Deux vulnérabilités sévères viennent d’être corrigées dans le firmware des hardware wallets BitBox, très utilisés par les détenteurs de Bitcoin. Dans certains scénarios, un attaquant pouvait installer du code malveillant ou bloquer des fonds envoyés via Silent Payments. Aucun vol lié à ces failles n’a été signalé, mais BitBox recommande de passer immédiatement au firmware 9.26.5.
Bitcoin : BitBox demande aux utilisateurs de mettre à jour
L’alerte arrive seulement quelques semaines après la faille Coldcard qui avait relancé le débat sur la sécurité de la self-custody Bitcoin. Deux incidents différents, mais une même leçon : conserver soi-même ses BTC ne signifie pas que le matériel utilisé devient impossible à compromettre.
Dans son bulletin de sécurité publié le 17 août, BitBox annonce avoir découvert plusieurs problèmes pendant des audits internes de son firmware. La mise à jour baptisée Dixence corrige notamment deux vulnérabilités considérées comme sévères.
Le contributeur Dogecoin Mishaboar a rapidement relayé l’information auprès des détenteurs de Bitcoin. BitBox ne prend pas en charge DOGE, mais ses appareils sont largement utilisés dans l’écosystème BTC.
Son conseil est assez direct : mettre à jour immédiatement.
U.Today rapporte également que Mishaboar recommande d’effectuer l’opération depuis un ordinateur propre et, lorsque cela est possible, depuis une machine fraîche ou peu exposée.
Pas de panique pour autant.
BitBox précise n’avoir reçu aucun signalement de fonds volés à cause des vulnérabilités décrites. Les seeds déjà existantes ne sont pas compromises par la simple existence des failles.
C’est une différence importante avec l’incident Coldcard.
Dans ce dernier cas, certaines anciennes phrases de récupération avaient été créées avec une entropie plus faible que prévu. Installer le nouveau firmware ne suffisait donc pas : certains utilisateurs devaient générer une nouvelle seed puis déplacer leurs bitcoins.
Avec BitBox, la seed existante n’a pas besoin d’être remplacée selon le fabricant.
Il faut mettre à jour le logiciel.
Trois scénarios de sécurité, pas une faille générale de Bitcoin
Le premier problème concerne le bootloader de certaines anciennes versions du BitBox02.
Un attaquant suffisamment sophistiqué pouvait, dans certaines conditions, pousser l’utilisateur à installer un firmware malveillant sur un véritable appareil BitBox02. Il fallait néanmoins déjà réussir une attaque de phishing, convaincre la victime d’utiliser une fausse version de BitBoxApp puis lui faire déverrouiller son appareil.
La vulnérabilité était sérieuse parce qu’une fois le firmware malveillant installé, les fonds pouvaient être volés.
Elle avait cependant déjà été corrigée avec la version 9.26.2 du firmware.
Le nouveau bulletin de BitBox apporte surtout davantage de détails sur la gravité possible de cette ancienne faille.
Le BitBox02 Nova n’est pas concerné par ce scénario spécifique en raison des versions de bootloader utilisées.
Deuxième problème : une corruption mémoire découverte dans l’édition Multi du BitBox.
Cette vulnérabilité peut apparaître lorsque l’appareil n’a pas encore été configuré avec un wallet et qu’il communique avec un ordinateur compromis. Dans ce scénario, un attaquant pouvait théoriquement exécuter du code arbitraire et éventuellement installer un firmware malveillant.
Ici, les détenteurs exclusivement Bitcoin bénéficient d’une petite particularité.
L’édition Bitcoin-only de BitBox n’est pas touchée par cette vulnérabilité précise, car son firmware ne contient pas le code concerné.
C’est l’un des avantages d’un logiciel plus minimaliste : moins de fonctionnalités signifie aussi moins de code susceptible de cacher une vulnérabilité.
Le troisième problème concerne les Silent Payments.
Cette fonctionnalité Bitcoin permet de publier une adresse réutilisable tout en évitant de recevoir toutes les transactions directement vers la même adresse visible sur la blockchain.
La vulnérabilité identifiée par BitBox ne permettait pas directement de voler les BTC.
Elle pouvait en revanche conduire, avec un ordinateur hôte malveillant, à verrouiller les fonds vers une destination inattendue. Un attaquant pouvait ensuite potentiellement utiliser cette situation dans un scénario de rançon.
