L’Italie veut renforcer ses liens énergétiques avec la Libye pour sécuriser ses approvisionnements. La rencontre entre Giorgia Meloni et Abdulhamid Dbeibah, à Rome, intervient dans un contexte de tension sur les prix des carburants et de forte dépendance italienne aux importations. Rome ne cherche pas seulement plus de pétrole ou de gaz. Elle cherche une énergie plus proche, plus contrôlable et moins exposée aux chocs lointains. La Libye offre cette promesse. Mais elle apporte aussi ses fragilités.
Rome regarde vers Tripoli pour réduire sa vulnérabilité
L’Italie cherche plus de stabilité énergétique. C’est le cœur de la discussion tenue le 7 mai 2026 entre la Première ministre italienne Giorgia Meloni et le chef du gouvernement libyen reconnu par l’ONU, Abdulhamid Dbeibah. Les deux dirigeants ont parlé de coopération économique, d’investissements et surtout d’énergie.
Ce choix s’inscrit dans le même climat que notre suivi sur le détroit d’Ormuz et les navires escortés par les États-Unis. Quand les routes énergétiques du Golfe deviennent plus risquées, les pays importateurs cherchent des approvisionnements plus proches et plus prévisibles.
Reuters rapporte que l’Italie et la Libye ont discuté du renforcement de leurs liens énergétiques dans un contexte de prix élevés du carburant et de tensions liées à la guerre américano-israélienne contre l’Iran. Pour Rome, le dossier libyen n’est donc pas isolé. Il s’insère dans une carte énergétique beaucoup plus nerveuse.
Dans ce décor instable, la Libye redevient une pièce centrale. Elle est proche, dispose de pétrole et de gaz. Elle possède aussi des infrastructures déjà connectées au marché italien. Pour Rome, ce voisin du sud n’est pas seulement un partenaire historique. Il devient un amortisseur stratégique.
La Libye, fournisseur clé mais fragile
La Libye est déjà le premier fournisseur de pétrole brut de l’Italie. Elle représente près d’un cinquième des importations italiennes de brut, selon Reuters. C’est beaucoup. Cela donne à Tripoli un poids direct dans la sécurité énergétique italienne.
Mais le gaz raconte une histoire moins confortable. Les exportations libyennes vers l’Italie sont tombées à environ 1 milliard de mètres cubes en 2025, contre 1,4 milliard en 2024. La baisse vient surtout de contraintes internes en Libye. La demande locale augmente. Les infrastructures subissent des interruptions. L’instabilité politique complique tout.
Le gazoduc Greenstream, qui relie la Libye à l’Italie, fonctionne donc en dessous de son potentiel. C’est le paradoxe du dossier. La route existe. Le besoin est là. Mais la capacité réelle dépend encore d’un environnement libyen fragile, où chaque blocage politique peut devenir un problème énergétique européen.
Cette fragilité est exactement ce que les marchés détestent. Elle ressemble, sous une autre forme, au risque décrit dans notre analyse sur le rand sud-africain et les espoirs de désescalade entre Washington et Téhéran : les prix réagissent souvent à une baisse de tension, mais la structure du risque reste intacte.
Eni reste la cheville ouvrière du rapprochement
Dans cette relation, Eni joue un rôle décisif. Le groupe italien est présent en Libye depuis 1959. Il se présente comme le principal opérateur international du pays, avec une production d’environ 162 000 barils équivalent pétrole par jour en 2025.
Le calendrier compte aussi. Eni mène trois projets de développement en Libye. Deux doivent démarrer en 2026. Ces projets peuvent aider à relancer les volumes, mais ils ne suffiront pas seuls. Il faudra aussi sécuriser les sites, financer les infrastructures et maintenir un accord politique minimal autour de l’énergie.
Un autre élément renforce l’intérêt italien. En mars 2026, Eni a annoncé deux nouvelles découvertes gazières en Libye, totalisant plus de 1 000 milliards de pieds cubes. Les structures Bahr Essalam South 2 et Bahr Essalam South 3 sont situées près d’infrastructures offshore existantes, ce qui pourrait permettre un développement plus rapide.
Eni précise que le gaz produit doit alimenter le marché libyen et être exporté vers l’Italie. C’est une phrase courte, mais stratégique. Elle relie directement les besoins énergétiques internes de la Libye à la sécurité d’approvisionnement italienne.
Énergie et migration avancent ensemble
La rencontre Meloni-Dbeibah ne s’est pas limitée au pétrole et au gaz. Les deux dirigeants ont aussi réaffirmé leur engagement sur la gestion migratoire. Cela montre la vraie nature de la relation Italie-Libye. Elle mélange énergie, sécurité, économie et frontières.
Rome veut donc plus qu’un fournisseur. Elle cherche un partenaire capable de stabiliser une partie de son voisinage méditerranéen. Cette approche est logique, mais risquée. Car miser sur la Libye implique de composer avec un pays divisé, imprévisible et régulièrement freiné par ses propres tensions internes.
Ce mélange entre énergie, sécurité et politique devient de plus en plus fréquent. Il apparaît aussi dans les dossiers africains de connectivité, comme le projet de satellite régional en Afrique de l’Est : l’infrastructure n’est jamais seulement technique. Elle devient une affaire de souveraineté.
La stratégie italienne reste pourtant claire. Face aux prix volatils et aux crises dans le Golfe, Rome veut rapprocher ses sources d’approvisionnement. La Libye offre cette proximité. Mais elle impose une condition : transformer une relation historique en partenariat plus fiable.
La Méditerranée redevient un espace énergétique stratégique
Depuis la crise énergétique européenne, la Méditerranée a repris de l’importance. L’Italie regarde vers la Libye, l’Algérie, l’Égypte et l’Est méditerranéen pour diversifier ses approvisionnements. Cette stratégie ne supprime pas la dépendance aux hydrocarbures. Elle tente surtout de la rendre plus géographiquement maîtrisable.
La Libye a un avantage évident : la proximité. Mais la proximité ne suffit pas. Il faut une production stable, des infrastructures entretenues, des contrats tenus et une autorité politique capable de sécuriser les flux.
C’est là que le pari italien reste fragile. Si la Libye stabilise ses volumes, Rome gagne un levier important. Si les interruptions continuent, la Libye restera un fournisseur indispensable mais imprévisible. Pour un pays importateur, c’est une combinaison inconfortable.
En bref
- L’Italie veut renforcer ses liens énergétiques avec la Libye.
- Le pétrole libyen pèse déjà lourd dans ses importations.
- Mais le gaz dépend encore d’investissements, d’infrastructures et de stabilité politique.
