ByteDance accélère son virage vers les semi-conducteurs chinois. La maison mère de TikTok discute avec Iluvatar CoreX pour obtenir 50 000 puces dédiées à l’intelligence artificielle. Elle évalue également les processeurs Kunlunxin de Baidu, alors que l’accès aux composants avancés de Nvidia devient plus difficile.
ByteDance cherche une nouvelle réserve de puissance de calcul
ByteDance négocie avec Iluvatar CoreX, une entreprise de Shanghai spécialisée dans les processeurs graphiques. Cette course à la puissance rejoint la bataille mondiale autour des GPU et des infrastructures IA. Si les discussions aboutissent, le fabricant chinois devrait lui livrer environ 50 000 puces au cours de l’année 2026.
Ces processeurs seraient principalement utilisés pour l’inférence. Cette étape intervient après l’entraînement d’un modèle et lui permet de répondre aux utilisateurs. ByteDance en a besoin pour faire fonctionner Doubao, son assistant d’intelligence artificielle très populaire en Chine.
L’entreprise discute parallèlement avec Baidu autour des puces Kunlunxin. Aucun accord définitif n’a encore été annoncé. Il ne s’agit donc pas d’une commande ferme dépassant déjà 50 000 unités, mais d’une stratégie d’approvisionnement menée auprès de plusieurs fabricants locaux.
Iluvatar deviendrait le troisième fournisseur chinois de ByteDance après Huawei et Cambricon. Cette diversification réduit le risque de dépendre d’un seul producteur. Elle permet aussi au groupe de sécuriser davantage de capacité dans un marché où la demande progresse plus vite que l’offre.
Les restrictions américaines rebattent les cartes
Le virage de ByteDance découle en grande partie des restrictions américaines sur les semi-conducteurs avancés. Washington exige des licences pour exporter certains processeurs vers des groupes chinois, y compris lorsque leurs filiales ou leurs centres de données se trouvent dans des pays tiers.
Les règles ne ferment pas complètement la porte à Nvidia. Depuis janvier 2026, les autorités américaines peuvent examiner au cas par cas les demandes concernant les H200 et certains composants comparables. Les conditions de sécurité et de contrôle restent néanmoins strictes. Le cadre général relève du Bureau of Industry and Security, qui pilote les contrôles américains à l’exportation.
Pour ByteDance, cette incertitude complique la construction d’infrastructures à long terme. L’entreprise ne peut pas fonder toute sa croissance sur des autorisations américaines susceptibles de changer. Elle doit donc combiner plusieurs solutions : achats locaux, composants fabriqués sur mesure et utilisation de centres de données à l’étranger.
Le groupe a déjà exploré d’autres pistes. Il développe ses propres processeurs, discute avec Samsung pour leur fabrication et a conclu un accord portant sur des composants de Qualcomm. Il utilise aussi des puces Nvidia dans certaines installations situées hors de Chine.
La stratégie ne consiste donc pas à abandonner Nvidia du jour au lendemain. ByteDance construit plutôt un système hybride. Les puces américaines restent utiles pour les tâches les plus exigeantes, tandis que les processeurs chinois peuvent prendre en charge une part croissante de l’inférence.
Iluvatar gagne un client capable de changer sa trajectoire
Pour Iluvatar CoreX, un contrat avec ByteDance représenterait un tournant commercial. L’entreprise travaillait jusqu’ici principalement avec des organismes publics chinois. L’arrivée d’un géant technologique lui offrirait une référence plus solide face à Huawei et Cambricon.
Ses puces Zhikai sont conçues pour les tâches d’inférence. Leur prix se situerait autour de 1 775 dollars l’unité. Une livraison de 50 000 composants représenterait ainsi une opération proche de 89 millions de dollars, avant les éventuels services et équipements complémentaires.
Le marché a immédiatement salué les discussions. L’action Iluvatar a progressé d’environ 12 % à Hong Kong après la publication des informations. L’entreprise, cotée depuis janvier, avait réalisé près d’un milliard de yuans de revenus en 2025. Elle prévoit de dépasser trois milliards de yuans en 2026.
Cette montée en puissance illustre un effet inattendu des restrictions américaines. En limitant l’accès de la Chine aux composants les plus avancés, Washington ralentit certains projets. Mais il pousse également les groupes chinois à financer plus rapidement leurs propres fournisseurs.
ByteDance possède les besoins, les moyens et le volume nécessaires pour accélérer cette transition. Les puces locales restent souvent moins performantes que les meilleures solutions de Nvidia. Toutefois, une quantité suffisante, associée à des logiciels optimisés, peut réduire une partie de cet écart.
La Chine transforme la contrainte en stratégie industrielle
La Chine prépare un vaste développement de ses infrastructures d’intelligence artificielle. Un projet de près de 295 milliards de dollars prévoit notamment la construction d’un réseau national de centres de données utilisant majoritairement des technologies locales.
ByteDance s’inscrit dans cette dynamique, sans attendre que les fabricants chinois rattrapent totalement Nvidia. Le groupe privilégie les puces disponibles et adaptées à ses besoins immédiats. Pour l’inférence, le rapport entre le coût, la consommation électrique et la disponibilité peut compter autant que la puissance maximale.
Le dossier dépasse donc TikTok. Il montre comment la rivalité entre Washington et Pékin modifie la chaîne mondiale des semi-conducteurs. Les restrictions américaines restent un frein pour les groupes chinois. Elles deviennent aussi un puissant accélérateur pour leurs concurrents locaux.
Cette logique d’autonomie rejoint aussi les stratégies observées dans d’autres régions, où les États veulent bâtir leurs propres capacités numériques, comme les projets africains autour de l’éducation virtuelle et de l’IA. Dans la course mondiale à l’intelligence artificielle, la puce devient autant un actif industriel qu’un outil technologique.
En bref
- ByteDance négocie 50 000 puces avec Iluvatar CoreX.
- Le groupe étudie aussi les processeurs Kunlunxin de Baidu.
- Les restrictions américaines renforcent les fabricants chinois.
