Vancouver voulait envoyer un signal fort au marché. Finalement, la ville recule. Le projet visant à faire du Bitcoin un actif de réserve municipal a été stoppé net, non pas par un simple manque de volonté politique, mais par un obstacle juridique clair. Un rapport municipal daté du 2 mars 2026 recommande de clore la motion adoptée en décembre 2024, après avoir conclu que, selon la Vancouver Charter, le Bitcoin n’est pas un actif d’investissement autorisé pour la ville. Le document évoque aussi une réaffectation des ressources du personnel vers d’autres priorités municipales.
En bref :
- Vancouver étudiait Bitcoin, malgré un marché encore fragile et incertain.
- Ken Sim voulait ouvrir Vancouver au Bitcoin, malgré les doutes.
- Le projet avançait alors que Bitcoin hésitait entre reprise et rechute.
Un mur juridique plus fort que l’enthousiasme pro-Bitcoin
Au départ, le maire Ken Sim défendait une idée simple : réfléchir à la manière dont Vancouver pourrait devenir une ville plus ouverte au Bitcoin, en étudiant l’acceptation des paiements en crypto ainsi que la diversification d’une partie des réserves municipales, alors que le marché reste partagé entre fin de correction et risque de bear market.
Mais dans les faits, le cadre légal provincial a coupé court à cette ambition. Les services municipaux ont indiqué noir sur blanc que le Bitcoin n’entre pas dans la liste des actifs autorisés par la charte de la ville.
Ce point change tout. Car le débat ne porte plus vraiment sur la conviction du maire, ni même sur le potentiel du Bitcoin comme “or numérique”. Il porte sur la nature même d’une trésorerie municipale. Une ville n’est pas un fonds spéculatif. Sa mission première reste la préservation du capital public, avec des contraintes de prudence bien plus strictes que celles d’une entreprise privée ou d’un investisseur institutionnel. Decrypt souligne d’ailleurs que, pour les municipalités, le problème n’est pas la demande pour Bitcoin, mais les mandats de conservation du capital, la comptabilité et la garde des actifs.
Autrement dit, Vancouver n’a pas rejeté Bitcoin sur le fond idéologique. La ville a surtout constaté qu’elle n’avait pas la liberté légale de l’ajouter à son bilan. C’est une nuance importante. Elle montre que l’adoption institutionnelle du Bitcoin ne dépend pas seulement de la politique, mais aussi d’une architecture réglementaire capable d’absorber un actif encore jugé trop atypique pour une trésorerie publique.
Le contraste est frappant avec plusieurs États américains
Pendant que Vancouver cale, plusieurs juridictions américaines avancent, chacune à sa manière. Dans le Missouri, la Chambre des représentants référence bien le projet HB 2080, qui vise à créer un “Bitcoin Strategic Reserve Fund”. Cela confirme qu’une partie des élus américains continue de pousser l’idée d’une réserve stratégique en Bitcoin au niveau étatique.
Le Kansas suit une logique un peu différente. Les documents parlementaires autour du SB 352 décrivent un “Bitcoin and Digital Assets Reserve Fund”, alimenté non par des achats directs massifs sur le marché, mais par des actifs numériques abandonnés, ainsi que par les produits liés à leur gestion. En parallèle, un autre texte, le SB 34, porte spécifiquement sur un possible investissement du système de retraite public du Kansas dans des produits ETF Bitcoin.
L’Indiana, de son côté, a aussi avancé sur un cadre plus favorable aux actifs numériques. Selon Coindesk, l’État a adopté un texte autorisant certains plans de retraite publics à proposer une exposition aux cryptos, dont le Bitcoin et les ETF liés, tout en renforçant par ailleurs certaines protections autour de l’écosystème.
Ce revers à Vancouver ne ferme pas le débat
Le rejet du projet à Vancouver ne veut pas dire que l’idée d’une réserve Bitcoin municipale est morte partout. Il montre surtout que l’adoption ne progresse pas au même rythme selon les niveaux de pouvoir. Les États américains disposent parfois d’une marge de manœuvre politique et législative plus large. Les villes, elles, restent souvent enfermées dans des textes anciens conçus pour des actifs traditionnels.
Il faut aussi noter un autre élément : le rapport municipal ne se contente pas d’évoquer la loi. Il mentionne aussi la nécessité de rediriger le temps et les ressources des équipes. Cela suggère qu’au-delà de la bataille réglementaire, la ville n’a plus envie de consacrer de l’énergie à un chantier dont l’issue semble verrouillée d’avance.
