Le message de Michael Burry est simple et brutal : si le Bitcoin enfonce certains seuils, la baisse peut s’auto-alimenter et devenir une spirale. L’investisseur rendu célèbre par The Big Short décrit un risque de “death spiral” lié à la mécanique des bilans, au crédit et aux ventes forcées. Il ne parle pas d’un simple trou d’air. Il parle d’un enchaînement.
En bref :
- Burry craint une spirale de ventes forcées si le Bitcoin casse des seuils clés.
- Les entreprises très exposées, comme Strategy, sont au centre du risque de bilan.
- Les mineurs et la quête de liquidité peuvent amplifier le mouvement.
Une “spirale” plus financière que technologique
Le contexte aide à comprendre son ton. Début février 2026, le Bitcoin a glissé jusqu’à environ 72 877 dollars en séance, un plus bas observé depuis la période post-électorale américaine, avant de reprendre un peu d’air. Dans le même temps, les marchés digèrent un mélange de macro et de politique monétaire, avec la nomination de Kevin Warsh comme futur président de la Fed qui alimente les tensions à Washington.
Burry insiste sur un point qui fâche les maximalistes : selon lui, la chute n’a pas besoin d’une “raison” fondamentale pour continuer. Il traite le Bitcoin comme un actif surtout spéculatif, sensible au levier et au réflexe de réduction du risque. C’est moins une critique philosophique qu’un constat de marché.
Dans son scénario, la clé n’est pas le prix seul. C’est la façon dont une baisse prolongée abîme les bilans. Les acteurs exposés au Bitcoin peuvent se retrouver coincés. Quand le collatéral fond, le financement devient plus cher. Parfois, il disparaît.
Et quand le financement se raréfie, les ventes ne sont plus “un choix”. Elles deviennent une obligation. C’est là que le terme “spirale” prend son sens. Ce n’est pas une prophétie mystique. C’est une description d’un marché où le crédit dicte le tempo.
Le point de rupture des entreprises “Bitcoin treasury”
Le cœur de l’alerte vise les entreprises qui ont transformé le bitcoin en stratégie de trésorerie. Burry évoque un risque de stress rapide sur ces structures si la baisse s’aggrave, avec une possible fermeture de l’accès aux marchés de capitaux pour les plus fragiles.
Le cas emblématique reste Strategy (MSTR), souvent vue comme un proxy coté du Bitcoin. Burry avance qu’un passage sous 70 000 dollars pourrait faire apparaître des milliards de pertes latentes, et déclencher une réaction en chaîne côté gestion du risque. L’idée, ici, n’est pas que l’entreprise “disparaisse” du jour au lendemain. C’est qu’elle devienne prisonnière de la volatilité, au moment précis où elle a besoin de souplesse.
Il pousse ensuite le raisonnement : plus bas, vers 60 000 puis 50 000 dollars, la pression pourrait devenir existentielle pour certains acteurs. Vendre du Bitcoin pour survivre devient alors plausible. Et ces ventes pèsent sur le prix. Le cercle se referme.
Mineurs, ETF Bitcoin et métaux : la contagion par la liquidité
Burry ajoute un ingrédient souvent sous-estimé : les mineurs. Si le prix descend trop bas, leurs marges se compressent. Les plus endettés souffrent. Certains peuvent devoir liquider des réserves, ou couper des machines. Dans une phase de panique, cela alimente l’offre sur le marché au pire moment.
Il relie aussi la dynamique aux flux institutionnels. Quand l’appétit se retourne, le marché spot et les produits financiers deviennent des tuyaux de sortie. Ce n’est pas forcément “anti-Bitcoin”. C’est juste la mécanique des portefeuilles. On allège ce qui bouge le plus.
Le passage le plus polémique concerne l’or et l’argent, via des ventes forcées et des produits “tokenisés”. Burry décrit un scénario où la recherche de liquidité pousse des acteurs à vendre des métaux pour couvrir des pertes crypto, et où certains instruments tokenisés pourraient se retrouver sans acheteurs en période de stress. C’est discutable, mais la logique est cohérente : quand le levier craque, tout ce qui est liquide peut être vendu.
Pourquoi cet avertissement tombe maintenant
Le timing n’est pas anodin. Le Bitcoin traverse une phase de baisse sur plusieurs mois, et chaque rebond est jugé à l’aune de la capacité à reprendre des niveaux psychologiques. Quand le marché échoue, les positions “buy the dip” se font parfois liquider, ce qui remet de la pression.
À cela s’ajoute un bruit politique sur la Fed. La nomination de Kevin Warsh, et les tensions autour de l’indépendance de la banque centrale, augmentent l’incertitude. Or le Bitcoin déteste les périodes où les taux, la liquidité et la régulation semblent bouger en même temps.
Faut-il prendre Burry au mot et vendre tout ? Pas forcément. Son texte sert surtout de rappel : un marché dominé par le levier peut chuter plus vite que la narration ne s’adapte. Le risque n’est pas que “Bitcoin meure”. Le risque, c’est la vitesse de la descente. Et les dégâts collatéraux chez ceux qui ont construit une thèse… avec de la dette.
