Les écoles connectées deviennent un test majeur pour l’éducation numérique en Afrique. Airtel Africa et l’UNICEF veulent raccorder 5 000 écoles à Internet d’ici 2027, mais le rythme doit encore s’accélérer. Le programme a déjà connecté 3 296 écoles, touché plus de 2 millions d’élèves et formé près de 40 000 enseignants. Le défi n’est donc plus de prouver que le modèle fonctionne. Il faut maintenant le porter à grande échelle.
Écoles connectées : un objectif ambitieux, mais encore incomplet
Airtel Africa vise 5 000 écoles connectées dans ses marchés africains d’ici 2027, à travers sa fondation et en partenariat avec l’UNICEF. L’annonce a été mise en avant par Sunil Taldar, directeur général d’Airtel Africa, lors d’une visite à St. Monica Girls’ School, en Zambie, l’une des écoles déjà bénéficiaires du programme.
Le partenariat, lancé en 2021, s’inscrit dans l’enjeu plus large de l’éducation numérique en Afrique et représente un engagement de 57 millions de dollars sur cinq ans. Il couvre 13 pays africains, dans une logique proche de l’initiative Giga de l’UNICEF, et combine connectivité scolaire, accès gratuit à des plateformes d’apprentissage, formation des enseignants et accompagnement des gouvernements.
Le résultat actuel reste solide. Mais il révèle aussi l’ampleur de l’effort restant. Avec 3 296 écoles déjà connectées, il faut encore raccorder environ 1 700 établissements pour atteindre la cible de 2027. À ce stade, la question n’est plus seulement technique. Elle devient logistique, financière et politique.
La connexion seule ne suffit pas
Le programme ne se limite pas à installer Internet dans des écoles. Airtel et l’UNICEF insistent sur une approche plus complète. Les écoles doivent avoir accès à des plateformes pédagogiques fiables, à des équipements, à des solutions d’alimentation électrique et à des enseignants capables d’utiliser les outils numériques en classe.
C’est un point souvent oublié. Une école peut être connectée sans devenir réellement numérique. Si les enseignants ne sont pas formés, si les contenus ne suivent pas le programme scolaire, ou si les élèves ne peuvent pas accéder régulièrement aux ressources, la connexion reste un câble de plus dans une salle.
Airtel indique que 64 plateformes éducatives approuvées par les gouvernements sont déjà mises en accès gratuit, sans frais de données, dans 13 pays. Plus de 38 800 enseignants ont aussi été formés en 2025/26 à l’usage des outils et ressources numériques.
L’Afrique rurale reste le vrai terrain de bataille
L’intérêt du programme se mesure surtout dans les zones mal desservies. L’Airtel Africa Foundation explique que des millions d’enfants sont exclus des opportunités numériques non par manque de talent, mais parce qu’ils n’ont pas accès à une connectivité abordable, à des plateformes sûres et à des enseignants préparés au numérique.
Les pays concernés incluent notamment le Nigeria, le Kenya, la Tanzanie, l’Ouganda, la Zambie, le Malawi, le Rwanda, Madagascar, le Niger, le Tchad, le Gabon, la République du Congo et la RDC. Le programme vise donc des réalités très différentes, entre zones urbaines, écoles rurales, régions enclavées et contextes fragiles.
C’est précisément ce qui rend l’objectif difficile. Connecter une école dans une capitale n’a rien à voir avec connecter une école isolée, sans électricité fiable, avec peu d’équipements et des enseignants déjà surchargés. L’Afrique n’a pas seulement besoin de fibre ou de routeurs. Elle a besoin d’écosystèmes scolaires capables d’absorber le numérique.
Le partenariat public-privé devient indispensable
L’exemple d’Airtel et de l’UNICEF montre que l’éducation numérique africaine ne peut pas dépendre d’un seul acteur. Les États fixent les programmes, les priorités et les investissements numériques. Les opérateurs apportent la connectivité. L’UNICEF fournit l’expertise éducative et l’approche centrée sur les enfants. Les écoles, elles, transforment l’outil en usage réel.
Cette coordination est lente, mais nécessaire. Sans alignement avec les ministères de l’Éducation, les plateformes risquent de rester périphériques. Sans zéro-rating, les coûts de données peuvent exclure les familles pauvres. Et sans suivi, personne ne sait si la connexion améliore réellement les apprentissages.
Le programme arrive donc à un moment décisif. L’Afrique parle beaucoup d’intelligence artificielle, d’éducation virtuelle, de compétences numériques et d’innovation. Mais tout commence plus tôt, dans les écoles. Une génération ne peut pas devenir compétitive dans l’économie numérique si elle découvre Internet trop tard, trop mal, ou seulement hors du cadre scolaire.
Les 5 000 écoles connectées ne seront pas une fin. Elles seront un seuil. Le vrai succès se mesurera dans la régularité des usages, la qualité des contenus, la progression des élèves et la capacité des enseignants à transformer la connexion en apprentissage.
En bref
- Airtel Africa et l’UNICEF veulent connecter 5 000 écoles africaines d’ici 2027.
- Le programme a déjà raccordé 3 296 écoles et touché plus de 2 millions d’élèves.
- Le défi principal reste l’accélération, surtout dans les zones rurales et sous-équipées.
