Le Nigeria ajoute trois nouveaux acteurs à son dispositif réglementaire crypto. Blockchain.com, Yellow Card et Pisi Payments ont obtenu une approbation de principe de la Securities and Exchange Commission pour rejoindre son programme ARIP. Attention au vocabulaire : il ne s’agit pas encore de licences définitives. Les trois entreprises pourront opérer dans un périmètre contrôlé pendant que le régulateur teste leur conformité et leurs modèles économiques.
Crypto Afrique : trois nouveaux VASP entrent dans le dispositif de la SEC
L’annonce arrive quelques jours après le nouveau tour de vis réglementaire du Nigeria sur son marché crypto de 92,1 milliards de dollars. Abuja avance désormais sur plusieurs fronts en même temps : fiscalité, surveillance des transactions, coordination entre régulateurs et intégration progressive des plateformes dans des environnements réglementés.
La SEC nigériane a confirmé l’admission de Pisi Payments Solution Limited, BC Access (Nigeria) Limited et Yellow Card Financial Limited dans son Accelerated Regulatory Incubation Programme, ou ARIP.
BC Access mérite une précision : il s’agit de l’entité utilisée par Blockchain.com pour ses activités au Nigeria. Les conditions d’utilisation de la plateforme identifient explicitement BC Access Nigeria comme l’entité opérant auprès des résidents nigérians.
Les trois sociétés reçoivent une Approval-in-Principle, ou AIP.
Et ce terme compte.
Une AIP signifie que la SEC considère que l’entreprise satisfait aux conditions nécessaires pour entrer dans le programme réglementaire. Elle peut alors exercer certaines activités dans le périmètre autorisé et sous supervision.
Ce n’est pas une licence crypto définitive.
La SEC le précise elle-même : l’autorisation reste conditionnée au respect continu des exigences réglementaires, opérationnelles et de supervision.
Punch rapporte que Blockchain.com considère cette admission comme une étape importante dans sa stratégie nigériane. Owen Odia, directeur général Afrique de la société, présente le Nigeria comme l’un des marchés d’actifs numériques les plus importants du continent.
La plateforme arrive avec une taille mondiale conséquente. Blockchain.com revendique plus de 95 millions de wallets, 44 millions de comptes vérifiés et plus de 1 200 milliards de dollars de transactions traitées depuis sa création. Il s’agit de chiffres communiqués par l’entreprise, pas de données auditées par la SEC.
Yellow Card possède un profil différent. La société s’est notamment positionnée sur les stablecoins, les infrastructures de paiement et les services destinés aux entreprises africaines.
Pisi Payments complète le groupe avec un positionnement plus orienté paiements.
Trois entreprises. Trois modèles différents. Un même sas réglementaire.
Le Nigeria préfère maintenant tester la crypto plutôt que l’interdire
L’ARIP fonctionne comme un laboratoire.
La SEC peut observer le fonctionnement réel des plateformes, examiner leurs procédures KYC, leurs mécanismes de lutte contre le blanchiment, la protection des utilisateurs et leurs systèmes de gestion des risques avant d’aller vers une autorisation plus complète.
Cette approche marque un changement assez spectaculaire par rapport au Nigeria d’il y a quelques années.
Le pays a longtemps entretenu une relation conflictuelle avec les cryptomonnaies. Restrictions bancaires, contentieux avec les exchanges étrangers, pressions sur le P2P et inquiétudes autour du naira se sont succédé.
Aujourd’hui, les mêmes autorités créent des programmes permettant aux entreprises crypto de travailler directement avec elles.
La Banque centrale vient elle aussi d’ouvrir son propre sandbox aux VASP, stablecoins et wallets.
La nuance entre les deux dispositifs est intéressante.
La SEC supervise notamment les activités liées aux actifs numériques et aux marchés d’investissement. La CBN conserve un rôle particulièrement important lorsque les produits touchent aux paiements, règlements ou services financiers.
Les entreprises crypto peuvent facilement se retrouver entre les deux.
