Les États-Unis auraient durci leurs restrictions contre Anthropic après avoir soupçonné un groupe lié à la Chine d’avoir accédé à Mythos, son modèle d’intelligence artificielle le plus sensible. Cette piste n’est pas encore confirmée. Elle éclaire toutefois la brutalité de la décision américaine visant les modèles Mythos 5 et Fable 5.
Washington soupçonne un accès lié à la Chine
La Maison-Blanche aurait reçu des informations laissant penser qu’un groupe lié à la Chine avait obtenu un accès à Mythos. Cette affaire prolonge la rivalité technologique déjà visible autour des puces d’IA chinoises, mais elle déplace maintenant le conflit vers les modèles eux-mêmes.
Mythos est présenté comme un modèle doté de capacités avancées en cybersécurité. Il peut notamment repérer des failles complexes dans des logiciels. C’est précisément cette puissance qui rend sa diffusion sensible pour Washington.
La nature exacte de l’accès reste inconnue. Les informations disponibles ne permettent pas de déterminer si le groupe concerné a utilisé directement le modèle, obtenu des résultats produits par celui-ci ou contourné les restrictions mises en place par Anthropic.
Une demande d’accès avait déjà été formulée par un représentant d’un groupe de réflexion chinois lors d’une rencontre privée à Singapour. Anthropic l’avait refusée. Cet épisode avait néanmoins alerté des responsables américains, qui craignaient que Pékin cherche à récupérer les capacités de Mythos.
Des restrictions imposées dans l’urgence
L’administration Trump a ensuite ordonné à Anthropic de suspendre l’accès à Mythos 5 et Fable 5 pour tous les ressortissants étrangers. La mesure concernait les utilisateurs situés hors des États-Unis, mais aussi les employés étrangers travaillant au sein de l’entreprise.
Anthropic a finalement choisi de désactiver les deux modèles pour l’ensemble de ses clients. La société estimait qu’elle ne pouvait pas appliquer immédiatement une séparation suffisamment précise entre les utilisateurs américains et étrangers. Axios a aussi décrit les tensions entre Anthropic et la Maison-Blanche autour de Fable, Mythos et des risques de jailbreak.
Cette réaction montre l’ampleur de la pression exercée par Washington. Les modèles d’intelligence artificielle les plus performants commencent à être traités comme des technologies stratégiques. Ils rejoignent ainsi les semi-conducteurs avancés parmi les outils que les États-Unis veulent empêcher leurs rivaux d’obtenir.
Le gouvernement américain craindrait notamment que la Chine utilise la distillation. Cette technique permet à un modèle moins puissant d’apprendre à reproduire certaines capacités d’un système plus avancé grâce à ses réponses. Un accès limité pourrait alors suffire à accélérer un programme concurrent.
La décision américaine ne repose toutefois pas uniquement sur la piste chinoise. Des entreprises auraient signalé que les protections de Fable 5 pouvaient être contournées. Amazon, important investisseur d’Anthropic, aurait également alerté des responsables sur les risques liés aux nouveaux modèles.
Les autorités auraient donc réagi à plusieurs inquiétudes simultanées : un possible accès étranger, des protections jugées fragiles et des capacités de recherche de vulnérabilités considérées comme trop puissantes pour une diffusion large.
Anthropic conteste le récit de la Maison-Blanche
Anthropic affirme ne pas avoir reçu de preuve démontrant qu’un acteur chinois avait accédé à Mythos. L’entreprise soutient également que la Chine n’a pas été mentionnée dans les échanges officiels ayant précédé les restrictions.
La société conteste aussi l’existence d’un contournement universel des protections de Fable 5. Selon elle, les failles présentées au gouvernement concernaient des situations limitées et ne justifiaient pas une interdiction aussi large.
Cette défense place Anthropic dans une position délicate. L’entreprise a longtemps plaidé pour un encadrement strict des systèmes les plus avancés. Elle se retrouve désormais visée par une intervention gouvernementale fondée précisément sur les risques qu’elle avait elle-même contribué à mettre en avant.
Mythos avait déjà été réservé à un groupe limité de partenaires dans le cadre du projet Glasswing. Anthropic considérait que ses capacités en cybersécurité pouvaient servir à protéger des infrastructures, mais aussi être détournées pour identifier des failles exploitables.
Fable 5 repose sur une technologie comparable, avec davantage de protections pour les utilisateurs ordinaires. Mythos 5 offrirait un accès plus large à certaines fonctions sensibles. Cette différence explique pourquoi Washington surveille particulièrement la diffusion des deux modèles.
Le désaccord porte donc autant sur les faits que sur la méthode. Anthropic reproche au gouvernement de ne pas lui avoir fourni suffisamment de détails. La Maison-Blanche estime, de son côté, que l’entreprise n’a pas traité les avertissements avec assez d’urgence.
L’IA devient une arme de souveraineté
Cette affaire marque une nouvelle étape dans la rivalité technologique entre les États-Unis et la Chine. Jusqu’ici, les contrôles se concentraient surtout sur les puces nécessaires à l’entraînement des modèles. Désormais, les modèles eux-mêmes deviennent des produits soumis à des restrictions d’exportation.
Cette logique rejoint la course mondiale aux infrastructures IA. Les puces, les centres de données, les modèles et les accès API forment désormais un même champ de bataille industriel.
Cette politique peut ralentir l’accès de certains pays aux outils américains. Elle risque aussi de pousser les gouvernements et les entreprises étrangères à développer leurs propres systèmes afin de ne plus dépendre de décisions prises à Washington.
Pour Anthropic, l’enjeu est considérable. L’entreprise doit rassurer les autorités sans perdre ses clients internationaux. Elle devra aussi démontrer que ses protections peuvent empêcher l’utilisation abusive de Mythos et Fable.
L’éventuel accès chinois reste pour l’instant une suspicion. Mais la réaction américaine est déjà réelle. Washington vient de montrer qu’un simple doute sur la circulation d’une IA stratégique peut suffire à interrompre sa diffusion mondiale, un signal qui parlera aussi aux pays cherchant à bâtir leur propre souveraineté numérique autour de l’IA.
En bref
- Un groupe lié à la Chine aurait pu accéder à Mythos.
- Washington a limité Mythos 5 et Fable 5 aux ressortissants américains.
- Anthropic affirme qu’aucune preuve chinoise ne lui a été présentée.
