Le BIP-110, conçu pour limiter les données non financières sur Bitcoin, arrive près de son échéance avec un soutien presque inexistant chez les mineurs. Malgré un seuil d’activation réduit à 55 %, la proposition ne rassemble pas le consensus nécessaire. Elle pourrait surtout provoquer une petite chaîne parallèle, sans modifier le Bitcoin utilisé par le marché.
Bitcoin rejette massivement le BIP-110
Le BIP-110 devait réduire l’utilisation de Bitcoin comme espace de stockage pour des images, des inscriptions et différentes métadonnées. Pourtant, les mineurs ne suivent pas. Le taux de signalement est resté très inférieur à 1 % durant plusieurs périodes. Aucun grand pool minier n’a publiquement adopté la proposition.
Le contraste est brutal. Pour obtenir un verrouillage volontaire, le BIP-110 exige le soutien de 1 109 blocs sur une période de 2 016 blocs. Cela représente 55 %. Ce seuil est déjà bien inférieur aux niveaux utilisés pour plusieurs précédentes mises à jour de Bitcoin.
Selon les données relevées entre mai et début juillet, seuls 38 blocs environ avaient signalé leur soutien sur plus de 9 000 blocs minés. Le ratio tournait autour de 0,42 %. Ce résultat ne ressemble plus à une simple hésitation. Il montre que l’écosystème minier ne considère pas cette réforme comme une priorité.
Le soft fork voulait bloquer les données jugées inutiles
Le BIP-110, aussi appelé « Reduced Data Temporary Softfork », propose de renforcer temporairement les règles de consensus pendant environ un an. Il limiterait notamment les scripts de sortie à 34 octets, sauf pour les sorties OP_RETURN, qui resteraient autorisées jusqu’à 83 octets.
Le texte rendrait également invalides la plupart des insertions continues dépassant 256 octets. Il ajouterait des restrictions sur certains mécanismes de Taproot, les versions de witness encore non définies, les annexes Taproot et plusieurs opcodes destinés à de futures mises à niveau.
Ses défenseurs estiment que les Ordinals et d’autres protocoles ont détourné Bitcoin de sa fonction monétaire. Selon eux, les utilisateurs qui stockent des données paient une seule fois les mineurs. En revanche, les opérateurs de nœuds doivent conserver et transmettre ces informations durablement, sans recevoir une partie des frais.
La lutte contre les données se heurte à la neutralité de Bitcoin
Les opposants défendent une lecture différente. Pour eux, Bitcoin reste un registre ouvert. Toute transaction respectant les règles et payant les frais nécessaires devrait pouvoir accéder à l’espace limité des blocs. Le réseau ne devrait pas chercher à interpréter l’intention économique cachée derrière chaque script.
Cette critique touche le point faible du BIP-110. Interdire une méthode de stockage ne supprime pas forcément les données. Les développeurs peuvent les diviser en fragments, les dissimuler dans d’autres structures ou utiliser des scripts moins efficaces. La proposition reconnaît elle-même qu’il est impossible d’éliminer complètement ces pratiques.
C’était déjà l’un des arguments avancés pour assouplir les règles d’OP_RETURN dans Bitcoin Core. Les anciennes limites n’avaient pas empêché le stockage de données. Elles avaient parfois encouragé des solutions plus dommageables, comme la création de sorties impossibles à dépenser qui restent dans l’ensemble UTXO.
Une activation forcée pourrait créer une chaîne marginale
Le calendrier reste le volet le plus sensible. Si le seuil de 55 % n’est pas atteint, les nœuds appliquant le BIP-110 doivent entrer dans une période de signalement obligatoire entre les blocs 961 632 et 963 647. Ils rejetteraient alors les blocs qui ne signalent pas la mise à jour.
Mais avec une adoption aussi faible, cette stratégie risque de produire l’effet inverse. Les nœuds BIP-110 pourraient se séparer de la chaîne suivie par la majorité des mineurs, des plateformes et des services financiers. Techniquement, le changement resterait un soft fork. Économiquement, il pourrait ressembler à une chaîne minoritaire sans liquidité suffisante.
Le texte prévoit plusieurs protections. Les bitcoins contenus dans des UTXO créés avant l’activation resteraient soumis aux anciennes règles. Le BIP reconnaît toutefois que certains montages Taproot rares pourraient rencontrer des problèmes temporaires, voire rendre des fonds difficiles à dépenser dans des conditions très précises.
Le BIP-110 aura donc surtout révélé une limite de la gouvernance de Bitcoin. Modifier le consensus ne demande pas seulement un code fonctionnel. Il faut convaincre les mineurs, les opérateurs de nœuds, les développeurs, les entreprises et les détenteurs. Sur ce terrain, le soft fork anti-« junk data » semble avoir perdu avant même son activation.
En bref
- Le BIP-110 veut limiter les données non financières sur Bitcoin.
- Le soutien des mineurs reste très inférieur au seuil de 55 %.
- Une activation forcée pourrait isoler ses utilisateurs sur une chaîne minoritaire.
