Frank Giustra relance son offensive contre Michael Saylor et les défenseurs les plus radicaux du Bitcoin. Le milliardaire canadien a répondu au soutien affiché par Anthony Scaramucci avec une citation sur le danger de courir devant un troupeau qui ne suit peut-être plus.
Bitcoin : Giustra avertit Scaramucci contre le suivisme
Cette sortie arrive alors que Strategy reste surveillée pour le risque de nouvelles ventes de BTC, un sujet central dans le débat autour de Michael Saylor.
Anthony Scaramucci a récemment réaffirmé son soutien à Michael Saylor. Le fondateur de SkyBridge Capital a partagé une intervention du président exécutif de Strategy en déclarant qu’il continuait à avancer à ses côtés sur le Bitcoin.
Frank Giustra a choisi l’ironie pour lui répondre. Il a cité une formule attribuée à Mark Twain : lorsqu’une personne chevauche devant le troupeau, elle doit parfois regarder derrière elle pour vérifier que celui-ci existe encore.
Le message vise clairement la fidélité de Scaramucci. Giustra suggère que suivre Saylor sans remettre en question sa stratégie pourrait conduire à l’isolement, surtout lorsque le marché traverse une correction sévère.
Cette attaque ne porte donc pas seulement sur le prix du Bitcoin. Elle interroge le poids des personnalités dans un marché présenté comme décentralisé, mais souvent influencé par quelques voix très visibles.
Michael Saylor devient la cible principale
Elle prolonge aussi les spéculations nées après le mystérieux “32 ?” de Saylor, qui avait déjà relancé les doutes sur le récit “never sell”.
Giustra ne cache plus son opposition à Michael Saylor. Il l’a décrit comme l’une des pires influences de l’histoire du Bitcoin, estimant que ses discours ont encouragé des attentes irréalistes.
Le dirigeant canadien reproche surtout aux maximalistes de modifier régulièrement leur récit. Bitcoin aurait d’abord été présenté comme une monnaie de paiement, puis comme une protection contre l’inflation et enfin comme de l’or numérique.
Selon lui, cette évolution permet de maintenir l’enthousiasme même lorsque les précédentes promesses ne se réalisent pas. Les prévisions de prix spectaculaires favoriseraient alors la peur de manquer une hausse plutôt qu’une analyse prudente.
Cette critique devient plus sensible avec la stratégie financière de Strategy. L’entreprise vend des actions et émet plusieurs catégories de titres pour lever des capitaux, puis utilise une partie des fonds afin d’accumuler davantage de bitcoins.
Au 21 juin 2026, Strategy détenait 847 363 BTC acquis pour environ 64,1 milliards de dollars. Son prix moyen d’achat atteignait 75 651 dollars, ce qui expose fortement son bilan aux variations du marché.
Giustra considère ce modèle comme dangereux lorsqu’il devient une référence pour d’autres entreprises. Une hausse du Bitcoin renforce la capacité de financement. Une chute prolongée peut, au contraire, fragiliser les actions, les titres préférentiels et la confiance des investisseurs.
Une critique qui vient aussi du camp de l’or
Les données et déclarations officielles de Strategy restent le point de référence pour suivre ses achats, ses émissions financières et ses réserves en Bitcoin.
Frank Giustra n’est pas un observateur totalement neutre. Sa carrière est étroitement liée au financement minier et aux métaux précieux. Il défend depuis longtemps l’or comme réserve de valeur face aux déséquilibres monétaires.
Son opposition au Bitcoin s’inscrit donc dans une rivalité plus large. Les défenseurs de l’or voient un actif physique, ancien et détenu par les banques centrales. Les partisans du Bitcoin préfèrent sa rareté vérifiable, sa portabilité et son offre limitée.
Giustra affirme que les stablecoins possèdent une utilité plus évidente que le Bitcoin. Ils facilitent les paiements, les transferts internationaux et l’accès numérique au dollar. Le BTC resterait, selon lui, surtout un actif spéculatif.
Cette comparaison mélange toutefois deux fonctions différentes. Un stablecoin cherche à conserver la valeur d’une monnaie nationale. Bitcoin vise plutôt à offrir un actif monétaire indépendant dont l’offre ne peut pas être augmentée par une entreprise ou un gouvernement.
L’absence d’un usage quotidien massif ne signifie donc pas nécessairement que Bitcoin n’a aucune utilité. Sa fonction peut résider dans le transfert sans intermédiaire, la conservation autonome ou la protection contre certaines restrictions financières.
Mais Giustra touche un point réel : une technologie ne doit pas dépendre uniquement de promesses de prix. Plus le discours se concentre sur des objectifs spectaculaires, plus le risque de déception devient important.
Le débat dépasse une simple querelle personnelle
Le débat dépasse Strategy, car BlackRock a aussi transformé l’exposition Bitcoin en produit institutionnel majeur, avec ses propres récits et contraintes.
L’affrontement entre Giustra, Saylor et Scaramucci montre la polarisation du marché. D’un côté, les maximalistes considèrent chaque baisse comme une occasion d’accumulation. De l’autre, les sceptiques y voient la preuve d’un récit devenu excessif.
Michael Saylor reste pourtant un acteur central. Strategy possède environ 4 % de l’offre maximale de Bitcoin. Ses achats, ses ventes d’actions et ses produits financiers sont suivis par l’ensemble du marché.
Cette visibilité crée une contradiction. Saylor contribue à l’adoption institutionnelle du Bitcoin, mais il concentre aussi une partie du récit autour de sa propre entreprise. Un problème chez Strategy pourrait alors affecter la confiance bien au-delà de ses actionnaires.
La formule utilisée par Giustra fonctionne donc comme un avertissement plus large. Un marché ne peut pas seulement suivre ses leaders. Il doit aussi vérifier si leurs stratégies restent solides lorsque les prix chutent et que les financements deviennent plus difficiles.
La critique ne prouve pas que Saylor a tort ni que Bitcoin a échoué. Elle rappelle simplement qu’une conviction ne doit pas se transformer en obéissance. Dans la crypto, regarder derrière le troupeau reste parfois aussi important que courir devant lui.
En bref
- Frank Giustra critique le soutien de Scaramucci à Michael Saylor.
- Il accuse les maximalistes d’entretenir des récits excessifs sur Bitcoin.
- La stratégie financière de Strategy reste au centre du débat.
