Bitcoin prend 28 %, les mid-caps abandonnent 74 %
Le chiffre mérite d’être lu lentement. Sur deux ans, Bitcoin gagne environ 28 %. Dans le même temps, l’altcoin médian de moyenne capitalisation perd 74 %. BrefCrypto observait encore récemment que les hausses spectaculaires de certains altcoins ne signifient pas que l’ensemble du marché est en train de monter. Les nouvelles données donnent une profondeur beaucoup plus longue à cette fragmentation.
Le mot important est « médian ». Glassnode et Bybit ne disent pas que chaque altcoin a perdu 74 %, ni que la moyenne de tous les tokens du marché se situe exactement à ce niveau. Ils regardent l’actif médian dans le groupe étudié. Une manière d’éviter qu’une poignée de performances extraordinaires déforme complètement la photographie du marché.
Et la photographie est sévère.
Un actif peut faire +150 %, +300 % ou +1 000 % et occuper toute l’attention sur X pendant quelques semaines. Cela ne change rien au sort de centaines d’autres tokens qui perdent progressivement leur liquidité, leur narrative et leurs acheteurs. Le marché crypto adore les survivants. Il parle beaucoup moins des actifs qui passent de 10 dollars à 2 dollars, puis de 2 dollars à 60 centimes.
Sur cette fenêtre de deux ans, Bitcoin n’a donc pas simplement surperformé les mid-caps. L’écart atteint 102 points de pourcentage entre +28 % et -74 %.
C’est énorme.
Et Ethereum, pourtant deuxième crypto mondiale, ne parvient même pas à suivre : ETH termine cette période globalement à l’équilibre.
1 000 dollars racontent mieux l’histoire
Prenons trois portefeuilles fictifs de 1 000 dollars au départ.
Le premier achète uniquement Bitcoin. Avec une performance de +28 %, il termine autour de 1 280 dollars. Le deuxième prend une exposition comparable à l’altcoin médian de moyenne capitalisation suivi dans l’étude. Après une baisse de 74 %, il ne reste plus qu’environ 260 dollars. Le troisième conserve Ethereum et termine approximativement autour de son capital initial puisque la performance sur deux ans est proche de zéro.
Voilà ce que représente réellement le différentiel.
L’investisseur Bitcoin possède près de cinq fois le capital restant de celui exposé au mid-cap médian. Pour que les 260 dollars remontent simplement à 1 000 dollars, il faudrait ensuite une hausse d’environ 285 %. Pas pour devenir riche. Juste pour revenir au point de départ.
C’est une particularité mathématique souvent sous-estimée pendant les marchés baissiers. Une perte de 50 % demande ensuite +100 % pour être effacée. Une perte de 74 % exige presque un quadruplement. Les pertes profondes deviennent donc de plus en plus difficiles à récupérer.
L’idée selon laquelle « l’altcoin finira bien par remonter » devient particulièrement coûteuse quand le capital reste immobilisé pendant que Bitcoin avance.
Dit autrement, la comparaison ne porte pas seulement sur ce que Bitcoin a gagné. Elle porte aussi sur le coût d’opportunité subi ailleurs.
Celui qui attend deux ans pour revenir à zéro n’a pas seulement perdu du temps. Il a également laissé passer la hausse de l’actif qui dominait réellement le cycle.
L’altseason attendue n’est jamais vraiment arrivée
Le scénario traditionnel était connu presque par cœur.
Bitcoin monte d’abord. Les profits migrent ensuite vers Ethereum. Puis viennent les grandes capitalisations, les mid-caps, les small caps et enfin les actifs les plus spéculatifs. Cette rotation a alimenté plusieurs grandes « altseasons » des cycles précédents.
Cette fois, la mécanique a fonctionné beaucoup moins proprement.
Au 21 septembre, l’Altcoin Season Index de CoinMarketCap se situe autour de 49 sur 100. Pour que l’agrégateur classe réellement le marché en « Altcoin Season », 75 % des 100 principales cryptomonnaies éligibles doivent avoir surperformé Bitcoin durant les 90 derniers jours. Nous en sommes encore loin. La dominance de Bitcoin reste parallèlement autour de 58,5 %.