BitBox affirme n’avoir observé aucun échec de Silent Payment indiquant que cette faille aurait été exploitée.
Les deux derniers problèmes sont corrigés dans le firmware 9.26.5.
Voilà pourquoi parler d’une « faille Bitcoin » serait faux.
Le protocole Bitcoin lui-même n’a pas été compromis. La cryptographie du réseau n’a pas été cassée. Les clés privées Bitcoin ne sont pas soudainement calculables.
Le problème se trouve dans le logiciel d’un appareil chargé de protéger ces clés.
Cette distinction est essentielle. Comme nous l’expliquons dans le glossaire Bref Crypto sur les wallets et les clés privées, un wallet ne contient pas réellement les bitcoins. Il protège les secrets cryptographiques permettant de les dépenser.
Si cette couche est compromise, la blockchain peut parfaitement fonctionner tout en exécutant une transaction que le propriétaire n’avait jamais souhaité effectuer.
Un hardware wallet n’est pas un coffre magique
L’épisode BitBox arrive dans une période assez inhabituelle pour la sécurité des hardware wallets.
Coldcard vient de connaître une vulnérabilité importante. Trezor et SafePal ont récemment averti certains clients après des fuites de données chez des partenaires logistiques. Les noms, adresses, e-mails ou numéros de téléphone de propriétaires de hardware wallets deviennent eux-mêmes précieux pour les criminels.
Et maintenant BitBox publie deux nouvelles corrections sévères. La conclusion facile serait de dire que les hardware wallets ne sont plus sûrs. Ce serait excessif.
Leur principe reste pertinent : conserver la clé privée dans un appareil spécialisé plutôt que sur un ordinateur ou un smartphone connecté en permanence à Internet réduit considérablement la surface d’attaque.
Cela ne rend simplement pas le système parfait. Le hardware wallet possède un firmware. Le firmware contient du code. Le code peut avoir des bugs. Et la mise à jour elle-même peut devenir une attaque.
BitBox avertit justement ses utilisateurs contre les campagnes de phishing susceptibles de profiter de l’annonce actuelle. Un faux e-mail peut prétendre qu’une urgence exige de « vérifier » ou de « restaurer » le wallet.
Le fabricant rappelle une règle beaucoup plus importante que n’importe quel numéro de version : BitBox ne demandera jamais les mots de récupération d’un utilisateur.
La procédure correcte consiste à passer par la BitBoxApp officielle et à vérifier que le logiciel provient bien de BitBox. Les utilisateurs peuvent également vérifier la signature de l’application avant installation.
Une seed ne doit jamais être saisie sur un site web, dans un formulaire envoyé par e-mail ou dans une prétendue application d’assistance.
Jamais.
Cette prudence devient d’autant plus importante que les criminels ne cherchent plus systématiquement à casser la cryptographie. Les attaques visant directement les propriétaires de wallets montrent déjà que contourner la technologie peut être beaucoup plus simple que la vaincre.
Le bulletin BitBox apporte finalement une autre leçon intéressante.
Plusieurs vulnérabilités ont été trouvées pendant des audits utilisant notamment des modèles d’intelligence artificielle avancés. L’IA accélère désormais la recherche de bugs, aussi bien pour les chercheurs en sécurité que potentiellement pour les attaquants.
Les mises à jour de firmware deviennent donc moins optionnelles qu’avant.
La self-custody reste l’un des moyens les plus puissants de supprimer le risque d’un exchange ou d’un dépositaire. Elle déplace simplement la responsabilité.
Cette fois, la responsabilité tient en quelques clics : firmware 9.26.5, uniquement depuis la source officielle, et aucune seed communiquée à qui que ce soit.
En bref
- BitBox a corrigé deux vulnérabilités sévères dans son firmware avec la mise à jour Dixence.
- Une autre faille sévère du bootloader avait déjà été corrigée avec le firmware 9.26.2.
- Aucun vol de Bitcoin lié à ces vulnérabilités n’a été signalé.
- Les seeds existantes ne sont pas considérées comme compromises et n’ont pas besoin d’être remplacées.
- BitBox recommande à tous les utilisateurs de passer au firmware 9.26.5 et de se méfier des faux messages de mise à jour.
