La blockchain Bitcoin ne contient pas uniquement des transactions financières. En analysant l’intégralité des données conservées par un nœud, un journaliste de Bitcoin Magazine a récupéré des images directement enfouies dans les blocs. L’expérience confirme une réalité souvent oubliée : une donnée inscrite sur Bitcoin peut rester accessible aussi longtemps que le réseau existe.
Bitcoin révèle les fichiers cachés dans ses anciens blocs
Cette expérience rejoint le débat ouvert par l’échec du soft fork anti-« junk data » sur Bitcoin, qui montrait déjà la difficulté de limiter les données non financières sans consensus large. Juan Galt, auteur technique chez Bitcoin Magazine, a téléchargé et vérifié l’ensemble de la blockchain avec Bitcoin Core. Il a ensuite arrêté son nœud pour analyser les fichiers stockés sur son disque.
L’objectif était simple : déterminer si un logiciel classique de récupération pouvait reconnaître les images intégrées aux transactions Bitcoin. Le journaliste a utilisé PhotoRec 7.2, un outil open source habituellement destiné à restaurer des fichiers effacés ou présents sur un support endommagé.
Selon la documentation de CGSecurity, PhotoRec repère les signatures propres à de nombreux formats de fichiers. Il ne cherche donc pas une transaction précise. Il parcourt directement les données brutes à la recherche de structures ressemblant à des JPEG, PNG ou GIF.
PhotoRec a ainsi réussi à reconstituer plusieurs images contenues dans les fichiers du nœud. Le résultat est important, même sans révélation spectaculaire sur leur contenu. Il montre qu’une partie des données inscrites dans Bitcoin peut être extraite sans explorateur Ordinals ni logiciel spécialement conçu pour la blockchain.
Des images existaient avant la naissance des Ordinals
L’utilisation de Bitcoin pour conserver des contenus non financiers ne date pas de 2023. Bien avant l’arrivée des Ordinals, certains utilisateurs inséraient déjà du texte, des liens ou de petits fichiers dans leurs transactions. Des contenus liés à WikiLeaks, une représentation de Ben Bernanke et une image de Nelson Mandela avaient notamment été identifiés dans les premières années du réseau.
Le travail de Ken Shirriff sur les données cachées dans la blockchain Bitcoin avait déjà documenté cette réalité dès 2014. Certaines images étaient encodées dans de fausses adresses Bitcoin, puis reconstituées à partir des données inscrites dans les transactions.
Ces anciennes insertions restaient limitées par la structure des transactions et par leur coût. Elles étaient aussi moins faciles à retrouver. Bitcoin n’avait pas été conçu comme une galerie d’images. Les utilisateurs exploitaient simplement les espaces disponibles dans les scripts pour y glisser quelques données supplémentaires.
Les Ordinals Bitcoin ont ensuite industrialisé cette pratique. Le protocole associe une inscription à un satoshi identifiable. Une image, un texte, un document ou même un petit programme peut alors être suivi comme un objet numérique. L’expérience menée avec PhotoRec rappelle toutefois que l’inscription de fichiers n’a pas commencé avec les Ordinals.
Une expérience qui illustre l’immuabilité de Bitcoin
Une image enregistrée dans une transaction confirmée devient extrêmement difficile à supprimer. Chaque nœud complet conserve une copie de la blockchain et vérifie son historique depuis 2009. Ce rôle explique pourquoi les nœuds économiques Bitcoin restent centraux pour le réseau, même lorsqu’ils ne minent aucun bloc.
Effacer le fichier d’un site ou fermer un explorateur ne retire donc pas la donnée des blocs déjà validés. Cette permanence constitue l’une des principales forces de Bitcoin. Elle protège l’historique des paiements contre les modifications arbitraires.
Mais la même propriété s’applique aux données ajoutées dans les transactions. Une information gênante, illégale ou simplement inutile peut ainsi rester répliquée sur des milliers de machines. C’est pourquoi les débats sur les innovations techniques et l’avenir du réseau Bitcoin dépassent souvent la simple question du prix.
Cette situation nourrit depuis plusieurs années la controverse des Ordinals. Certains développeurs considèrent ces inscriptions comme un usage légitime de l’espace payé par les utilisateurs. D’autres parlent de spam. Ils estiment que les images augmentent inutilement la taille de la blockchain et rendent l’exploitation d’un nœud complet plus exigeante.
Le disque du nœud n’est pas une galerie parfaitement indexée
L’expérience possède néanmoins une limite importante. PhotoRec reconnaît des structures de fichiers, mais il ne fournit pas automatiquement leur contexte. Il ne précise pas toujours la transaction d’origine, l’auteur de l’inscription ou la raison pour laquelle l’image a été ajoutée.
La documentation technique de Bitcoin Core rappelle que les blocs sont stockés dans des fichiers bruts de type blkNNNNN.dat. Pour prouver l’origine d’un contenu, le chercheur doit donc retrouver ses octets dans ces fichiers, puis les rattacher à une transaction et à un bloc précis.
Il faut également distinguer les images réellement inscrites dans Bitcoin des fichiers éventuellement présents ailleurs sur le disque. Une simple récupération visuelle ne suffit pas pour établir toute la chaîne de provenance.
Malgré cette réserve, le test apporte une démonstration concrète. La blockchain Bitcoin n’est pas seulement un registre de soldes. Elle est aussi une archive accidentelle, construite bloc après bloc par les choix de ses utilisateurs. Derrière les mouvements de BTC se cache donc une couche plus étrange, faite de textes, de codes et d’images presque impossibles à faire disparaître.
En bref
- Des images peuvent être extraites directement des fichiers d’un nœud Bitcoin.
- Cette pratique existait plusieurs années avant les Ordinals.
- La permanence des données relance le débat sur l’usage des blocs.
