L’Afrique du Sud a accordé 300 licences crypto sur 512 demandes enregistrées au 12 décembre 2025, signe d’un marché qui grossit vite et d’un régulateur qui resserre la vis. Cette vague d’agréments, lancée via le cadre FAIS depuis juin 2023, place désormais une grande partie des acteurs locaux sous une surveillance plus concrète que symbolique. L’époque du “on verra plus tard” s’éloigne. Les règles, elles, avancent à rythme soutenu.
Un tri qui dit beaucoup sur le marché
Sur les 512 dossiers, le chiffre le plus parlant n’est pas seulement le volume d’autorisations. Ce sont aussi les 14 refus et les 121 retraits volontaires. La photo est nette : beaucoup d’entreprises veulent être dans la course, mais toutes ne sont pas prêtes pour la même discipline.
Les refus, selon l’autorité, viennent souvent de deux angles très terre-à-terre. D’un côté, une capacité opérationnelle jugée faible. Plans d’affaires vagues. Modèles peu détaillés. De l’autre, des équipes qui n’arrivent pas à prouver une vraie compétence crypto, au-delà du discours.
Les retraits, eux, sont faciles à mal lire. Ce n’est pas forcément un “échec”. C’est parfois un recalibrage. Quand un régulateur questionne le cœur d’un modèle, certaines sociétés préfèrent couper court, ajuster, puis revenir. Le message reste le même : la crypto ne se vend plus comme une promesse, elle se défend comme un service.
Le signal envoyé aux opérateurs crypto sans licence
Le deuxième message est encore plus direct : sans licence, pas d’activité CASP. Et ce n’est pas une formule de communiqué. La FSCA dit avoir lancé 81 enquêtes visant des entités soupçonnées d’opérer sans autorisation. 25 dossiers ont été clos, souvent parce que les structures avaient cessé d’agir ou étaient inactives. 56 enquêtes restaient en cours.
Ce volet “répression” change l’ambiance du secteur. Un marché crypto peut tolérer un peu de flou au démarrage. Il le paie cher quand arrivent les premières déconvenues clients. Ici, l’approche sud-africaine ressemble à un nettoyage préventif. Moins spectaculaire que des interdictions, plus efficace qu’un simple rappel à l’ordre.
Il y a aussi un rappel utile, et parfois oublié dans les débats. En Afrique du Sud, la crypto n’est pas reconnue comme monnaie légale. Le régulateur insiste : son mandat porte sur les services financiers liés aux crypto-actifs, pas sur la transformation du bitcoin en devise nationale. C’est une nuance, mais elle évite beaucoup de malentendus.
Des licences crypto , puis des inspections qui comptent
Accorder une licence est une étape administrative. Vérifier la réalité des pratiques, c’est autre chose. Entre janvier et mars 2025, la FSCA a mené ses 10 premières inspections de surveillance. Les contrôles se sont concentrés sur la gouvernance, les programmes de gestion des risques et de conformité, et les évaluations de risques au niveau de l’entreprise.
Ensuite, le rythme s’est accéléré. 30 inspections supplémentaires étaient prévues entre avril 2025 et mars 2026, et 21 étaient déjà terminées au moment du rapport. Ce détail compte : la supervision n’est pas “pour plus tard”, elle est déjà en train de se faire.
Le cœur de ces visites touche à la conformité LBC/FT, et même au financement de la prolifération, via la loi du Financial Intelligence Centre. En clair : qui est le client, d’où vient l’argent, et comment l’entreprise réagit quand quelque chose cloche. Pour un acteur crypto, cela veut dire des process, des preuves, et une traçabilité qui résiste à une vérification sur table… puis sur site.
CASEF et examens : l’étape “marché adulte”
Pour éviter un face-à-face permanent entre l’industrie et l’autorité, la FSCA a aussi créé en août 2025 le Crypto Asset Supervisory Engagement Forum (CASEF). L’idée est simple : partager l’information, aligner les attentes de supervision, et mieux suivre les risques qui émergent vite dans la crypto.
En parallèle, un autre sujet a fermé la parenthèse du “régime transitoire” : l’exemption temporaire liée aux examens réglementaires. Après une extension, la date butoir a été fixée au 30 juin 2025, sans nouvelle prolongation annoncée. Le non-respect peut mener à des sanctions allant jusqu’à la suspension ou le retrait de licence.
Au final, le tableau est cohérent. Plus de licences crypto, oui. Mais surtout une crypto qui entre dans une phase moins romantique et plus structurée. Pour les acteurs sérieux, c’est une barrière à l’entrée qui peut devenir un avantage. Pour les autres, c’est la fin du brouillard.
