Coinbase assure que la Maison-Blanche ne l’a pas menacé de retirer son soutien à la loi CLARITY. Le sujet a pris de l’ampleur après une série de messages sur X et des articles évoquant une administration “furieuse”. Dans ce brouhaha, Brian Armstrong tente de remettre le débat sur ses rails. Un texte de marché crypto est en jeu. Et la vraie bataille se joue sur un détail qui n’en est plus un : le rendement des stablecoins.
En bref :
- Coinbase affirme que la Maison-Blanche n’a pas menacé de retirer son soutien à la loi CLARITY.
- Le débat se déplace vers le rendement des stablecoins, sujet explosif pour les banques.
- Le texte reste incertain, mais certains acteurs parient sur un compromis rapide.
Un démenti qui change l’ambiance, pas le fond
Brian Armstrong a répondu directement à la journaliste Eleanor Terrett. Il affirme que l’idée d’une menace de retrait de soutien ne colle pas avec ce qu’il voit en coulisses. Selon lui, la Maison-Blanche reste “constructive” et demande surtout à l’industrie de trouver un terrain d’entente avec les banques.
Ce point est important, parce qu’il décale le récit. On passe d’un bras de fer politique à une négociation technique. Et dans une loi comme CLARITY, la technique finit toujours par devenir politique. Armstrong insiste aussi sur le fait que les discussions avec les banques continuent. Ce n’est pas un détail de communication. C’est un signal de méthode.
Dans le même esprit, Paul Grewal, directeur juridique de Coinbase, a joué l’apaisement. Son message laisse entendre que l’exécutif est mobilisé, mais focalisé sur la protection des clients particuliers. Traduction : “on discute encore, et on veut éviter les dégâts collatéraux côté grand public”.
Le vrai nœud : le rendement des stablecoins
Pourquoi cette crispation autour des stablecoins ? Parce que le rendement ressemble à une fuite de dépôts en temps réel. C’est exactement l’argument martelé par le secteur bancaire. Brian Moynihan, PDG de Bank of America, a évoqué des études parlant d’un risque pouvant monter jusqu’à 6 000 milliards de dollars de dépôts attirés hors des banques si des stablecoins rémunérés se généralisent.
Dit comme ça, on comprend que le sujet rende les nerfs électriques à Washington. Les banques financent l’économie via les dépôts. Si une partie glisse vers des jetons dollars rémunérés, le coût de financement remonte. Et les prêts aux PME deviennent plus chers. Même sans partager l’alarmisme, le mécanisme est simple.
C’est là que CLARITY se transforme en champ de mines. Certains projets de texte cherchent à limiter l’intérêt “passif” versé juste pour détenir un stablecoin. Des organisations bancaires et de crédit poussent dans ce sens, en parlant “d’inducements” et de risque de fuite de dépôts.
DeFi, tokenisation : ce que Coinbase dit vouloir éviter
Coinbase n’a pas seulement critiqué un article ou une rumeur. La plateforme a aussi attaqué le contenu du dernier draft. Selon plusieurs comptes rendus, Armstrong juge certaines dispositions “catastrophiques” et dit préférer “pas de loi” plutôt qu’un mauvais texte. Dans son viseur : des effets de bord sur la DeFi, la tokenisation d’actions et la capacité de la crypto à innover sans être étouffée.
Ce discours n’est pas isolé dans l’industrie. Mais il a un problème : il arrive au mauvais moment. Le 15 janvier 2026, la commission bancaire du Sénat a repoussé une étape attendue sur le texte, après le retrait public de soutien de Coinbase. Résultat, on ne parle plus seulement du contenu, mais du rapport de force et de la manière.
Et puis il y a l’étincelle idéologique. Michael Arrington a accusé les banques de vouloir garder le beurre et l’argent du beurre : facturer, capter des dépôts, mais ne pas rémunérer. Armstrong a approuvé l’idée d’un lobbying bancaire très agressif sur la question du rendement. Même si la formule est brutale, elle décrit un duel ancien : qui “possède” le rendement du dollar numérique ?
Le calendrier : l’optimisme… sous condition
Malgré les tensions, certains parient sur une issue rapide. Mike Novogratz, patron de Galaxy Digital, dit croire à une adoption dans les prochaines semaines, quitte à accepter un compromis imparfait. C’est une position pragmatique : mieux vaut un cadre amendable qu’un vide juridique éternel.
Mais l’horloge politique ne ralentit jamais. La discussion est fragmentée entre commissions, versions et amendements. Et chaque semaine ajoute des acteurs qui veulent leur “clause” : banques communautaires, plateformes crypto, défenseurs des consommateurs, agences de régulation. À ce rythme, un mot comme “clarity” devient presque ironique.
Le démenti de Coinbase, au fond, n’efface pas le cœur du problème. Il dit juste ceci : le conflit n’est pas une rupture frontale avec la Maison-Blanche, mais une négociation triangulaire entre l’exécutif, la crypto et les banques. La suite dépendra d’un compromis sur le rendement, et de la façon dont CLARITY traitera la DeFi et la tokenisation. Autrement dit, la politique crypto avance… comme une transaction on-chain : par blocs, et parfois avec des frais inattendus.
