OpenAI a conclu un partenariat avec le cabinet international Willkie Farr & Gallagher pour développer des outils d’intelligence artificielle destinés aux avocats. Le cabinet déploiera ChatGPT Enterprise et travaillera avec OpenAI sur des applications juridiques personnalisées. L’accord intervient alors qu’OpenAI prépare aussi les bases d’une possible introduction en Bourse, sans calendrier définitif.
OpenAI entre directement dans les cabinets d’avocats
Ce partenariat s’inscrit dans la même offensive commerciale qu’OpenAI mène déjà autour de ChatGPT, Codex et d’une possible IPO. L’entreprise ne veut plus seulement vendre un modèle généraliste. Elle cherche à ancrer ses outils dans les métiers où la donnée, la confidentialité et la productivité pèsent lourd.
Willkie prévoit de mettre ChatGPT Enterprise à la disposition de ses équipes. Les avocats pourront utiliser les modèles d’OpenAI pour certaines tâches de recherche, d’analyse, de synthèse et de préparation de documents.
Le partenariat ne se limite pas à fournir des licences. Selon l’annonce publiée par Willkie, les deux organisations veulent accélérer le développement de plateformes propriétaires via Willkie Works, la structure interne du cabinet dédiée à l’IA et à l’innovation.
Cette approche donne à OpenAI un accès direct aux usages réels des professionnels. Le groupe pourra observer les points où les modèles apportent un gain de temps, mais aussi les situations dans lesquelles les erreurs restent trop risquées.
L’IA juridique devient un marché stratégique
Le secteur juridique représente un terrain particulièrement attractif pour l’intelligence artificielle. Les cabinets traitent d’immenses quantités de contrats, de courriels, de décisions et de pièces de procédure.
Un modèle capable de rechercher rapidement une information ou de comparer plusieurs documents peut réduire des heures de travail. Les équipes de Willkie veulent notamment utiliser les derniers modèles d’OpenAI, ses capacités d’entreprise et ses ressources techniques pour faire évoluer plusieurs outils internes.
Willkie cite déjà une série de plateformes maison, dont Wendell Intelligence, Wendell Financial Insights, Wendell Horizon et des outils spécialisés dans les fonds privés ou les class actions. OpenAI Codex devrait aussi être intégré dans l’environnement de développement IA du cabinet.
La concurrence est toutefois intense. Harvey, Legora, CoCounsel et plusieurs startups développent des outils spécialisés. La bataille rejoint donc la guerre des talents entre OpenAI, Google DeepMind et Anthropic, car les meilleurs modèles ne suffisent plus : il faut aussi des experts capables de les adapter aux métiers réglementés.
Les avocats devront encore vérifier les réponses
L’arrivée de ChatGPT dans un cabinet ne signifie pas que les modèles peuvent remplacer le jugement juridique. Une réponse incorrecte, une citation inventée ou une clause mal interprétée peut avoir des conséquences importantes.
Les outils devront donc fonctionner avec des sources identifiées, des contrôles d’accès et une validation humaine. Les cabinets devront aussi protéger les informations confidentielles de leurs clients.
Willkie insiste sur sa gouvernance IA, notamment avec une certification ISO/IEC 42001:2023. Ce détail compte. Dans le droit, l’enjeu n’est pas seulement d’aller plus vite. Il faut aussi démontrer que les usages sont encadrés, audités et compatibles avec les obligations professionnelles.
Cette logique rejoint les débats plus larges sur la gouvernance des technologies avancées. Sans règles claires, une innovation peut devenir un risque opérationnel, juridique ou réputationnel.
L’enjeu concerne également la formation des jeunes avocats. Une partie de leur apprentissage repose sur la recherche, la lecture et la rédaction de documents. Si l’IA prend en charge les tâches les plus répétitives, les cabinets devront trouver d’autres méthodes pour développer leur rigueur et leur capacité d’analyse.
Le gain de productivité pourrait enfin remettre en cause la facturation à l’heure. Lorsqu’un outil accomplit en quelques minutes une tâche auparavant facturée pendant plusieurs heures, les clients peuvent demander des tarifs fondés sur le résultat.
Le partenariat renforce le récit avant une possible IPO
OpenAI ne présente pas cet accord comme une opération directement liée à son introduction en Bourse. Le partenariat renforce néanmoins son activité auprès des grandes entreprises et montre que ses modèles peuvent s’intégrer à des secteurs réglementés.
L’entreprise a annoncé le 8 juin 2026 avoir déposé confidentiellement un projet de formulaire S-1 auprès de la SEC. OpenAI précise toutefois qu’aucun calendrier n’a été décidé et que l’entreprise pourrait rester privée encore un certain temps.
Plusieurs médias financiers évoquent une valorisation privée proche de 852 milliards de dollars et un objectif potentiel autour de 1 000 milliards en cas d’IPO. Ces estimations restent sensibles aux conditions de marché, à la croissance des revenus et aux arbitrages internes d’OpenAI.
Pour convaincre les marchés, OpenAI devra montrer qu’elle peut transformer sa technologie en revenus durables. Les partenariats avec les banques, les gouvernements et les cabinets d’avocats participent à cette démonstration.
L’accord avec Willkie est donc plus qu’un nouveau déploiement de ChatGPT. Il place OpenAI directement dans un métier où la confiance, la précision et la confidentialité valent autant que la puissance du modèle.
En bref
- Willkie déploiera ChatGPT Enterprise auprès de ses avocats.
- Le cabinet construira aussi des outils juridiques personnalisés avec OpenAI.
- L’accord renforce la stratégie commerciale d’OpenAI avant une possible IPO.
