L’industrie crypto traverse sa période la plus difficile, selon Eli Ben-Sasson. Le scientifique fondateur de Zcash et patron de StarkWare observe une vague record de fermetures et de réductions budgétaires. Pourtant, il considère cette purge comme une étape presque nécessaire pour reconstruire le secteur.
Même les projets solides manquent désormais d’argent
Eli Ben-Sasson travaille dans la crypto depuis 2013. Son avertissement arrive alors que les projets liés à la confidentialité et aux preuves cryptographiques restent sous forte pression. Il affirme n’avoir jamais observé une période aussi brutale pour les jeunes entreprises du secteur.
Le problème ne se limite plus à la baisse du Bitcoin ou des altcoins. Il touche directement la survie des équipes. Lors des précédents marchés baissiers, de nombreux projets fragiles continuaient d’exister. Ils réduisaient leurs dépenses, repoussaient leurs lancements ou attendaient le retour des investisseurs.
Cette fois, plusieurs startups arrivent simplement au bout de leurs réserves. Même des équipes disposant d’une technologie sérieuse ferment leurs portes. Leur produit peut fonctionner. Leur communauté peut rester active. Sans revenus ni nouveaux financements, elles ne disposent pourtant plus du temps nécessaire pour atteindre la rentabilité.
StarkWare n’échappe pas entièrement à cette pression. L’entreprise a elle-même dû réduire son budget quelques mois plus tôt. Cette décision montre que le ralentissement dépasse les petits projets sans produit réel.
Les grands investisseurs se détournent de la crypto
La crise actuelle vient aussi d’un déplacement des capitaux. Les investisseurs institutionnels se montrent moins pressés de financer les infrastructures blockchain. Ils privilégient désormais des secteurs capables de produire un récit plus puissant, notamment l’intelligence artificielle.
Cette rotation laisse les startups crypto dans une situation inconfortable. Pendant les périodes d’euphorie, certaines levaient des millions de dollars avec une feuille de route et quelques promesses techniques. Désormais, les investisseurs exigent des utilisateurs, des revenus et une utilité démontrable.
Ben-Sasson pense que le retrait des grands fonds pourrait durer au moins jusqu’aux élections américaines de mi-mandat. Une évolution politique défavorable au secteur renforcerait encore leur prudence. Les entreprises doivent donc se préparer à fonctionner avec moins de capitaux.
Cette situation révèle une faiblesse ancienne. Une partie de l’écosystème dépendait davantage des levées de fonds que de ses clients. Quand l’argent facile disparaît, le modèle s’effondre rapidement.
Une purge brutale, mais peut-être nécessaire
Le dirigeant de StarkWare ne considère pas uniquement cette crise comme une catastrophe. Selon lui, la disparition des projets les plus faibles peut libérer le marché de nombreuses promesses inutiles. Les équipes restantes devront se concentrer sur des problèmes réels.
Le nettoyage risque cependant d’emporter de bons projets. Une entreprise peut disposer d’une technologie pertinente et disparaître simplement parce qu’elle a lancé son produit au mauvais moment. Le marché ne récompense pas toujours les meilleures idées. Il favorise aussi les équipes capables de survivre assez longtemps.
Pour les développeurs, la priorité change donc. Il ne suffit plus d’ajouter un jeton à une application ou de suivre le récit à la mode. Les nouveaux projets doivent réduire leurs dépenses, trouver des utilisateurs et construire un modèle économique plus résistant.
Cette discipline pourrait rendre le prochain cycle plus sain. Moins de capitaux signifie moins de projets artificiels. Cela impose aussi une sélection plus dure entre les infrastructures réellement utiles et celles qui ne vivaient que grâce à la spéculation.
La prochaine croissance devra venir de l’intérieur
Ben-Sasson doute que le prochain grand cycle soit lancé par les banques traditionnelles. Il rappelle que les cryptomonnaies n’ont pas été créées pour reproduire simplement l’ancien système financier sur de nouveaux réseaux.
Selon lui, la blockchain doit offrir davantage de liberté aux développeurs et aux utilisateurs. Cette vision entre parfois en conflit avec les exigences des grandes institutions, habituées à des systèmes fortement contrôlés et réglementés.
Le prochain moteur pourrait donc venir des communautés elles-mêmes. Les projets capables d’améliorer les paiements, la confidentialité, la sécurité ou l’accès aux services financiers disposent encore d’un espace important.
Cette crise rejoint la purge plus large observée sur le marché crypto, mais elle touche ici la base industrielle du secteur : équipes, budgets, produits et recherche.
Ben-Sasson appelle surtout à la patience. Chaque marché baissier est présenté comme la fin définitive de la crypto. Pourtant, une transformation des infrastructures financières et numériques demande plusieurs années.
La crise actuelle reste sévère. Elle détruit des emplois, réduit les budgets et fragilise même des équipes reconnues. Mais elle peut aussi forcer le secteur à abandonner les raccourcis. Dans un marché où la liquidité reste disponible mais prudente, la prochaine phase devra produire des outils que les utilisateurs auront réellement intérêt à conserver.
En bref
- Eli Ben-Sasson décrit une crise historique pour les startups crypto.
- Même des projets solides ferment faute de financement suffisant.
- Cette purge pourrait imposer un retour aux produits réellement utiles.
