Le bitcoin a retesté la zone des 70 000 $ deux fois en une semaine, puis a reculé. Et c’est précisément ce va-et-vient qui divise le marché : simple reprise après une correction de plusieurs mois, ou rebond “piège” typique d’un bear market. Pour l’instant, le prix reste coincé dans un couloir serré, autour de 64 000–70 000 $. L’ambiance, elle, oscille entre soulagement et méfiance.
En bref :
- Le Bitcoin reteste 70 000 $ mais reste en range.
- Les ETF soutiennent, sans valider un nouveau cycle.
- Les dérivés et certains indicateurs on-chain restent prudents.
Un rebond alimenté par la macro, mais fragile par nature
Le déclencheur du dernier sursaut est venu d’un chiffre macro très suivi : l’ISM Manufacturing PMI américain. Il ressort à 52,4 en février 2026, au-dessus des attentes à 51,8, et confirme une deuxième lecture consécutive en zone d’expansion. Cela a suffi pour relancer, au moins quelques heures, l’appétit pour le risque.
Dans la foulée, on a vu les “proxy crypto” en Bourse repartir aussi. Quand les actions liées au secteur reprennent 5 à 7% sur une séance, cela donne l’impression que le marché retrouve du souffle après sa perte silencieuse. Mais ce type de réaction est souvent plus technique qu’idéologique : des shorts se rachètent, des algos se recalibrent, et l’enthousiasme arrive après.
Le problème, c’est l’arrière-plan. Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient ravivent le scénario inflationniste. Et quand l’inflation redevient une histoire crédible, les baisses de taux s’éloignent. Le dollar, lui, se renforce. Le DXY s’affiche autour de 98,7 sur la dernière lecture disponible, ce qui n’aide pas les actifs risqués à installer une tendance propre.
Les ETF soutiennent le prix, mais ne “réparent” pas le cycle
Les flux d’ETF au comptant donnent un vrai plancher psychologique. Sur la semaine du 23 au 27 février, les ETF Bitcoin spot totalisent 787 M$ d’entrées nettes, avec 503 M$ pour l’IBIT de BlackRock. Cela ressemble à une main institutionnelle qui achète les creux, et pas à un marché abandonné.
Pourtant, il faut éviter une lecture trop romantique. Les ETF peuvent lisser la volatilité à court terme, mais ils ne changent pas magiquement la structure d’un cycle. Ils “absorbent” une partie de l’offre, oui. Ils ne garantissent pas que le marché ait déjà fait son deuil de la baisse.
C’est là que la nuance devient utile : un marché peut être soutenu et rester malade. On peut avoir des entrées nettes et, en parallèle, une demande plus opportuniste que convictionnelle. En clair, les ETF peuvent empêcher la chute de se transformer en cascade. Ils ne prouvent pas, à eux seuls, que le régime haussier est revenu.
On-chain et dérivés : deux tableaux qui ne racontent pas la même histoire
Les signaux on-chain se sont un peu calmés. Glassnode explique que la pression de vente agressive sur le spot s’est nettement réduite, alors que les marchés à effet de levier restent prudents, avec des indicateurs futures encore négatifs. C’est une amélioration, mais c’est aussi un contraste : les acheteurs spot respirent, les dérivés n’applaudissent pas.
Cette divergence compte. Dans les fins de correction “propres”, on voit souvent le levier revenir progressivement, mais avec une base spot solide. Dans les bear market traps, au contraire, le spot se stabilise juste assez pour attirer, puis le levier se fait piéger quand la macro tourne ou qu’un choc de liquidité arrive. Le marché n’annonce pas la couleur, il chuchote.
CryptoQuant, de son côté, reste nettement plus sombre via son Bull Score Index. Plusieurs analyses relayées ces dernières semaines indiquent un passage en zone “bear”, avec un score tombé à zéro et un signal associé au régime baissier. Même si ces outils ne sont pas des oracles, ils rappellent une chose simple : le rebond n’efface pas la structure tant que les métriques de fond ne se retournent pas durablement.
CLARITY Act : une promesse réglementaire, mais encore incomplète
Côté politique, le marché aime l’idée d’un cadre plus clair. Le CLARITY Act est souvent cité comme un vent favorable, car il incarne une tentative de structurer la supervision des actifs numériques. Des cabinets juridiques soulignent que le texte voté à la Chambre marque une étape importante vers une architecture fédérale plus lisible.
Mais l’avancée n’est pas linéaire. Reuters rapportait début février qu’une réunion à la Maison Blanche n’avait pas débloqué le cœur du conflit, notamment autour des rendements ou récompenses sur les stablecoins, sujet explosif pour les banques. Tant que ce nœud reste serré, le marché peut espérer… sans pouvoir “pricer” une certitude.
Au final, la question “fin de correction ou piège” se résume à un test de patience. Tant que le Bitcoin reste enfermé entre 64 000 et 70 000 $, la tentation est de raconter une histoire définitive à partir de quelques bougies. Or le marché, lui, adore punir les certitudes trop rapides. Le bon réflexe n’est pas d’être ultra-bull ou ultra-bear. C’est de regarder ce qui se confirme, puis ce qui tient, quand l’excitation retombe.
