L’intelligence artificielle aspire aujourd’hui une partie des capitaux qui auraient pu se diriger vers la crypto. Jeff Park, ancien gestionnaire de portefeuille chez Bitwise et toujours conseiller de la société, défend pourtant la thèse inverse à long terme : la création massive de richesse autour de l’IA pourrait finir par devenir très haussière pour Bitcoin. Son raisonnement ne repose pas sur des tokens IA, mais sur les fragilités financières que le boom technologique pourrait créer.
Bitcoin pourrait récupérer une partie de la richesse créée par l’IA
L’idée paraît presque contradictoire. En juin, Bitwise constatait déjà que l’IA captait une grande partie de l’attention des investisseurs, laissant Bitcoin et le reste du marché crypto dans une position beaucoup moins spectaculaire.
Jeff Park pense que cette concurrence pourrait finir par se retourner en faveur du BTC.
Dans un message publié sur X, le conseiller de Bitwise estime que toute la richesse créée par l’intelligence artificielle pourrait devenir « très haussière » pour Bitcoin lorsque les déséquilibres financiers construits autour de cette expansion commenceront à se manifester.
Son argument repose sur ce que les financiers appellent un asset-liability mismatch, ou décalage entre actifs et passifs.
L’idée est assez simple. Une entreprise peut financer des infrastructures extrêmement coûteuses aujourd’hui en contractant des engagements financiers sur plusieurs années, en espérant que ses futurs revenus permettront de les rembourser. Tant que les valorisations progressent et que les revenus suivent, le système fonctionne.
Si les actifs perdent brutalement de la valeur alors que les dettes restent, l’équilibre change.
C’est précisément le type de fragilité auquel Park semble faire référence. Les data centers, les puces, l’énergie et les infrastructures nécessaires à l’IA demandent des investissements gigantesques. Une partie de cette expansion repose sur des anticipations de croissance très élevées.
Bitcoin entrerait alors dans le tableau comme un actif sans entreprise derrière lui, sans flux de trésorerie à promettre et sans dette à refinancer.
L’IA est pourtant en train de voler les capitaux de la crypto
À court terme, la réalité est beaucoup moins favorable.
L’intelligence artificielle est devenue l’un des récits financiers dominants de 2026. En juin, Reuters relevait que Bitcoin connaissait son pire début d’année depuis plus d’une décennie pendant que les capitaux affluaient vers les semi-conducteurs, les valeurs IA et les grandes introductions en Bourse technologiques. À ce moment-là, le BTC perdait environ 33 % depuis le début de l’année, tandis que les actions du secteur des semi-conducteurs avaient progressé d’environ 170 % sur douze mois.
21 milliards de dollars avaient parallèlement afflué vers les principaux ETF de semi-conducteurs, contre plus de 3,1 milliards de dollars de sorties sur les ETF Bitcoin au comptant depuis le début de 2026, selon les données rapportées par Reuters en juin.
Le capital n’est pas infini.
Quand Nvidia, les infrastructures de calcul, SpaceX ou les futurs géants de l’IA offrent aux investisseurs des perspectives de croissance spectaculaires, Bitcoin doit se battre pour attirer la même poche de capitaux spéculatifs.
Bref Crypto relevait récemment cette tension avec les méga-IPO liées à l’IA qui aspirent une partie de la liquidité du marché crypto.
Et pourtant, le secteur technologique a déjà montré ses fragilités. En juillet, le fonds Situational Awareness, fortement exposé au thème IA, a perdu environ 67 % en un mois après l’effondrement de plusieurs positions technologiques. Le fonds restait largement positif sur l’année, mais l’épisode a rappelé ce que produit un portefeuille extrêmement concentré lorsque le marché tourne brutalement.
C’est là que la thèse de Park devient plus intéressante.
L’IA n’aurait pas besoin de s’effondrer pour aider Bitcoin. Il suffirait qu’une partie de la richesse créée par ce cycle cherche ensuite à être diversifiée vers des actifs dont le fonctionnement dépend moins du système financier traditionnel.
L’IA pourrait aussi donner une utilité directe à la crypto
Il existe un deuxième scénario, probablement encore plus concret.
La relation entre IA et crypto ne se limite plus à une bataille pour savoir qui attirera le plus d’investisseurs. Les agents autonomes commencent à avoir besoin d’une infrastructure financière capable de fonctionner sans intervention humaine permanente.
Un logiciel peut déjà rechercher une information, réserver une ressource informatique ou appeler une API. Pour effectuer seul une transaction économique, il doit ensuite pouvoir payer.
Les blockchains et les stablecoins ont quelques caractéristiques intéressantes pour cet usage : fonctionnement permanent, paiements programmables, règlement mondial et possibilité d’automatiser de très petites transactions.
Ce n’est d’ailleurs plus seulement théorique. Cloudflare prépare déjà des portefeuilles en stablecoins destinés aux agents IA, avec des budgets individuels et des paiements automatisés pour des API, des données ou des services numériques.
Bitcoin jouerait probablement un rôle différent. Les stablecoins sont mieux adaptés aux dépenses quotidiennes en raison de leur stabilité. BTC pourrait davantage servir d’actif de réserve ou de collatéral dans une économie de plus en plus automatisée.
C’est aussi la lecture défendue par plusieurs figures du secteur. CZ estime par exemple que les agents IA pourraient devenir de nouveaux utilisateurs massifs des rails crypto.
La thèse de Jeff Park va toutefois plus loin que cette simple convergence technologique. Il considère Bitcoin comme un actif à durée infinie : il n’arrive pas à échéance, ne doit pas refinancer une dette et n’a pas besoin qu’une entreprise génère suffisamment de bénéfices pour continuer d’exister.
C’est précisément ce qui pourrait devenir attractif si l’euphorie IA finit par produire trop de dette, trop de valorisations tendues ou simplement une énorme quantité de richesse cherchant ensuite une autre destination.
Pour l’instant, le paradoxe reste entier. L’IA fait concurrence à Bitcoin pour les capitaux aujourd’hui. Elle pourrait créer une partie de la demande de Bitcoin demain.
La deuxième partie de cette équation reste à démontrer. La première est déjà visible sur les marchés.
En bref
- Jeff Park estime que la richesse créée par l’IA pourrait devenir haussière pour Bitcoin à long terme.
- L’IA détourne pourtant actuellement une partie des capitaux spéculatifs du marché crypto.
- Les agents autonomes pourraient parallèlement créer une nouvelle demande pour les paiements blockchain et les stablecoins.
