Changpeng “CZ” Zhao assure que Binance n’a pas provoqué, ni “aggravé”, le krach d’octobre et la vague de liquidations estimée à 19 milliards de dollars. Il balaye l’idée d’une compensation globale réclamée à la plateforme. Pour lui, l’accusation tient plus du récit collectif que de l’analyse de marché. Et il choisit un cadre précis pour le dire : une session de questions-réponses sur les canaux sociaux liés à Binance, où il s’exprime “comme actionnaire et utilisateur”, pas comme dirigeant.
En bref :
- CZ rejette l’idée que Binance soit responsable du krach d’octobre et des 19 milliards $ de liquidations.
- L’incident USDe semble lié à une distorsion locale d’oracle et de liquidité, pas à un effondrement global du stablecoin.
- Binance a indemnisé des utilisateurs, sans que cela tranche le débat sur la responsabilité systémique.
CZ reprend la parole, mais cadrée au millimètre
Le décor est simple. Quand un marché se retourne violemment, quelqu’un doit “porter” la faute. Or Binance reste l’infrastructure la plus visible. CZ s’attaque donc à la conclusion, pas aux émotions. En creux, il cherche à refermer une controverse qui colle aux semelles des plateformes centralisées : être assez grosses pour compter, et assez grosses pour être accusées.
CZ ne revient pas pour rejouer le rôle du patron. Il rappelle d’abord qu’il n’est plus aux commandes depuis sa démission, intervenue après ses ennuis judiciaires aux États-Unis. Ce détail compte, parce qu’il déplace la question : on ne juge plus une “décision de management”, mais l’impact systémique d’une place de marché. (WIRED)
Son message vise une accusation précise : Binance aurait déclenché ou amplifié la cascade de liquidations du 10 octobre. CZ qualifie ces allégations de “farfelues” selon des reprises attribuées à Bloomberg. Ce choix de mot n’est pas neutre. Il ne dit pas seulement “c’est faux”. Il dit “c’est déconnecté de la réalité”.
La séquence arrive aussi après un événement politique qui a remis CZ au centre de la scène. Donald Trump lui a accordé une grâce présidentielle annoncée fin octobre 2025, ce qui a relancé les spéculations sur son influence et son périmètre d’action. Même en restant hors de l’organigramme, sa parole redevient un signal de marché.
Le 10 octobre, la “mécanique” des liquidations a dicté la loi
La liquidation record d’octobre n’a pas besoin d’un complot pour exister. Dans un marché à fort levier, les stops, les appels de marge et les liquidations forcées s’enchaînent. Une baisse devient une série de ventes automatiques. Puis ces ventes alimentent la baisse. C’est brutal, mais c’est cohérent avec la logique des produits dérivés.
Là où la polémique démarre, c’est sur le rôle des grandes plateformes dans cette boucle. Une bourse centralisée concentre la liquidité, les carnets d’ordres et les collatéraux. Quand un segment se grippe, l’effet peut se propager vite. Brefcrypto et Bloomberg ont justement mis l’accent sur la sensibilité du système quand tout converge vers quelques rails.
CZ répond en substance : corrélation n’est pas causalité. Que Binance ait été un théâtre majeur de la tempête ne signifie pas qu’elle a déclenché l’orage. Sa ligne de défense est classique, mais efficace : la plateforme exécute un marché, elle ne le “décide” pas. Le problème, évidemment, c’est que les utilisateurs, eux, voient d’abord l’écran qui clignote.
USDe à 0,65 $ sur Binance : incident local, confiance globale
L’épisode qui a nourri la colère est celui de USDe. Pendant la chute, le prix a brièvement glissé autour de 0,65 $ sur Binance, alors qu’ailleurs l’écart semblait bien plus contenu. Ce point est important, car il transforme un krach “macro” en soupçon “micro” : un dysfonctionnement interne peut-il forcer des liquidations et aggraver la casse ?
Les explications techniques vont dans une direction moins sensationnelle. Ethena Labs, via son fondateur Guy Young, a évoqué un indice/oracle basé sur le carnet d’ordres interne, plus fragile en période de liquidité mince, ainsi que des frictions sur dépôts et retraits qui empêchent l’arbitrage de faire son travail. Dit autrement : une distorsion locale, pas un “dépeg” mondial.
Binance a tout de même indemnisé une partie des utilisateurs touchés, pour un montant rapporté autour de 283 millions de dollars. Ce geste ne prouve pas une culpabilité sur le krach global. Il admet plutôt une réalité opérationnelle : quand une place devient une autoroute, le moindre nid-de-poule devient un sujet national.
Le vrai sujet derrière la querelle Binance : responsabilité, pouvoir, récit
Cette affaire dépasse la personne de CZ. Elle pose une question qui revient à chaque crise : que doit une plateforme centralisée à ses utilisateurs quand le marché “fait son travail” de manière violente ? Le droit répond souvent par les conditions d’utilisation. La confiance, elle, répond avec une mémoire longue.
CZ a aussi un intérêt à verrouiller le narratif parce qu’il reste un acteur du secteur, notamment via YZi Labs, présenté comme gérant environ 10 milliards de dollars d’actifs. S’il laisse prospérer l’idée que Binance “doit” réparer tout un crash, on change la nature même du risque : on passe du trading à l’assurance implicite.
Au final, la querelle dit surtout ceci : la crypto veut de la décentralisation, mais elle trade encore beaucoup sur des hubs. Tant que ces hubs porteront le volume, ils porteront aussi les procès d’intention. CZ a peut-être raison sur la causalité. Mais le marché, lui, se fiche d’avoir raison : il retient ce qui l’a surpris.
