La Banque centrale du Congo a réduit son taux directeur de 13,5 % à 12,5 %. Cette baisse de 100 points de base vise à soutenir le financement de l’économie congolaise. Elle intervient toutefois dans un contexte où l’inflation repart légèrement et où les dépenses publiques pourraient exercer une nouvelle pression sur le franc congolais.
La Banque centrale du Congo poursuit son assouplissement
Le Comité de politique monétaire de la BCC a pris cette décision lors de sa réunion du 17 juillet 2026. Elle arrive dans une économie où le bras de fer fiscal autour de Kamoto fragilise déjà un grand dossier minier. Le taux directeur recule donc d’un point de pourcentage. Le taux de la facilité de prêt marginal baisse également, passant de 17,5 % à 16,5 %, selon le compte rendu publié par Actualite.cd.
Cette nouvelle réduction confirme l’assouplissement engagé depuis le début de l’année. En janvier, la Banque centrale avait déjà ramené son principal taux de 17,5 % à 15 %. Une nouvelle baisse l’avait ensuite conduit à 13,5 %. Le taux directeur perd ainsi cinq points en quelques mois.
La BCC estime que le niveau actuel reste suffisamment élevé pour maintenir des taux d’intérêt réels positifs. Autrement dit, le taux directeur demeure largement supérieur à l’inflation annuelle observée. La banque centrale peut donc soutenir l’activité sans abandonner complètement sa politique de stabilité des prix.
Une baisse destinée à faciliter le financement de l’économie
Le taux directeur représente le coût auquel la Banque centrale fournit certaines liquidités aux banques commerciales. Sa réduction peut donc diminuer progressivement le coût de refinancement du système bancaire. En théorie, les établissements disposent alors de meilleures conditions pour prêter aux entreprises et aux ménages.
L’effet ne sera pourtant pas immédiat dans les agences bancaires. Les taux des crédits dépendent aussi du risque de défaut, des garanties exigées et des coûts opérationnels. La forte dollarisation de l’économie congolaise limite également la transmission des décisions prises sur les instruments en francs congolais.
Cette dollarisation se voit aussi dans les usages financiers du pays, alors que la RDC devient un laboratoire africain des paiements mobiles en dollars. La baisse du taux directeur en franc congolais peut donc aider, mais elle ne suffit pas à transformer seule le comportement des agents économiques.
La baisse envoie malgré tout un signal favorable aux entreprises. La croissance économique de la RDC est projetée à 5,7 % en 2026, contre une moyenne attendue de 4,3 % en Afrique subsaharienne. La BCC cherche donc à accompagner cette dynamique sans provoquer une création excessive de monnaie.
L’inflation reste contenue, mais elle recommence à progresser
La décision est facilitée par une inflation annuelle encore modérée. Celle-ci s’établissait à 2,9 % au deuxième trimestre, contre 2,2 % au trimestre précédent. L’inflation cumulée depuis janvier a toutefois atteint 4,8 % à fin juin, contre 2,3 % trois mois plus tôt.
Cette accélération provient principalement de la hausse des prix des carburants et des coûts logistiques. Les perturbations des chaînes internationales renchérissent aussi certains produits importés. Dans une économie très dépendante des importations, ces chocs peuvent rapidement se transmettre aux marchés locaux.
La Banque centrale avance donc avec prudence. Une réduction trop rapide des taux pourrait augmenter la quantité de francs disponible dans l’économie. Si cette liquidité se dirige massivement vers l’achat de dollars, elle pourrait affaiblir la monnaie nationale et relancer l’inflation.
Le franc congolais reste au cœur de la stratégie
La situation du franc congolais offre actuellement une marge de manœuvre à la BCC. La monnaie nationale s’est appréciée de 1,95 % sur le marché interbancaire. Les réserves internationales ont atteint 8,18 milliards de dollars, soit environ 3,12 mois d’importations.
La Banque centrale prévoit une stabilisation du taux de change autour de 2 250 francs congolais pour un dollar. Cette projection dépendra cependant des interventions de la BCC, de l’évolution des recettes minières et de la capacité du gouvernement à contrôler ses dépenses.
La situation sécuritaire dans l’est du pays reste un risque important. Elle pousse l’État à augmenter certaines dépenses, ce qui peut injecter davantage de liquidités dans l’économie. Les achats liés à la rentrée scolaire et la hausse des importations pourraient aussi accroître la demande de dollars dans les prochains mois.
Ce risque de change dépasse la RDC. Plusieurs monnaies africaines restent vulnérables dès que le dollar se renforce, comme l’a montré la récente pression sur le rand sud-africain face aux tensions dans le Golfe. La BCC doit donc gérer à la fois son marché local et un environnement international encore instable.
Pour limiter ce danger, la BCC introduit une nouvelle maturité de 252 jours pour ses bons. Cet instrument permettra aux banques de placer des liquidités sur une durée plus longue. La Banque centrale pourra ainsi réduire l’excès de francs en circulation tout en abaissant son taux directeur.
Cette baisse de taux constitue donc un équilibre délicat. Elle peut améliorer les conditions de financement et soutenir les investissements. Mais son efficacité dépendra de la réaction des banques commerciales, de la discipline budgétaire et de la stabilité du franc congolais.
En bref
- La BCC réduit son taux directeur de 13,5 % à 12,5 %.
- La mesure vise à soutenir le crédit et l’activité économique.
- L’inflation et les dépenses sécuritaires imposent encore de la prudence.