Un exchange permet d’acheter des tokens. Il peut aussi proposer un wallet. Ajouter des stablecoins. Permettre des paiements. Fournir de la conservation. Puis servir d’infrastructure à une fintech.
Où s’arrête le produit d’investissement et où commence le système de paiement ?
Abuja tente justement de réduire cette zone grise.
L’admission de Blockchain.com et Yellow Card dans l’ARIP intervient après une première accélération en juillet. Sept entreprises avaient déjà obtenu une approbation de principe, parmi lesquelles Luno Fintech Nigeria, KoinKoin, Bitbarter Technologies, Wrapped CBDC et Blockvault Custodian.
La SEC avait également accueilli plus tôt Busha et Quidax dans son environnement ARIP.
Le mouvement commence donc à ressembler à une politique plutôt qu’à une expérimentation isolée.
Le régulateur ne promet pas d’accepter toutes les entreprises. Il construit progressivement une liste d’acteurs qu’il peut observer de l’intérieur.
Pour les utilisateurs, cela fournit aussi un premier filtre.
Une société admise dans l’ARIP n’est pas pour autant garantie contre une faillite, une cyberattaque ou une mauvaise gestion. L’investissement crypto reste risqué. En revanche, l’entreprise est identifiée par le régulateur et doit respecter un ensemble d’exigences pour continuer dans le programme.
C’est déjà très différent d’une plateforme offshore inconnue qui cible les Nigérians depuis l’étranger.
Un marché de 92 milliards $ devient trop gros pour rester informel
Derrière cette accélération réglementaire se trouve un chiffre difficile à ignorer.
Le Nigeria a reçu environ 92,1 milliards de dollars en actifs numériques entre juillet 2024 et juin 2025, selon Chainalysis. C’est de très loin l’un des plus importants marchés crypto du continent.
Abuja a compris que ce volume ne disparaîtra pas par décret.
Les stablecoins répondent à la demande de dollars numériques. Bitcoin sert à l’investissement et à l’épargne pour certains utilisateurs. Les entreprises utilisent aussi progressivement les actifs numériques pour des règlements internationaux.
Le choix du gouvernement devient donc plus pragmatique : faire entrer davantage de cette activité dans des entreprises identifiables, supervisées et fiscalement visibles.
Cela tombe bien pour le fisc.
Les nouvelles règles nigérianes obligent désormais les plateformes à transmettre davantage d’informations sur leurs utilisateurs et leurs transactions. Nous avons déjà expliqué pourquoi les exchanges deviennent progressivement des relais du fisc nigérian.
Plus d’entreprises rejoignent le cadre réglementaire, plus Abuja peut disposer de données.
Ce mouvement peut aussi rassurer certaines institutions financières.
Une banque hésitera beaucoup moins à collaborer avec une plateforme dont le statut est clairement identifié par la SEC qu’avec un opérateur dont personne ne sait exactement quelle autorité le supervise.
L’effet inverse existe toutefois.
Plus de réglementation signifie aussi davantage de coûts : conformité, reporting, cybersécurité, contrôles KYC, personnel juridique et connexion aux systèmes des régulateurs. Les petites startups auront beaucoup plus de mal à absorber ces dépenses que Blockchain.com ou Yellow Card.
La consolidation du marché pourrait donc venir autant de la réglementation que de la concurrence.
Pour la crypto Afrique, le Nigeria devient malgré tout un laboratoire particulièrement intéressant. Le plus grand marché du continent ne cherche plus réellement à choisir entre « crypto autorisée » et « crypto interdite ».
Il construit plusieurs portes d’entrée réglementaires et décide progressivement qui pourra les franchir.
Blockchain.com, Yellow Card et Pisi Payments viennent d’en passer une.
Pas encore la dernière.
En bref
- La SEC nigériane admet Blockchain.com, Yellow Card et Pisi Payments dans son programme ARIP.
- Les trois entreprises obtiennent une Approval-in-Principle, et non une licence définitive.
- L’ARIP permet à la SEC de tester les services crypto dans un environnement réglementaire contrôlé.
- Le Nigeria multiplie désormais sandbox, fiscalité et reporting pour superviser son marché crypto
