NexFundAI restera comme une affaire à part dans l’histoire de la crypto. En 2024, le FBI a créé un faux projet sur Ethereum pour attirer des sociétés soupçonnées de proposer du wash trading, de faux volumes et des manipulations de prix. Le piège a fonctionné. Les prestataires pensaient vendre leurs services à un nouveau token prometteur. En réalité, ils parlaient aux enquêteurs.
Un faux token conçu comme un vrai projet crypto
L’affaire NexFundAI montre que la lutte contre la fraude crypto ne se limite plus aux plateformes, même si l’IA devient déjà un outil central contre les fraudes crypto. L’opération, baptisée “Token Mirrors”, marque une première. Selon le département américain de la Justice, le FBI a dirigé la création de NexFundAI, une fausse société crypto et un token utilisé pour infiltrer des réseaux de market makers douteux. L’objectif n’était pas de séduire des investisseurs, mais d’observer les pratiques de manipulation depuis l’intérieur.
Le décor était crédible. Site web, narration technologique, promesse autour de l’intelligence artificielle, token sur Ethereum : tout reprenait les codes classiques d’un projet spéculatif. Dans un marché saturé de nouveaux tokens, NexFundAI pouvait passer pour une opportunité de plus.
C’est précisément ce qui rend l’affaire intéressante. Le FBI n’a pas seulement surveillé un réseau existant. Il a utilisé le langage, les réflexes et l’esthétique du marché crypto pour attirer ceux qui prospéraient dans ses zones grises.
Le wash trading au cœur du piège
Le cœur du dossier concerne le wash trading. Cette pratique consiste à créer une fausse impression d’activité autour d’un actif. Pour un investisseur peu expérimenté, un volume élevé peut donner l’illusion qu’un token est populaire, liquide et en pleine ascension.
Le département américain de la Justice affirme que les accusés utilisaient des transactions fictives pour gonfler artificiellement les volumes et attirer de nouveaux acheteurs. Une fois l’intérêt créé, les promoteurs pouvaient vendre leurs tokens à des prix gonflés. C’est le vieux schéma du pump and dump, remis au goût du jour dans la crypto.
Reuters rapporte que l’opération a conduit à des accusations contre Gotbit, ZM Quant, CLS Global, ainsi que plusieurs dirigeants et employés liés à ces structures. Les autorités ont aussi saisi plus de 25 millions de dollars en cryptomonnaies.
Des market makers pris dans leur propre discours
Ce qui frappe dans cette affaire, c’est la manière dont certains prestataires auraient expliqué leurs méthodes aux enquêteurs. D’après les documents judiciaires cités par le DOJ, des représentants de ZM Quant auraient décrit l’usage de robots pour augmenter les volumes. Des échanges auraient aussi évoqué l’utilisation de plusieurs wallets pour rendre l’activité moins artificielle.
CLS Global est également visé. Un représentant aurait expliqué que l’algorithme pouvait générer des transactions internes pour donner l’impression d’un marché vivant. TRM Labs, qui a analysé l’opération, souligne que ces mécanismes servaient à créer une apparence de liquidité afin d’attirer de vrais acheteurs.
MyTrade MM occupe aussi une place importante dans le dossier. Son fondateur, Liu Zhou, a plaidé coupable en octobre 2024 pour manipulation de marché et fraude électronique, selon Reuters. Les procureurs ont décrit MyTrade comme une structure proposant des services de “volume support” via des bots.
Une leçon brutale pour l’industrie crypto
L’affaire NexFundAI envoie un message clair : les volumes ne suffisent pas à prouver la santé d’un token. Dans la crypto, beaucoup d’investisseurs regardent encore les courbes, les chandeliers et les classements sans se demander d’où vient réellement l’activité.
Cette opération montre aussi que les autorités américaines changent de méthode. Elles ne se contentent plus d’enquêter après l’effondrement d’un projet. Elles montent désormais des opérations d’infiltration capables de révéler les mécanismes cachés du marché. Cette logique rejoint un durcissement plus large, visible aussi dans les crises de sécurité DeFi autour des actifs synthétiques ou dans les sanctions visant les réseaux de blanchiment crypto liés au fentanyl.
Pour l’industrie, c’est un avertissement. Les market makers légitimes ont un rôle utile lorsqu’ils apportent de la liquidité réelle. Mais lorsque ce rôle devient une machine à fabriquer du bruit, la frontière avec la fraude disparaît. NexFundAI a piégé des manipulateurs avec leurs propres promesses. Et c’est sans doute ce qui rend cette affaire si embarrassante pour tout l’écosystème.
En bref
- Le FBI a créé NexFundAI pour infiltrer des réseaux de manipulation crypto.
- L’opération a conduit à 18 inculpations et à plus de 25 millions de dollars saisis.
- L’affaire rappelle que les volumes élevés ne prouvent pas toujours une demande réelle.
