La hausse de l’or a propulsé les bénéfices et la valorisation d’AngloGold Ashanti. Pendant que les actionnaires reçoivent des dividendes records, plusieurs gouvernements africains veulent augmenter leur part de la rente minière. Leur défi reste délicat : taxer davantage sans provoquer le retrait des investissements.
AngloGold profite pleinement de l’explosion de l’or
Cette bataille de partage rejoint la montée des revendications de souveraineté minière en Afrique de l’Ouest.
AngloGold Ashanti affiche une capitalisation boursière proche de 46 milliards de dollars. Son action a fortement progressé au cours des douze derniers mois, portée par l’envolée du métal jaune et l’amélioration de ses résultats.
Au premier trimestre 2026, le groupe a reçu en moyenne 4 863 dollars pour chaque once vendue. Ce niveau représente une hausse de 69 % sur un an. La production est restée solide, tandis que le chiffre d’affaires et les marges ont bondi.
Le flux de trésorerie disponible a atteint le record de 1,2 milliard de dollars. Un an auparavant, il s’élevait à 403 millions. AngloGold est aussi passée d’une dette nette de 755 millions à une trésorerie nette de 868 millions de dollars.
Cette abondance bénéficie directement aux investisseurs. Le groupe a relevé son dividende trimestriel à 1,16 dollar par action et annoncé un programme de rachat d’actions pouvant atteindre 2 milliards de dollars.
Le rallye de l’or produit donc un effet immédiat sur les comptes de la société. Chaque once extraite coûte davantage, mais sa valeur de vente augmente encore plus vite.
La situation relance une question ancienne en Afrique : quelle part de cette richesse exceptionnelle doit revenir aux pays où se trouvent les mines ?
Le Ghana passe à une redevance progressive
Elle fait aussi écho à la volonté du Mozambique de reprendre la main sur ses ressources.
Le Ghana a choisi une réponse directe. Depuis mars, le pays remplace sa redevance fixe de 5 % par un système progressif lié au prix international de l’or.
Le taux peut atteindre 12 % lorsque le métal dépasse 4 500 dollars l’once. Avec des cours situés au-dessus de ce seuil au moment de l’introduction de la réforme, les grandes compagnies entrent rapidement dans la tranche maximale.
Accra considère cette hausse comme une correction nécessaire. Le pays produit des quantités record d’or, mais doit financer ses services publics, réduire sa dette et développer les communautés minières.
Le principe paraît logique. Lorsque le prix de l’or progresse, les bénéfices des compagnies augmentent. L’État veut donc recevoir une part plus importante de cette rente exceptionnelle.
Mais les entreprises minières contestent le niveau retenu. Elles affirment qu’une redevance élevée réduit la rentabilité des projets, accélère l’exploitation des minerais les plus riches et raccourcit la durée de vie des mines.
La taxe frappe en effet la valeur de la production, et non le bénéfice final. Une mine peut donc payer une redevance élevée même lorsque ses coûts d’énergie, de main-d’œuvre ou d’équipement augmentent fortement.
Les États recherchent plus qu’une simple taxe
AngloGold Ashanti publie ses résultats financiers et opérationnels, qui permettent de suivre l’effet des prix de l’or sur ses marges.
La fiscalité n’est plus le seul outil utilisé par les gouvernements africains. Le Ghana impose aussi davantage de contenu local dans les opérations minières. Les activités de sous-traitance doivent progressivement passer sous le contrôle de sociétés ghanéennes.
Cette politique vise à conserver une plus grande partie des dépenses dans l’économie nationale. Une mine ne crée pas seulement de la valeur grâce aux taxes. Elle achète également des équipements, des transports, des services techniques et de la main-d’œuvre.
Le pays demande par ailleurs aux grandes compagnies de vendre une part croissante de leur production d’or à la banque centrale. L’objectif consiste à renforcer les réserves officielles et à limiter la dépendance aux devises étrangères.
D’autres pays choisissent des participations publiques, des renégociations de contrats ou des obligations de transformation locale. Le Mali, la Tanzanie, la Guinée et la RDC ont tous renforcé, à différents degrés, leur volonté de capter davantage de revenus miniers.
Aucune stratégie ne produit pourtant une solution parfaite. Une taxe trop faible laisse partir une grande partie de la rente. Une taxe excessive peut bloquer les nouveaux projets et réduire la production future.
Le vrai enjeu consiste à capter la valeur sans détruire la source qui la produit. Cette recherche d’équilibre devient plus urgente lorsque les cours battent des records.
Le boom actuel offre une fenêtre limitée
Le même enjeu apparaît dans les actifs cuivre de Zambie et leur valorisation internationale.
Les prix élevés donnent aux gouvernements un rapport de force plus favorable. Les groupes miniers peuvent absorber davantage de taxes lorsque leurs marges sont larges. Les États disposent donc d’une fenêtre pour renégocier certains mécanismes.
Mais les cours de l’or ne resteront pas nécessairement au même niveau. Les mines exigent des investissements sur plusieurs décennies. Une politique construite uniquement autour du sommet actuel peut devenir trop lourde lors du prochain ralentissement.
Une redevance réellement progressive doit donc fonctionner dans les deux directions. Elle doit augmenter pendant les périodes exceptionnelles, puis diminuer lorsque les prix et les marges reculent.
La transparence reste tout aussi importante. Collecter davantage ne garantit pas que l’argent atteindra les populations. Les revenus doivent être publiés, budgétisés et investis dans les infrastructures, l’éducation et le développement des régions minières.
Les gouvernements doivent aussi négocier avec des données solides. Les coûts réels, les teneurs des minerais, les investissements futurs et les prix de transfert doivent être analysés avec précision.
Le succès d’AngloGold montre combien la hausse de l’or peut créer rapidement de la richesse. Il montre aussi la vitesse à laquelle cette valeur peut quitter le continent sous forme de dividendes et de rachats d’actions.
L’Afrique ne manque donc pas d’or. Elle cherche encore la formule capable de transformer durablement ce métal en prospérité publique.
En bref
- La hausse de l’or dope la valeur et les bénéfices d’AngloGold.
- Le Ghana applique désormais une redevance pouvant atteindre 12 %.
- La bonne stratégie doit protéger les recettes sans bloquer l’investissement.
