Keel Infrastructure tourne brutalement la page du minage de Bitcoin aux États-Unis. L’entreprise a désactivé l’ensemble de ses opérations américaines pour transformer ses sites en infrastructures dédiées à l’intelligence artificielle et au calcul haute performance. Le virage intervient après un trimestre difficile : les revenus ont chuté de moitié et la perte opérationnelle a atteint 141 millions de dollars.
Bitcoin : Keel arrête complètement son minage américain
Le choix de Keel s’inscrit dans le même mouvement que les mineurs qui jugent l’IA plus rentable que Bitcoin par unité d’électricité. L’ancien mineur veut désormais exploiter le même actif stratégique, l’électricité, pour une activité qu’il juge plus prometteuse.
Dans ses résultats du deuxième trimestre 2026, Keel confirme avoir achevé le démantèlement de toutes ses opérations américaines de minage de Bitcoin. Les capacités électriques libérées doivent servir au développement de centres de données destinés au HPC et à l’IA.
Cette transformation avait déjà commencé en avril avec l’arrêt du site de Moses Lake, dans l’État de Washington. Keel explique que cette fermeture, combinée à la baisse du prix moyen du Bitcoin sur la période comparée, a lourdement pesé sur ses résultats du deuxième trimestre.
Le changement est particulièrement radical. Plusieurs mineurs de Bitcoin développent des activités liées à l’IA tout en conservant une partie de leur production crypto. Keel choisit une voie différente aux États-Unis : ses installations sont désormais préparées pour accueillir des charges de calcul haute performance plutôt que des machines de minage.
Les revenus s’effondrent à 30 millions de dollars
Le chiffre d’affaires trimestriel de Keel est tombé à 30,43 millions de dollars, contre 60,91 millions un an plus tôt. La baisse atteint 50 %. Les dépenses administratives ont parallèlement progressé à 31,31 millions de dollars, notamment avec le recrutement de spécialistes pour accompagner le développement des futurs centres de données.
Le bilan se dégrade encore davantage au niveau opérationnel. Keel affiche une perte d’exploitation de 140,77 millions de dollars, contre un bénéfice de 10,81 millions au deuxième trimestre 2025. Ce montant comprend toutefois 84,15 millions de dollars de dépréciations et amortissements.
La perte provenant des activités poursuivies atteint près de 63,95 millions de dollars. L’EBITDA ajusté passe également dans le rouge, à environ 23,69 millions de dollars négatifs, contre 6,60 millions positifs un an auparavant. Le virage vers l’IA intervient donc au moment où l’ancien modèle économique perd fortement de sa puissance.
Keel vend aussi progressivement ses Bitcoin
Keel ne réduit pas seulement son activité de minage. L’entreprise diminue également ses réserves de BTC. Entre le 1er avril et le 7 août, elle a vendu 1 085 Bitcoin pour 75 millions de dollars. Il lui restait 1 861 BTC au 7 août 2026.
Ces ventes participent au renforcement de sa liquidité. Keel disposait d’environ 819 millions de dollars de ressources disponibles, dont 698 millions en trésorerie non restreinte et environ 121 millions de dollars en Bitcoin non grevé. L’entreprise a également levé 458 millions de dollars grâce à une émission d’obligations convertibles durant le trimestre.
Le message envoyé au marché devient ainsi assez net. Bitcoin n’est plus le centre de la stratégie de croissance de Keel. Il devient progressivement une réserve financière pouvant être convertie en capitaux pour financer une industrie beaucoup plus gourmande en investissements initiaux : les centres de données pour l’IA.
Cette logique rappelle la vente de BTC par Hyperscale Data pour financer son centre IA. Dans les deux cas, le Bitcoin sert moins de cœur industriel que de source de liquidité pour accélérer une infrastructure liée au calcul.
L’IA doit maintenant prouver qu’elle peut remplacer le minage
Keel dispose actuellement de 341 MW de capacité alimentée et de 430 MW de capacité sécurisée. Selon la présentation investisseurs de Keel, son pipeline total atteint 2,2 GW à travers des sites situés en Pennsylvanie, dans l’État de Washington et au Québec.
Son projet phare de Panther Creek, en Pennsylvanie, affiche 350 MW de capacité sécurisée et un potentiel d’expansion supérieur à 500 MW. Keel affirme également être en discussions commerciales sur trois sites prioritaires. Aucun de ces éléments ne garantit cependant que les futurs contrats généreront les revenus attendus.
Le pari résume une tendance qui gagne l’industrie du Bitcoin. Les mineurs possèdent déjà ce que les développeurs d’IA recherchent désespérément : de grands terrains, des connexions électriques et une expérience des infrastructures énergivores. Mais transformer une mine en centre de données ne suffit pas.
Le marché l’a déjà vu avec Core Scientific, qui a payé pour sortir d’un contrat de minage afin de dégager de la capacité pour l’IA. Il l’a aussi vu avec les rendements IA exceptionnels de Core Scientific, difficiles à reproduire sans contrats et financements très avantageux.
Keel devra donc trouver des clients, financer les constructions et prouver que l’IA peut réellement remplacer les revenus abandonnés du Bitcoin. Le minage apportait une recette immédiate, même volatile. Les centres de données promettent des contrats plus longs, mais exigent davantage de capital, de permis et d’exécution industrielle.
En bref
- Keel ferme toutes ses opérations américaines de minage Bitcoin.
- Ses revenus trimestriels ont chuté de 50 %, à 30,43 millions de dollars.
- L’entreprise mise désormais sur les centres de données pour l’IA et le HPC.
