En 2025, les actions africaines ont fait mieux que le bitcoin pour la première fois, selon le rapport MyStocks Africa Wrapped 2025. Cette bascule surprend, parce que la crypto a longtemps capté l’imaginaire de la “performance rapide”. Or cette année, ce sont des places boursières africaines qui ont occupé le devant de la scène.
Un chiffre, puis un choc de réalité
Le constat est simple sur le papier. Le bitcoin termine 2025 dans le rouge, avec une baisse annuelle d’environ 5 à 6 % selon les références de prix citées en fin d’année. En face, plusieurs marchés africains affichent des progressions en dollars qui ressemblent à des scores de bull run.
Ce décalage ne raconte pas “Afrique contre crypto”. Il raconte surtout une année où la rotation du risque a pris une forme inattendue. Et où le mot bitcoin, paradoxalement, a servi de mètre étalon pour juger un autre terrain de jeu.
Le rapport met en avant une hiérarchie qui casse les habitudes. En performance en dollars sur 2025, le Malawi grimpe à environ 247 %, le Ghana à 143 %, la Zambie à 108 %. Le Nigeria est autour de 60 %, l’Afrique du Sud près de 57 %, le Kenya autour de 49 %. Dans beaucoup d’esprits, ce genre de chiffres était réservé au bitcoin.
Ce n’est pas seulement une histoire d’indices. Le rapport cite aussi des envolées d’actions individuelles. Ferchem en Égypte dépasse 1 560 %, Clydstone au Ghana 1 443 %, NCR au Nigeria 1 348 %, ZAMEFA en Zambie plus de 1 098 %. On est sur des trajectoires qui évoquent des microcaps en ébullition, avec tout ce que cela implique.
La nuance, c’est que l’“Afrique” n’est pas un marché unique. Elle juxtapose des dynamiques locales, des devises, des règles de cotation et des profils de liquidité très différents. C’est précisément ce patchwork qui peut produire des écarts spectaculaires et des surprises dans les deux sens.
Pourquoi l’Afrique a brillé quand le bitcoin a respiré
Le bitcoin a vécu une année nerveuse. Reuters décrit un début d’année solide, puis un retournement lié à des facteurs macro et politiques, avec une sensibilité accrue aux mouvements des actifs risqués. En clair, le bitcoin a parfois ressemblé à un “proxy Nasdaq sous stéroïdes”, moins décorrelé qu’avant.
En parallèle, des marchés africains ont profité de moteurs plus domestiques. La hausse des taux dans plusieurs pays a aussi donné un rôle central aux placements en monnaie locale et aux arbitrages de rendement. Le rapport MyStocks Africa note d’ailleurs que certains fonds monétaires ont offert des rendements réels significatifs dans ces environnements de taux élevés. Cela a pu stabiliser une partie des portefeuilles, et libérer une prise de risque plus ciblée ailleurs.
Il faut aussi regarder la tendance de fond. L’OCDE rappelle que les marchés de capitaux africains ont grandi sur le long terme, avec une capitalisation boursière multipliée par 27 entre 2000 et 2024, autour de 561 milliards de dollars. Ce n’est pas encore “massif” à l’échelle mondiale, mais c’est assez large pour attirer plus d’acteurs… et pour faire émerger des poches de performance.
Des performances XXL, mais pas sans angles morts
Un rendement élevé n’est pas automatiquement un rendement “facile”. Sur certains marchés, la liquidité peut être mince. Quelques flux suffisent à déplacer les prix, surtout sur des valeurs de petite taille. Le rapport évoque d’ailleurs la forte plus-value sur des penny stocks. C’est excitant, mais c’est rarement confortable quand il faut sortir.
Autre point délicat : la devise. Les chiffres du rapport sont présentés en dollars, ce qui permet de comparer. Mais, sur le terrain, la performance vécue dépend du change, des restrictions éventuelles, et des coûts d’accès au marché. Une hausse d’indice peut masquer des frictions très concrètes pour un investisseur international.
Enfin, il y a le facteur “histoire racontée”. Le bitcoin est un actif mondial, coté 24/7, avec une transparence de prix quasi immédiate. Les marchés actions, eux, fabriquent leur récit plus lentement. Cette lenteur peut être un défaut ou un avantage, quand la spéculation se déplace ailleurs et laisse une inefficience exploitable.
