Le CLARITY Act se heurte à une nouvelle offensive politique au Sénat américain. Trois sénateurs démocrates, Chris Murphy, Jeff Merkley et Chris Van Hollen, s’opposent désormais au vote du texte pour des raisons d’éthique. Leur message est frontal : les États-Unis ne doivent pas créer un nouveau cadre réglementaire crypto sans règles claires contre les conflits d’intérêts liés au pouvoir politique.
CLARITY Act : le débat crypto bascule sur l’éthique
Le CLARITY Act devait d’abord répondre à une question technique : qui doit réguler les actifs numériques aux États-Unis, la SEC ou la CFTC ? Le texte veut établir des règles de marché plus lisibles pour les entreprises crypto. Mais le débat a changé de nature. Il est désormais aussi moral et politique.
Lors d’une conférence de presse, Chris Murphy, Jeff Merkley et Chris Van Hollen ont dénoncé l’absence de garde-fous contre ce qu’ils présentent comme les intérêts crypto de Donald Trump et de son entourage. Cointelegraph rapporte que les élus ont été accompagnés par Americans for Financial Reform, Indivisible et l’acteur Ben McKenzie, déjà critique envers le secteur crypto.
Leur argument est simple. Une loi de structure de marché peut donner de la légitimité à l’industrie. Mais si cette industrie reste liée aux intérêts privés de responsables politiques, le texte risque de devenir explosif. Pour ces sénateurs, la clarté réglementaire ne suffit pas sans clarté éthique.
Une loi déjà avancée, mais pas encore sauvée
Le CLARITY Act a pourtant franchi une étape importante. Le 14 mai 2026, la commission bancaire du Sénat a adopté le texte par 15 voix contre 9. Le communiqué du président Tim Scott précise que le projet est ensuite passé vers l’étape du vote en séance.
Cette avancée avait donné de l’espoir à l’industrie crypto. Le texte promet de fixer les règles du jeu, de protéger les consommateurs et de donner aux entreprises un cadre moins incertain. Après des années de procès, d’enquêtes et de conflits avec la SEC, le secteur attend une architecture fédérale stable.
Mais le Sénat reste l’obstacle principal. Le texte doit atteindre le seuil de 60 voix pour avancer sans blocage prolongé. Reuters rappelle qu’il lui faut donc des voix démocrates, car la majorité républicaine ne suffit pas seule.
Les démocrates ne veulent pas d’un texte sans garde-fous
L’opposition actuelle ne sort pas de nulle part. Dès mai, Elizabeth Warren avait critiqué la version du texte examinée en commission. Elle affirmait que le projet ne contenait aucune disposition suffisante pour éviter les conflits d’intérêts liés aux activités crypto de Donald Trump et de sa famille.
Cette ligne est désormais reprise par d’autres démocrates. Leur objectif n’est pas seulement de ralentir la loi. Ils veulent modifier son contenu avant un éventuel vote. Les sujets sensibles restent les mêmes : éthique publique, lutte contre le blanchiment, sécurité nationale, règles de conformité et protection des investisseurs.
Reuters indique aussi que plusieurs démocrates jugent le texte trop faible sur les obligations anti-blanchiment. Cette critique est importante, car elle touche au cœur de la régulation. Une loi crypto trop permissive pourrait être accusée d’ouvrir un marché sans imposer assez de responsabilités aux plateformes.
Le calendrier devient un adversaire
Le CLARITY Act n’a pas seulement un problème politique. Il a aussi un problème de temps. Galaxy Digital a récemment abaissé ses chances de passage, estimant que la fenêtre parlementaire se referme vite avant la pause d’août et les élections de mi-mandat.
Le processus reste lourd. Le Sénat doit débattre du texte, gérer les amendements, résoudre les différences entre les commissions et éventuellement renvoyer le projet à la Chambre si des modifications importantes sont adoptées. Ce n’est pas un sprint simple. C’est une course dans un couloir encombré.
CoinDesk soulignait déjà que d’autres textes prioritaires se disputent le temps du Sénat, notamment des sujets de surveillance, d’immigration, de défense et de politique intérieure. Le CLARITY Act avance donc dans une file d’attente tendue, où chaque semaine perdue compte.
La crypto américaine reste suspendue à Washington
Pour l’industrie crypto, ce blocage est frustrant. Le CLARITY Act représente l’espoir d’un marché plus prévisible aux États-Unis. Sans lui, les entreprises continueront à dépendre de décisions judiciaires, de positions d’agences et d’interprétations parfois changeantes.
Mais l’opposition démocrate révèle aussi une inquiétude réelle. Réguler la crypto ne signifie pas seulement encourager l’innovation. Cela signifie aussi éviter que le secteur devienne une zone de rente politique, de conflits d’intérêts ou de risques financiers mal contrôlés.
Le texte n’est donc pas mort. Mais il n’est plus sur une voie facile. Le CLARITY Act doit désormais prouver qu’il peut faire deux choses à la fois : donner des règles au marché crypto et empêcher que ces règles servent ceux qui ont déjà les meilleures connexions à Washington.
En bref
- Le CLARITY Act fait face à l’opposition de trois sénateurs démocrates.
- Le blocage porte surtout sur l’éthique, les conflits d’intérêts et les risques de blanchiment.
- Le texte reste avancé, mais le calendrier du Sénat devient de plus en plus serré.
