Verge rappelle que GameStop pourrait aussi chercher des investisseurs extérieurs, y compris des fonds souverains du Moyen-Orient.
eBay a indiqué qu’il examinerait soigneusement l’offre non sollicitée. La société précise aussi qu’elle n’avait pas eu de discussions préalables avec GameStop avant cette proposition. Cela laisse planer un scénario plus tendu, surtout si Cohen décide d’aller directement vers les actionnaires.
Le risque principal reste donc la dilution. Si GameStop paie une grande partie en actions, les actionnaires actuels peuvent se retrouver avec une part réduite du nouvel ensemble. Et si la dette devient trop lourde, l’opération peut affaiblir la société au moment même où elle cherche à changer d’échelle.
Un pari cohérent, mais dangereux
Le cœur du pari repose sur les collectibles. GameStop essaie déjà de s’éloigner du simple commerce de jeux physiques. eBay, de son côté, reste très fort sur les objets rares, les cartes, les enchères et les communautés de vendeurs.
Sur le papier, les deux mondes peuvent se parler. GameStop apporte une base de fans très engagée et un réseau physique. eBay apporte l’échelle, la liquidité et une place de marché mondiale. Ce mélange peut créer un vrai concurrent de niche face à Amazon, moins généraliste, mais plus communautaire.
Mais la même force peut devenir un piège. Les communautés très engagées peuvent soutenir une action, mais elles peuvent aussi amplifier les excès. Dans les marchés modernes, la liquidité peut disparaître très vite, comme on l’a vu lors du crash crypto marqué par 2 milliards de dollars de liquidations. GameStop connaît mieux que quiconque cette frontière entre enthousiasme collectif et risque de marché.
Le problème reste l’exécution. Fusionner deux entreprises aussi différentes demande du capital, du temps et une discipline énorme. Si Cohen réussit, GameStop change de catégorie. S’il échoue, le marché retiendra surtout une tentative trop ambitieuse, financée au prix fort.
En bref
- Michael Burry trouve le rapprochement GameStop–eBay stratégiquement logique.
- Le financement reste le principal point faible du projet.
- Ryan Cohen joue une transformation totale, pas un simple coup boursier.
