La Bolivie étudie l’intégration de l’USDT dans son système national de paiement, alors que le pays manque de dollars et cherche des alternatives pour les transactions du quotidien. Le projet reste en phase d’examen. Dans certaines économies fragilisées, le stablecoin n’est plus seulement un outil crypto. Il devient une réponse monétaire de secours.
USDT : une monnaie de paiement en discussion
Le ministre bolivien de l’Économie et des Finances publiques, José Gabriel Espinoza, a indiqué que le gouvernement évaluait un cadre réglementaire permettant à l’USDT de circuler comme une monnaie de paiement aux côtés du boliviano et du dollar américain. L’usage pourrait concerner les paiements, l’épargne et le commerce, sans dépendre uniquement du cash ou du système bancaire classique.
Cette idée marque un changement de ton. La Bolivie avait longtemps gardé une position hostile aux actifs numériques. Les cryptos étaient interdites jusqu’en juin 2024, avant que le pays ne commence à rouvrir prudemment la porte aux paiements et services liés aux actifs virtuels. Reuters rapporte que les volumes de transactions en actifs numériques ont ensuite atteint 430 millions de dollars sur plus de 10 000 opérations.
Contrairement au Bitcoin, l’USDT ne séduit pas par son potentiel de hausse. Il attire par sa stabilité supposée face au dollar. Pour un pays où l’accès au billet vert devient difficile, ce type d’actif peut servir de dollar numérique de substitution.
La pénurie de dollars pousse vers les stablecoins
La crise monétaire bolivienne explique cette accélération. En juin 2026, la Bolivie a mis fin à son ancrage vieux de quinze ans avec le dollar et adopté un régime de change plus flexible. Reuters indique que le taux officiel était resté autour de 6,86 à 6,96 bolivianos par dollar depuis 2011, avant que la pression sur les réserves et la pénurie de dollars ne rendent ce modèle intenable.
Le pays faisait déjà face à un marché parallèle très actif. Le dollar s’y échangeait parfois à des niveaux très supérieurs au taux officiel, ce qui compliquait les importations, les paiements internationaux et l’épargne des ménages. Dans ce décor, l’USDT devient attractif parce qu’il donne un accès numérique à une unité de compte liée au dollar.
Ce mouvement n’est pas seulement institutionnel. En 2025, Reuters décrivait déjà des commerces de Cochabamba acceptant Bitcoin ou Tether, des kiosques crypto et des consommateurs utilisant Binance pour effectuer des paiements ordinaires. Le phénomène restait limité, mais il progressait parce que les ménages cherchaient à protéger leur pouvoir d’achat.
Une adoption latino-américaine plus large
La Bolivie n’est pas un cas isolé. Chainalysis estime que l’Amérique latine a enregistré près de 1 500 milliards de dollars de volume crypto entre juillet 2022 et juin 2025. La région est portée par l’inflation, la volatilité des monnaies locales, les contrôles de capitaux et les besoins de transferts transfrontaliers.
Dans ce contexte, les stablecoins occupent une place particulière. Chainalysis souligne qu’ils servent souvent de réserve de valeur, d’outil de paiement et de système financier parallèle lorsque les monnaies locales perdent leur fiabilité. Pour les ménages, l’objectif n’est pas toujours de spéculer. Il s’agit parfois de garder une valeur plus stable que la monnaie nationale.
La Bolivie a d’ailleurs enregistré 14,8 milliards de dollars de volume crypto dans l’évaluation régionale de Chainalysis. Ce chiffre reste inférieur aux grands marchés comme le Brésil, l’Argentine ou le Mexique, mais il montre que le pays n’est plus marginal dans l’usage régional des actifs numériques.
Le risque réglementaire reste central
L’intégration de l’USDT ne peut pas être traitée comme une simple innovation de paiement. Cointelegraph rapporte que le ministre Espinoza a insisté sur la nécessité d’un cadre robuste contre le blanchiment d’argent, notamment parce que la Bolivie reste sous surveillance accrue du GAFI.
C’est le point délicat. Un stablecoin peut faciliter les paiements, mais il peut aussi compliquer le contrôle des flux financiers si les règles sont mal conçues. Il faut donc encadrer les plateformes, identifier les acteurs, surveiller les transactions suspectes et protéger les utilisateurs contre les faux services.
Il y a aussi un risque social. Si l’USDT devient un refuge pour les ménages, il peut soulager certaines tensions à court terme. Mais il ne règle pas la cause de la crise : manque de réserves, faiblesse de la monnaie locale, pénurie de dollars et fragilité de la confiance. Même José Gabriel Espinoza avait averti que la hausse de la crypto reflétait surtout la dégradation du pouvoir d’achat des ménages, plutôt qu’un signe de stabilité.
Une solution pratique, pas une baguette magique
L’USDT peut devenir utile en Bolivie s’il est intégré avec prudence. Il peut aider les commerçants, les importateurs, les familles recevant des fonds de l’étranger et les ménages cherchant une unité de compte plus stable. Mais son adoption officielle ne doit pas être vendue comme une solution miraculeuse.
Le stablecoin dépend aussi d’un émetteur privé, de réserves, de plateformes, de réseaux blockchain et d’intermédiaires techniques. Une économie nationale ne peut pas déplacer une partie de ses paiements vers un tel actif sans poser des questions de souveraineté, de supervision et de résilience.
La Bolivie avance donc sur une ligne étroite. Trop de rigidité pourrait pousser l’usage de l’USDT vers l’informel. Trop de souplesse pourrait ouvrir des risques financiers et réglementaires. Le pays cherche un équilibre difficile : reconnaître une pratique déjà présente, sans abandonner le contrôle public sur les paiements.
En bref
- La Bolivie étudie l’usage de l’USDT pour les paiements, l’épargne et le commerce.
- La pénurie de dollars pousse ménages et entreprises vers les stablecoins.
- Le défi principal reste la régulation, surtout face aux risques de blanchiment.
