Google DeepMind vient de perdre deux chercheurs majeurs en l’espace de quelques jours. Noam Shazeer rejoint OpenAI, tandis que John Jumper part chez Anthropic. Ces départs révèlent une guerre des talents IA devenue aussi stratégique que la course aux modèles et aux puces.
Google DeepMind perd deux figures majeures
Cette bataille des talents prolonge l’offensive commerciale d’OpenAI autour de ChatGPT et Codex, qui renforce son pouvoir d’attraction auprès des profils IA.
Noam Shazeer a décidé de quitter Google DeepMind pour rejoindre OpenAI. Son départ frappe un point sensible. Le chercheur avait participé à la rédaction de « Attention Is All You Need », l’article scientifique de 2017 qui a introduit l’architecture Transformer.
Cette technologie constitue aujourd’hui le socle de nombreux grands modèles de langage. Le « T » de ChatGPT vient précisément du terme Transformer. Perdre l’un de ses architectes représente donc bien plus qu’un simple changement de personnel pour Google.
Le départ surprend aussi pour une raison financière. Google avait consacré plus de 2 milliards de dollars au retour de Shazeer et d’une partie de l’équipe de Character.AI. L’entreprise pensait ainsi renforcer ses efforts face à la montée d’OpenAI et à la bataille autour de Google Gemini.
John Jumper choisit Anthropic
Elle rejoint aussi la course mondiale aux infrastructures d’IA, où les modèles, les puces et les équipes deviennent indissociables.
Deux jours après l’annonce de Shazeer, John Jumper a confirmé son départ de Google DeepMind pour Anthropic. Il est surtout connu pour son rôle central dans le développement d’AlphaFold, un système capable de prédire la structure tridimensionnelle des protéines.
Ces recherches lui ont valu de partager le prix Nobel de chimie en 2024. Son recrutement donne donc à Anthropic une expertise qui dépasse les assistants conversationnels. Jumper possède une expérience unique dans l’utilisation de l’IA pour accélérer la découverte scientifique.
Son arrivée pourrait renforcer les ambitions d’Anthropic dans la recherche avancée. L’entreprise, connue pour son modèle Claude, cherche déjà à consolider sa place face à OpenAI et Google. Elle bénéficie aussi d’importants investissements dans les infrastructures IA.
La guerre de l’IA devient humaine
Selon Business Insider, ces départs s’inscrivent dans une nouvelle accélération de la guerre des talents entre Google, OpenAI et Anthropic.
Les grands laboratoires automatisent progressivement la programmation, l’analyse et certaines étapes de la recherche. Pourtant, ils continuent d’accorder une valeur immense à un petit nombre de scientifiques. Le paradoxe est frappant.
Les meilleurs chercheurs n’apportent pas seulement leurs connaissances techniques. Ils savent choisir les expériences pertinentes, diriger de grandes équipes et interpréter les résultats inattendus. Ils peuvent aussi attirer d’autres ingénieurs très recherchés.
Un seul départ peut donc produire un effet domino. Lorsqu’une figure reconnue rejoint un concurrent, plusieurs collègues peuvent être tentés de la suivre. À l’inverse, recruter un scientifique prestigieux améliore la crédibilité d’un laboratoire et facilite ses futures embauches.
Les chercheurs évaluent également l’accès aux puces, la liberté scientifique, les rémunérations et la vision des dirigeants. Les questions de sécurité prennent une place croissante. Certains veulent savoir comment les modèles seront utilisés avant de participer à leur développement.
L’AGI accélère les transferts
Ce mouvement fait aussi écho aux tensions décrites dans la rivalité technologique entre Washington et Pékin, où l’IA devient un actif stratégique.
Cette compétition s’intensifie parce que plusieurs acteurs pensent que l’intelligence artificielle générale pourrait se rapprocher. Dans ce contexte, chaque laboratoire veut réunir les personnes capables de définir la prochaine architecture ou de conduire les expériences décisives.
OpenAI et Anthropic disposent d’un argument supplémentaire. Leurs éventuelles introductions en Bourse pourraient offrir aux chercheurs recrutés une forte hausse de la valeur de leurs actions. Google, déjà coté et beaucoup plus mature, peut plus difficilement promettre le même potentiel.
Le secteur connaît d’autres mouvements. Nvidia a recruté l’équipe d’Essential AI, dont Ashish Vaswani, également coauteur de l’article sur les Transformers. Barret Zoph, ancien chercheur de Thinking Machines et d’OpenAI, a aussi annoncé un nouveau départ.
Google DeepMind conserve une équipe considérable, des moyens informatiques massifs et des modèles performants. Mais ces pertes touchent deux domaines symboliques : les Transformers et la découverte scientifique. Elles rappellent que la domination dans l’IA ne se mesure pas seulement en milliards de dollars ou en GPU.
La prochaine rupture pourrait encore dépendre de quelques individus capables d’orienter des machines toujours plus puissantes. Alors que l’IA commence à résoudre des problèmes scientifiques, Google découvre une réalité moins automatisable : conserver les humains qui savent où chercher.
En bref
- Google DeepMind perd Noam Shazeer au profit d’OpenAI.
- John Jumper rejoint Anthropic après son travail majeur sur AlphaFold.
- La course à l’AGI intensifie la guerre mondiale des talents IA.
