La baisse crypto n’est peut-être pas un simple trou d’air. Selon Raoul Pal, le mouvement actuel ressemble davantage à une crise de liquidité américaine qu’à un problème “interne” au secteur. Autrement dit, le marché peut encore glisser tant que le robinet des dollars reste à moitié fermé.
En bref :
- La baisse crypto est portée par une tension de liquidité aux États-Unis, pas seulement par des facteurs propres au secteur.
- Les sorties massives des ETF Bitcoin amplifient le mouvement.
- Un déblocage budgétaire pourrait inverser l’ambiance très vite.
La liquidité, ce mot qui décide du tempo
Les signaux autour du financement public américain se sont dégradés avec une nouvelle paralysie budgétaire. Une partie des dépenses fédérales se met en pause, alors que des flux continuent d’entrer. Le résultat est mécanique : moins de liquidité disponible dans le système, plus de nervosité sur les actifs risqués, donc plus de pression sur la crypto.
Quand Raoul Pal parle de liquidité, il vise surtout un engrenage précis : lors d’un shutdown, l’État collecte encore une partie des recettes mais dépense moins. L’argent s’accumule sur les comptes du Trésor au lieu de circuler. Pour les marchés, c’est un aspirateur à dollars.
Ce mécanisme passe souvent sous le radar des investisseurs crypto. Pourtant, c’est exactement le genre de détail qui transforme une baisse “normale” en baisse qui traîne. Les carnets se vident plus vite. Les rebonds deviennent courts. Et chaque mauvaise nouvelle paraît plus lourde qu’elle ne l’est.
Puis il y a un second étage : la période post-quantitative tightening. La Federal Reserve a annoncé la fin de la réduction de bilan à partir du 1er décembre 2025, notamment parce que la liquidité de marché devenait plus sensible. Le coussin existe encore, mais il est moins épais qu’avant.
Shutdown + politique monétaire : le cocktail qui tend le marché crypto
La paralysie budgétaire est un choc de court terme. Elle peut se résoudre vite. Mais en attendant, elle crée une ambiance de “tout le monde réduit le risque”. La crypto déteste ça, parce qu’elle vit aussi de flux marginaux : des capitaux qui reviennent quand le stress recule, pas quand il monte.
À ce bruit s’ajoute un autre sujet très suivi. La prochaine direction de la banque centrale. Kevin Warsh a été officiellement choisi pour prendre la tête de la Federal Reserve à partir de mai 2026, d’après BrefCrypto. Le marché essaie déjà de deviner la trajectoire des taux et le style de gouvernance. Ce genre d’incertitude ne fait pas monter l’appétit pour les actifs risqués.
Scott Bessent, côté Trésor, est aussi au centre du jeu. Les investisseurs scrutent l’équilibre entre politique budgétaire, dette et coût du financement. Si l’État doit arbitrer dans l’urgence, la liquidité devient un sujet politique autant qu’économique. Et la crypto, elle, ne négocie pas bien l’ambiguïté.
Les ETF Bitcoin donnent la mesure du stress
Le deuxième signal, très concret, vient des ETF au comptant. Sur les deux dernières semaines, les ETF Bitcoin auraient enregistré environ 2,8 milliards de dollars de sorties nettes. C’est un retournement brutal, car ces produits avaient été un moteur psychologique majeur.
On peut discuter les causes. Certains y verront de la panique. D’autres une simple rotation vers le cash. Mais l’effet est le même : moins d’acheteurs “automatiques” via les ETF, donc un marché plus fragile quand la volatilité accélère. Les données publiques de flux, jour par jour, confirment une séquence de retraits marqués fin janvier.
Le détail qui pique, c’est la profondeur du recul. Plusieurs estimations indiquent que les actifs sous gestion des ETF spot Bitcoin ont chuté d’environ 31% depuis un pic d’octobre (souvent cité autour de 165 milliards de dollars). Même si le chiffre exact dépend du périmètre, le message est clair : l’institutionnel n’achète plus “en mode croisière”.
Dire que “la chute crypto pourrait à peine commencer” ne veut pas dire “tout va s’effondrer”. Cela veut dire que le marché est suspendu à un facteur extérieur. Tant que la liquidité américaine est contrainte, les rebonds ont tendance à se faire vendre. C’est un marché qui avance avec une cheville attachée.