BrefCrypto relevait déjà que la prochaine altseason pourrait être beaucoup plus sélective que les précédentes. Le bilan sur deux ans renforce précisément cette lecture.
Quelques tokens peuvent exploser sans provoquer une hausse générale.
Une crypto à faible capitalisation peut gagner 80 % en quelques jours parce qu’un nouveau narratif attire quelques dizaines de millions de dollars. Pour produire le même mouvement sur Bitcoin, il faudrait déplacer des centaines de milliards de dollars de valorisation.
Les deux phénomènes peuvent donc coexister : Bitcoin domine structurellement le cycle tandis que quelques altcoins offrent ponctuellement des performances beaucoup plus élevées.
Le piège consiste à confondre les gagnants visibles avec le rendement du marché médian.
Les +100 % font les captures d’écran. Les -74 % racontent le portefeuille ordinaire.
Wall Street concentre aussi son argent sur Bitcoin
Cette divergence n’est probablement pas indépendante de l’arrivée des ETF.
Les données de Farside Investors montrent qu’au 18 septembre, les ETF Bitcoin spot américains cumulent environ 55,1 milliards de dollars d’entrées nettes. Pour Ethereum, le total tourne autour de 13,3 milliards de dollars.
Le rapport est supérieur à quatre contre un.
Ce capital ne descend pas automatiquement de Bitcoin vers les altcoins. Un gestionnaire qui achète IBIT de BlackRock n’obtient aucune exposition à Solana, Avalanche, Chainlink ou un token DeFi. L’argent reste dans un produit réglementé dont l’actif sous-jacent est BTC.
Cette infrastructure change une partie de la mécanique historique du marché. Les cycles précédents dépendaient beaucoup plus des exchanges crypto, des stablecoins et de la rotation des traders natifs du secteur. Aujourd’hui, plusieurs milliards peuvent entrer dans Bitcoin directement depuis les marchés traditionnels sans jamais toucher le reste de l’écosystème.
L’ETF Bitcoin IBIT de BlackRock avait déjà dépassé la performance du Vanguard S&P 500 depuis son lancement, avec environ 60 milliards de dollars d’actifs nets début septembre.
Bitcoin dispose donc désormais d’un canal institutionnel propre.
Ethereum en possède également un, mais les flux restent nettement inférieurs. Pour les mid-caps, cette autoroute financière n’existe pratiquement pas.
Le capital se concentre là où la liquidité, la réglementation, la conservation institutionnelle et les produits financiers sont déjà disponibles. Puis cette concentration peut devenir auto-entretenue : davantage de liquidité attire davantage de gros investisseurs, lesquels renforcent encore la liquidité.
Le levier reste pourtant plus agressif sur les petits actifs
Voilà le paradoxe du cycle.
Bitcoin a mieux performé, mais l’excès spéculatif ne se trouve pas nécessairement sur Bitcoin.
L’analyse Glassnode et Bybit estime que l’open interest des futures Bitcoin représente environ 2 % de sa capitalisation boursière. Pour PEPE, ce rapport grimpe autour de 24 %. Autrement dit, relativement à la taille de l’actif, le poids des positions dérivées peut être douze fois plus important sur ce memecoin.
Cela aide à comprendre pourquoi certains altcoins produisent des mouvements spectaculaires même lorsque la tendance de fond reste mauvaise.
Imaginez un marché de taille réduite avec énormément de positions à effet de levier. Une première hausse liquide les vendeurs à découvert. L’exchange rachète automatiquement les tokens nécessaires pour fermer leurs positions. Ces achats font encore monter le prix, déclenchent de nouvelles liquidations et créent un short squeeze.
Le graphique devient magnifique.
La structure fondamentale du marché n’a parfois presque pas changé.
