Lundi soir, le Bitcoin a repris de la hauteur et repassé au-dessus des 78 500 $, comme un boxeur qui se relève avant même que l’arbitre n’ait fini de compter. Après une chute vers 75 000 $ plus tôt dans la journée, le marché a rebondi d’un coup sec : +4,2 % en 24 h, autour de 78 662 $. Dans le sillage, Ethereum et quelques grandes altcoins ont suivi le mouvement, sans pour autant effacer la sensation de sol qui tremble sous les pieds.
En bref :
- Bitcoin repasse au-dessus de 78 500 $ après une chute vers 75 000 $, entraînant Ethereum et le marché dans un rebond rapide.
- Les analystes y voient surtout un rebond technique, alimenté par la survente et le rachat de positions, pas un vrai redémarrage.
- Sans nouveaux catalyseurs, comme des flux entrants ou une détente macro, la hausse pourrait rester fragile avant les données emploi américaines.
Un rebond Bitcoin qui ressemble à un « pansement » technique
Le marché a souvent cette manie : il exagère, puis il corrige. Quand la vente devient trop brutale, les liquidations s’enchaînent, les positions shorts se rachètent, et les prix remontent… parfois juste parce qu’ils étaient tombés trop vite. Vincent Liu, chez Kronos Research, décrit un cocktail assez classique : short covering après liquidation, conditions de survente, puis stabilisation après ventes forcées.
Dans ce scénario, Bitcoin et Ethereum captent d’abord la liquidité. C’est mécanique. Quand la panique se calme, les capitaux reviennent d’abord sur les “majors”, là où les carnets d’ordres sont plus profonds. Ce retour de liquidité donne l’illusion d’un sol retrouvé, mais il ne règle pas la question centrale : la structure technique reste fragile et le marché peut encore chercher plus bas si les supports continuent de céder. En effet, Bitcoin menace de glisser vers 54 000 $ après la rupture des supports. C’est moins romantique qu’un récit de renaissance, mais c’est souvent plus vrai.
Le point clé, toutefois, c’est ce qui manque : une reprise “spot-led”. Autrement dit, de vrais achats au comptant qui s’installent, des flux solides (par exemple via des produits régulés), et une amélioration de la liquidité macro. Sans ça, le rebond peut continuer un peu… puis s’essouffler comme une étincelle sans bois sec.
La macroéconomie tient encore la laisse
Derrière le mouvement, il n’y a pas forcément un événement crypto. Il y a le vieux chef d’orchestre : les taux américains. Ces derniers jours, le marché a encaissé une relecture plus “hawkish” des attentes autour de la politique de la Federal Reserve. Quand les rendements montent et que le dollar se renforce, l’appétit pour le risque se contracte. Et la crypto, qu’on le veuille ou non, est encore traitée comme un actif “risk-on” par beaucoup d’acteurs.
Rick Maeda, chez Presto Research, explique le rebond comme une détente du mode “risk-off” plus qu’un réveil interne à la crypto. Les actions américaines ont rebondi. Un indicateur Institute for Supply Management plus solide a aussi aidé l’ambiance à redevenir un peu moins glaciale. Résultat : la crypto a remonté “avec le reste”, presque par effet d’entraînement.
Sauf que la laisse est toujours là. Maeda souligne un risque : si le récit d’une Fed plus dure continue, notamment autour de spéculations liées à Kevin Warsh et à la nomination du prochain président de la Fed, alors dollar ferme + rendements élevés peuvent transformer ce rebond en simple palier. Stable, peut-être. Durable, pas sûr.
Catalyseurs à venir : le test du réel, pas celui du graphique
Les rebonds techniques sont souvent convaincants… jusqu’au moment où ils doivent prouver qu’ils ne sont pas juste un réflexe. Andri Fauzan Adziima, chez Bitrue, parle d’un rally “fragile”, alimenté par du dip-buying sur des niveaux survendus (autour de 74 500 $ pour BTC, selon son analyse). Traduction : on achète parce que c’est “moins cher”, pas forcément parce que le contexte s’est amélioré.
Pour que Bitcoin transforme ce sursaut en reprise plus propre, il faudrait de nouveaux carburants. Typiquement : des flux entrants nets sur des produits d’investissement, ou une détente macro claire, liquidité, taux, dollar. Et c’est justement là que le rôle des grands acteurs devient décisif : quand une entreprise mise massivement sur le BTC, elle peut peser sur la perception du marché autant que sur les flux, comme le montre MicroStrategy en rouge sur le pari Bitcoin de Saylor. Sans catalyseur, un marché peut très bien osciller : il monte pour respirer, puis redescend pour vérifier s’il y a vraiment un plancher.
