DeepSeek a suspendu sa deuxième levée de fonds, quelques semaines seulement après avoir obtenu plus de 7 milliards de dollars. Cette décision intervient après la diffusion virale de propos attribués à son fondateur, Liang Wenfeng, sur le retard technologique de la Chine. Pourtant, l’entreprise n’a pas confirmé que ces déclarations sont la cause directe du gel.
DeepSeek met sa deuxième levée de fonds en pause
Cette pause arrive dans une séquence où Nvidia reste au centre de la bataille mondiale des puces IA. DeepSeek a informé plusieurs investisseurs potentiels qu’aucun accord ne serait signé dans l’immédiat, selon des informations Bloomberg reprises par The Japan Times et Fortune.
Les discussions concernaient une deuxième opération de financement. Elles avaient débuté peu après la clôture d’une première levée massive en juin 2026. Le processus pourrait reprendre plus tard, selon des personnes proches du dossier.
La première opération avait permis au laboratoire chinois de réunir plus de 50 milliards de yuans, soit environ 7,4 milliards de dollars. Le tour valorisait DeepSeek à plus de 50 milliards de dollars et imposait une structure très favorable à Liang Wenfeng, selon Investing.com, citant The Information.
Les investisseurs auraient accepté une période de blocage de cinq ans et une absence de droits de vote directs. Le fonds national chinois consacré à l’intelligence artificielle aurait bénéficié de conditions différentes, avec une participation directe dans DeepSeek.
Les propos attribués à Liang Wenfeng créent un malaise
La suspension intervient après la diffusion de publications attribuant des commentaires sensibles à Liang Wenfeng. Le fondateur aurait reconnu que la Chine reste dépendante de technologies étrangères, notamment des puces avancées de Nvidia. Il aurait aussi évoqué les difficultés des entreprises chinoises à rattraper durablement les États-Unis.
Ces propos sont devenus viraux sur les réseaux sociaux chinois. Ils contrastaient avec le récit officiel d’une Chine déjà capable d’atteindre une autonomie technologique complète. La réussite de DeepSeek est souvent présentée comme la preuve que les restrictions américaines n’empêchent plus les entreprises chinoises de construire des modèles performants.
Cependant, l’origine exacte des déclarations reste incertaine. Bloomberg indiquait ne pas avoir vérifié l’authenticité des publications. DeepSeek n’a pas confirmé leur authenticité et n’a pas officiellement établi de lien causal entre ces messages et la pause du financement.
Cette prudence est essentielle. La proximité des deux événements alimente les soupçons, mais elle ne suffit pas à prouver que le gel de la levée découle directement des propos attribués au fondateur.
DeepSeek affronte surtout un problème de coûts
L’entreprise chinoise reste connue pour ses modèles puissants et moins coûteux que ceux de plusieurs concurrents occidentaux. Cette stratégie a bouleversé le marché après l’arrivée de DeepSeek R1. Elle a également relancé la compétition autour des modèles ouverts, alors que Google DeepMind perdait des chercheurs stars au profit d’OpenAI et Anthropic.
Mais développer une IA de pointe reste extrêmement cher. DeepSeek doit financer l’achat de puces, les centres de données, l’entraînement des modèles et le recrutement de chercheurs. Les restrictions américaines compliquent encore l’accès aux processeurs les plus performants.
La société tente donc de s’appuyer davantage sur Huawei et les fabricants chinois. Reuters a rapporté en avril que DeepSeek avait lancé une préversion de son modèle V4 adaptée aux puces Huawei, un mouvement présenté comme un signal fort pour l’autonomie chinoise, selon Investing.com, reprenant Reuters.
Cette orientation réduit une partie de la dépendance envers Nvidia. Elle ne supprime pourtant pas les écarts de performance, de production et d’accès aux équipements les plus avancés. La question n’est donc pas seulement de savoir si la Chine peut concevoir de bons modèles. Elle doit aussi disposer d’une chaîne de calcul assez robuste pour les entraîner et les servir à grande échelle.
Une pause qui révèle les tensions de l’IA chinoise
DeepSeek ne semble pas manquer immédiatement de liquidités. Sa récente levée de plus de 7 milliards de dollars lui offre une marge importante. La suspension peut donc correspondre à une volonté de revoir la valorisation, les conditions proposées aux investisseurs ou le calendrier d’un futur projet boursier.
Elle montre aussi la sensibilité politique du secteur. En Chine, une entreprise d’intelligence artificielle ne développe pas seulement des produits commerciaux. Elle participe à une compétition stratégique avec les États-Unis. Les déclarations de ses dirigeants sont donc analysées comme des signaux économiques, mais aussi comme des commentaires sur la puissance nationale.
Cette sensibilité dépasse DeepSeek. Les tensions autour de l’accès aux modèles, aux données et aux infrastructures expliquent aussi pourquoi un accès chinois à Mythos aurait déclenché la riposte de Washington. L’IA est désormais un dossier industriel, financier et géopolitique à la fois.
Le cas DeepSeek révèle enfin un paradoxe. La Chine veut démontrer qu’elle peut construire une IA indépendante. Ses entreprises ont néanmoins besoin de capitaux énormes et d’infrastructures encore partiellement liées à des technologies étrangères.
La suspension de la levée ne remet pas en cause les avancées techniques du groupe. Elle rappelle simplement que la course à l’IA ne se gagne pas uniquement avec un bon modèle. Elle exige aussi des puces, de l’énergie et une confiance politique rarement acquise pour longtemps.
En bref
- DeepSeek suspend temporairement sa deuxième levée de fonds.
- Des propos attribués à son fondateur ont circulé sans confirmation officielle.
- L’épisode expose les besoins financiers et technologiques de l’IA chinoise.
