Un nouvel axe minier se dessine entre Kinshasa et Washington. EGC, EVelution Energy et Trafigura ont signé un protocole d’accord pour organiser l’approvisionnement à long terme des États-Unis en hydroxyde de cobalt congolais. Derrière cette annonce, il ne s’agit pas seulement de vendre du minerai. Il s’agit de verrouiller une chaîne stratégique, de la RDC jusqu’à l’Arizona.
Un accord qui place le cobalt congolais au cœur de l’industrie américaine
Le cobalt congolais entre dans la même bataille industrielle que le cuivre africain. Notre analyse sur le paradoxe du cuivre et l’opportunité pour l’Afrique montrait déjà que les minerais critiques ne valent plus seulement par leur prix, mais par la chaîne qui les entoure. Le protocole entre EGC, EVelution et Trafigura suit exactement cette logique.
Selon Trafigura, le cadre envisagé pourrait couvrir jusqu’à 40 % de la demande américaine projetée en cobalt, sous réserve d’accords définitifs. EGC fournirait l’hydroxyde de cobalt en RDC, Trafigura gérerait la logistique et le marketing, tandis qu’EVelution transformerait la matière aux États-Unis.
La destination finale donne le ton. Le cobalt serait raffiné dans l’usine d’EVelution en Arizona, sous forme de sulfate de cobalt de qualité batterie ou de métal de cobalt destiné aux alliages. Les débouchés visés sont clairs : véhicules électriques, batteries, aérospatial, défense et industrie avancée.
Ce montage montre une chose simple. Washington ne veut plus dépendre seulement des circuits dominés par l’Asie pour les minéraux critiques. La RDC, elle, cherche à mieux peser dans la chaîne de valeur. Entre les deux, Trafigura joue le rôle du connecteur commercial.
La RDC veut vendre plus qu’une matière première
EGC n’est pas un acteur ordinaire dans ce dossier. L’entreprise, créée en 2019 et liée à Gécamines, dispose d’un mandat de l’État congolais pour encadrer l’exploitation artisanale du cobalt. Elle est chargée de l’achat, du traitement et de la commercialisation du cobalt artisanal, avec un accent sur la traçabilité et les standards sociaux. EGC présente cette mission comme un levier de formalisation du secteur.
C’est un point sensible. Le cobalt congolais est indispensable à la transition énergétique, mais son image reste abîmée par les soupçons liés aux conditions d’extraction. Si EGC parvient à imposer une traçabilité crédible, le pays ne vendra pas seulement du cobalt. Il vendra aussi de la confiance.
L’accord évoque aussi la possibilité d’un soutien au développement de capacités locales de raffinage en RDC, d’une participation minoritaire d’EGC dans EVelution ou ses infrastructures, et de programmes de formation technique. Cette partie est peut-être la plus politique du texte. Elle dit que Kinshasa ne veut plus rester au bord de la route industrielle.
La question rejoint un débat plus large sur la valeur locale. Les promesses d’investissement en Afrique ne suffisent pas, comme nous l’avons vu avec les engagements annoncés à Nairobi lors du sommet Afrique-France. Le vrai test commence quand les contrats créent des emplois, des compétences et du pouvoir de négociation durable.
Lobito devient la colonne vertébrale du projet
La chaîne envisagée s’appuie aussi sur le corridor de Lobito. Le communiqué mentionne le Lobito Atlantic Railway, une ligne reliant le port angolais de Lobito à la frontière de la RDC, avec une extension vers Kolwezi, au cœur du Copperbelt congolais.
Ce détail logistique est moins spectaculaire que les chiffres, mais il est décisif. Un minerai stratégique ne vaut pas grand-chose si son transport reste lent, cher ou instable. Selon Trafigura, cette route réduit le transit intérieur vers un port africain à environ sept jours.
Le cobalt devient donc une affaire de rails autant que de mines. La bataille mondiale des minéraux critiques ne se joue pas uniquement dans les concessions. Elle se joue aussi dans les ports, les wagons, les contrats d’enlèvement et les garanties de livraison.
Cette logique d’infrastructure rappelle un autre chantier congolais : la résilience numérique. Dans notre article sur les infrastructures numériques critiques du Congo, le même principe apparaissait déjà. Une transformation ne tient que si les réseaux qui la portent résistent à la pression.
Un protocole prometteur, mais pas encore une victoire congolaise
Le protocole reste une étape, pas un aboutissement. Les parties doivent encore avancer vers des accords commerciaux définitifs dans les prochains mois. La nuance compte. Un MOU crée une intention, pas encore une certitude industrielle.
EVelution affiche déjà une ambition lourde. Son site indique que son usine de Yuma, en Arizona, vise le traitement d’hydroxyde de cobalt pour produire du sulfate de cobalt destiné aux batteries et du métal de cobalt pour des usages industriels. EVelution Energy présente le projet comme une réponse américaine à la dépendance aux chaînes d’approvisionnement étrangères.
Pour la RDC, le vrai test sera ailleurs. Le pays devra transformer cet accès américain en valeur locale, en emplois qualifiés et en pouvoir de négociation durable. Sinon, le cobalt congolais changera de route, mais pas forcément de destin.
Le contexte financier reste exigeant. Les startups et projets industriels africains affrontent déjà un capital plus sélectif, comme le montre notre analyse sur le refroidissement du capital-risque africain en avril 2026. Les projets miniers n’échappent pas à cette logique : ils devront prouver leur solidité opérationnelle, pas seulement leur importance stratégique.
La bataille des minéraux critiques change d’échelle
Ce protocole illustre une recomposition plus large. Les États-Unis veulent sécuriser des matériaux essentiels aux batteries, à la défense et aux technologies avancées. La RDC veut faire reconnaître son rôle central dans cette chaîne. Les négociants veulent contrôler les flux capables de relier la mine, le rail, le port et l’usine.
Le cobalt congolais reste donc un actif géologique, mais il devient aussi un actif diplomatique. Sa valeur dépendra de la production, de la traçabilité, de la logistique et de la capacité de Kinshasa à transformer un accès au marché américain en montée industrielle.
Le risque est connu. Si la RDC reste cantonnée à l’extraction, elle gardera une part limitée de la valeur. Si elle obtient formation, raffinage, participation industrielle et standards crédibles, l’accord peut devenir plus qu’un corridor d’exportation. Il peut devenir une marche vers une meilleure place dans la chaîne mondiale des batteries.
En bref
- EGC, EVelution Energy et Trafigura veulent créer une chaîne directe de cobalt entre la RDC et les États-Unis.
- L’accord pourrait soutenir jusqu’à 40 % de la demande américaine projetée en cobalt.
- La grande question reste la part de valeur qui restera réellement en RDC.