Le rapport Glassnode et Bybit va d’ailleurs plus loin sur les dérivés. Les options représentent désormais près de la moitié de l’open interest notionnel des dérivés Bitcoin sur les plateformes crypto-native étudiées, contre environ un quart auparavant. Les futures à échéance ont perdu du terrain tandis que les contrats perpétuels absorbent davantage de levier. Glassnode détaille cette transformation dans son rapport conjoint avec Bybit.
Le marché devient plus sophistiqué. Pas nécessairement moins dangereux.
Ethereum résiste, sans vraiment battre Bitcoin
Ethereum mérite un traitement à part.
Le voir quasiment stable sur deux ans pourrait paraître médiocre face aux +28 % de Bitcoin. À côté des -74 % de l’altcoin médian, la lecture change immédiatement. ETH a surtout évité la destruction de valeur observée sur une grande partie du milieu de tableau.
Et son comportement récent montre pourquoi les fenêtres temporelles comptent.
Ethereum a récemment dépassé brièvement +67 % sur le troisième trimestre 2026. Une performance trimestrielle spectaculaire peut donc coexister avec une performance presque nulle sur deux ans.
C’est précisément pour cette raison qu’une bougie ne suffit pas à établir une tendance structurelle.
Ethereum dispose de plusieurs avantages que les mid-caps n’ont pas : une capitalisation immense, des ETF spot aux États-Unis, un écosystème DeFi développé, des stablecoins, du staking et une infrastructure utilisée par des dizaines de protocoles. Pourtant, même avec tout cela, ETH n’a pas battu Bitcoin sur la période analysée.
Le constat devient assez sévère pour le reste du marché.
Si le deuxième actif crypto par capitalisation peine à produire un rendement supérieur à BTC sur deux ans, les projets plus petits doivent compenser leur risque beaucoup plus élevé par des performances nettement supérieures. En médiane, ce n’est pas ce qui s’est produit.
Les investisseurs ont pris davantage de risque.
Ils ont obtenu moins de rendement.
C’est exactement l’inverse de ce qu’une prise de risque supplémentaire est censée rémunérer.
Bitcoin a changé la définition de la diversification crypto
Il serait trop simple de conclure que tous les altcoins sont condamnés ou que Bitcoin surperformera éternellement. Les données Glassnode et Bybit décrivent les deux dernières années, pas les deux prochaines.
Une rotation reste possible. Certaines infrastructures blockchain continueront à générer de la valeur. De nouveaux protocoles apparaîtront. Ethereum peut surperformer. Des mid-caps peuvent encore réaliser x5 ou x10. Le marché crypto n’a jamais été uniforme.
Le bilan oblige néanmoins à abandonner une idée devenue paresseuse : posséder davantage de tokens ne signifie pas nécessairement être mieux diversifié.
Un portefeuille composé de vingt actifs très corrélés à Bitcoin, plus volatils que Bitcoin et structurellement plus faibles lorsque la liquidité disparaît n’apporte pas forcément vingt sources différentes de rendement. Il peut simplement multiplier les manières de perdre pendant une correction.
Même certains professionnels commencent à tracer cette frontière. Peregrine Capital distinguait récemment Bitcoin des meme coins, qu’il assimilait à une forme de jeu d’argent particulièrement spéculative.
Les deux dernières années donnent désormais des chiffres à cette distinction.
Bitcoin : +28 %.
Ethereum : environ 0 %.
Altcoin médian de moyenne capitalisation : -74 %.
Pendant longtemps, la crypto a vendu l’idée que le meilleur rendement se trouvait forcément plus loin sur la courbe du risque. Ce cycle a raconté autre chose. Le capital le plus simple, placé sur l’actif le plus liquide et le plus ancien du marché, a largement battu le portefeuille médian plus aventureux.
Il faudra une véritable rotation, durable et suffisamment large pour inverser ce bilan. Quelques pumps de 30 %, une semaine euphorique ou trois memecoins à +100 % ne suffisent pas.
Pour l’instant, les deux dernières années donnent surtout raison à une stratégie qui semblait presque trop simple pour la crypto : détenir Bitcoin et laisser une grande partie du reste du marché courir après lui.