L’administration Trump remet la pression sur le Congrès : pour faire avancer la grande loi de “structure de marché” crypto au Sénat, il faudra accepter des compromis. Le signal vient de Patrick Witt, un conseiller crypto de la Maison-Blanche, qui martèle que le texte finira par passer, mais que la vraie question est le calendrier. Dans les couloirs de Washington, l’idée de “réguler plus tard” ne fait plus rire grand monde. Witt insiste sur un point simple : laisser une industrie de plusieurs milliers de milliards de dollars évoluer sans cadre complet est une fiction. Et au Sénat, sans concessions, pas de majorité qualifiée.
En bref :
- Le conseiller crypto de Trump pousse pour voter vite la loi de structure du marché crypto.
- Au Sénat, sans compromis sur stablecoins et DeFi, le texte n’aura pas les 60 voix.
- Coinbase retire son soutien, mais la Maison-Blanche veut profiter de la fenêtre politique avant les midterms.
Un projet de loi crypto qui veut enfin dire qui fait quoi
Le cœur du débat, c’est la frontière entre SEC et CFTC. Le texte vise à clarifier quand un actif crypto relève du régime des valeurs mobilières, et quand il bascule dans une logique “commodities”. Dit autrement : qui surveille, qui sanctionne, et selon quelles règles.
Sur le papier, l’objectif est presque consensuel. Les entreprises crypto réclament depuis des années une architecture lisible. Les investisseurs institutionnels aussi, même s’ils le disent moins fort. Mais une loi n’est jamais qu’un compromis empaqueté dans du juridique.
Le problème, c’est le timing politique et procédural. Les commissions clés du Sénat, notamment Banking et Agriculture, ont déjà repoussé des étapes de “markup” pour tenter de solidifier un soutien bipartisan. Ce genre de report ressemble souvent à une pause technique. Parfois, c’est le début d’une glissade.
Stablecoins, DeFi, actions tokenisées : les points qui frottent
La zone la plus inflammable du moment, ce sont les stablecoins. Une version discutée au Sénat limiterait fortement les “récompenses” ou rendements passifs versés aux détenteurs. Les banques y voient une protection contre une fuite des dépôts. Les acteurs crypto y voient une règle taillée pour casser un usage qui marche.
Deuxième nœud : la DeFi et les obligations de conformité. Dès qu’un texte évoque des responsabilités élargies, ou un accès plus facile aux données, la méfiance grimpe. Le secteur craint un effet collatéral : rendre illégales, ou impraticables, des briques techniques pourtant neutres.
Troisième point, plus symbolique qu’il n’y paraît : les actions tokenisées. Coinbase a notamment critiqué un risque de “bannissement de facto” de certains produits. Ce thème est devenu un marqueur politique, parce qu’il touche à l’innovation financière, mais aussi à la concurrence frontale avec les marchés traditionnels.
Coinbase met un coup de frein, la Maison-Blanche répond sèchement
Le rebondissement qui a crispé tout le monde, c’est le retrait de soutien de Coinbase. Brian Armstrong a résumé sa position sans détour : “mieux vaut pas de loi qu’une mauvaise loi”. Résultat immédiat : la séquence au Sénat a été perturbée, et le signal envoyé aux élus est devenu ambigu.
Witt, lui, a choisi la riposte politique. Son argument est presque cynique, donc efficace : même imparfaite, une loi votée sous un exécutif pro-crypto serait préférable à une future version écrite dans un climat hostile. Il ne vend pas un texte parfait. Il vend une fenêtre.
Entre les deux, le reste de l’industrie observe et calcule. Certaines entreprises veulent sécuriser un cadre rapidement, quitte à vivre avec des contraintes. D’autres préfèrent parier sur le statu quo, tant que le business tourne. Le paradoxe, c’est que l’incertitude est devenue un modèle économique à part entière.
Crypto : une fenêtre politique qui se referme plus vite qu’on ne le croit
L’horloge électorale pèse sur chaque phrase. Les midterms de novembre 2026 approchent, et l’histoire américaine est simple : à mesure que la campagne monte, la marge de manœuvre législative descend. Les élus veulent des “wins” lisibles, pas des compromis techniques qui fâchent des donateurs.
Dans ce contexte, les marchés de prédiction servent de baromètre d’ambiance, même s’ils bougent vite. Plusieurs observateurs notent qu’un basculement de la Chambre compliquerait la suite du mandat et pourrait geler la réforme crypto. Ce n’est pas une certitude, mais c’est une menace crédible, donc intégrée aux négociations.
