L’Éthiopie vient d’officialiser son lancement du minage de Bitcoin avec un partenaire, via sa structure d’investissement publique. Le pays veut s’allier à des investisseurs pour miner “au nom du pays”, en s’appuyant sur Ethiopian Investment Holdings (EIH), le bras financier de l’État.
En bref :
- L’Éthiopie confirme qu’elle veut développer le minage de Bitcoin avec un cadre public-privé.
- Le pays mise sur son électricité, surtout hydraulique, pour transformer l’énergie en revenus.
- Le vrai enjeu sera la stabilité des règles, entre attractivité pour les mineurs et contrôle de l’État.
Une annonce politique qui sort le minage du bitcoin de l’ombre
Dès 2024, des accords autour de centres de données et d’infrastructures ont été rapportés, dans un contexte où le pays cherchait à attirer des capitaux et des projets “compute”. Le minage de Bitcoin s’est glissé dans cette catégorie, parfois sous l’étiquette plus neutre de “data mining”.
Il faut aussi lire l’annonce comme un message aux marchés. L’Éthiopie ne dit pas “nous achetons du BTC”. Elle dit plutôt : “nous monétisons notre énergie et nous voulons des partenaires”. C’est une nuance importante. Elle change la perception, sans bouleverser l’ADN du Bitcoin.
L’Éthiopie dispose d’un atout structurel, une production hydraulique qui peut, à certains moments, dépasser la capacité du réseau à absorber et distribuer l’énergie. Dans ce contexte, vendre des mégawatts à des mineurs devient une option, parfois plus simple que d’attendre des années de nouveaux usages industriels.
Des acteurs internationaux l’ont bien compris. En 2025, un accord de fourniture d’électricité de 80 MW a été passé pour soutenir l’expansion d’un mineur lié à Phoenix Group, avec EEP comme fournisseur. Ce type de contrat ressemble davantage à une exportation d’énergie “sur place” qu’à une aventure crypto.
Mais l’énergie bon marché n’est jamais acquise pour toujours. Le pays a effectué une révision des tarifs et des mécanismes plus variables pour les activités de data/crypto mining. C’est en effet un signe que l’État veut encadrer le secteur et capter une part plus large de la valeur. Autrement dit, l’Éthiopie ouvre la porte, mais garde la main sur la poignée.
Souveraineté économique : des dollars, des infrastructures, et un récit
Pourquoi un État s’intéresserait-il au minage de Bitcoin ? La réponse la plus simple tient en un mot : devises. Le minage peut générer des revenus en monnaie forte, directement ou indirectement, dans un pays où la gestion du change et des importations reste un sujet sensible.
Le second objectif est consiste à financer et stabiliser le système électrique. Selon des analyses publiées en 2024, l’opérateur public a déjà tiré des dizaines de millions de dollars de contrats liés au minage, avec l’idée de réinvestir dans le réseau.
Dire “nous minons du Bitcoin” place le pays dans la conversation technologique mondiale, sans devoir libéraliser d’un coup tout l’usage des cryptos au quotidien. C’est une façon de choisir une brique précise de la crypto-économie, celle qui s’adosse à l’énergie et à l’industrie, plutôt qu’à la finance grand public.
Pour le réseau Bitcoin, plus le minage se diversifie géographiquement, plus il devient résilient face aux chocs réglementaires et aux contraintes locales.
En Afrique, chaque pays a son mix énergétique, ses priorités, ses tensions sociales. L’idée n’est dont pas de copier-coller. Le minage n’a de sens que s’il n’entre pas en compétition frontale avec les besoins essentiels. Et c’est précisément là que l’Éthiopie sera observée : sur l’équilibre entre revenus, réseau, et acceptabilité.
