La RDC veut transformer son cobalt en levier industriel, pas seulement en matière première exportée. L’accord en préparation entre l’Entreprise générale du cobalt, EVelution Energy et Trafigura marque ce tournant. Il pourrait permettre de fournir jusqu’à 40 % de la demande américaine projetée en cobalt, via une chaîne reliant directement le Congo aux États-Unis.
Kinshasa change de posture sur le cobalt
Cette offensive intervient alors que les quotas de cobalt en RDC ont déjà changé l’équilibre du marché. Pendant des années, le pays a surtout été vu comme le grand réservoir mondial du cobalt. La RDC produit environ 70 % du cobalt mondial, selon Reuters. Mais la valeur réelle se créait surtout ailleurs, dans le raffinage, la chimie des batteries et les contrats industriels.
Le nouveau schéma cherche à casser cette logique. EGC, l’entreprise publique chargée notamment du cobalt artisanal, veut s’insérer dans une chaîne plus formelle. En face, EVelution Energy construit une capacité de transformation aux États-Unis, avec du cobalt destiné aux batteries, à l’aérospatial, à la défense et aux véhicules électriques.
Le message est politique autant qu’économique. Kinshasa ne veut plus seulement subir la demande mondiale. Le pays veut choisir ses partenaires, encadrer ses volumes et pousser les acheteurs à reconnaître son rôle central. C’est moins une rupture qu’un changement de ton. Le cobalt devient un outil de souveraineté.
Les États-Unis cherchent une sortie de dépendance
Pour Washington, l’enjeu est simple : réduire une dépendance longue et inconfortable à des chaînes dominées par d’autres acteurs, notamment chinois. Même lorsque le cobalt sort du sol congolais, une grande partie de la transformation mondiale reste liée à l’Asie. C’est là que se trouve le vrai goulot d’étranglement.
L’accord EGC-EVelution-Trafigura répond à cette faiblesse. Il vise à sécuriser du cobalt congolais, puis à le transformer aux États-Unis en sulfate de cobalt ou en métal de cobalt. Trafigura présente le protocole comme une étape vers une chaîne d’approvisionnement directe entre la RDC et les États-Unis. Reuters souligne aussi que cette chaîne pourrait couvrir jusqu’à 40 % de la demande américaine projetée.
La nuance est importante. Les États-Unis ne peuvent pas “remplacer” la RDC. La géologie ne se déplace pas par décret. Ils peuvent en revanche construire une chaîne plus directe avec Kinshasa. Et c’est précisément ce qui donne à la RDC une carte plus forte dans la négociation.
Les quotas changent l’équilibre du marché
La stratégie congolaise ne se limite pas aux partenariats. Après une suspension des exportations décidée en 2025 face à la chute des prix, la RDC a instauré un système de quotas. Reuters a indiqué que les exportations seraient plafonnées à 96 600 tonnes par an en 2026 et 2027.
Ce choix a un effet clair : Kinshasa veut reprendre le contrôle du robinet. Quand le marché est saturé, les prix s’effondrent. Quand les volumes sont encadrés, le pays retrouve une capacité de pression. C’est une politique risquée, mais logique pour un producteur dominant.
Cependant, le contrôle des volumes ne suffit pas. Les acheteurs veulent aussi de la traçabilité. Ils veulent prouver que le cobalt n’est pas lié au travail des enfants, à des conditions dangereuses ou à des circuits opaques. C’est ici que la formalisation du secteur artisanal devient décisive. L’ambassade américaine en RDC a d’ailleurs soutenu des initiatives autour d’un cobalt artisanal légal et responsable au Lualaba.
La vraie bataille sera celle de la valeur ajoutée
Le défi congolais ne consiste pas seulement à vendre mieux. Il consiste à garder plus de valeur dans le pays. Exporter du cobalt brut ou semi-transformé rapporte moins que participer à la transformation, au raffinage, à la logistique et aux contrats industriels.
Le partenariat avec EVelution peut ouvrir une voie. Mais il ne réglera pas tout. La RDC devra renforcer la gouvernance, l’énergie, les infrastructures, les contrôles et la transparence. Sans cela, les grands accords resteront des vitrines. Avec cela, ils peuvent devenir des leviers.
Le cobalt congolais entre donc dans une phase plus stratégique. La demande américaine crée une fenêtre. Les quotas donnent à Kinshasa un outil. La pression sur les chaînes responsables force les industriels à regarder la RDC autrement. Cette logique rappelle aussi la bataille de formalisation de l’or artisanal en Afrique et l’enjeu du financement local des entreprises africaines. Le pays a maintenant une occasion rare : ne plus être seulement la mine du monde, mais un acteur qui impose ses conditions.
En bref
- La RDC cherche à connecter directement son cobalt à la chaîne industrielle américaine.
- L’accord EGC-EVelution-Trafigura pourrait couvrir jusqu’à 40 % de la demande américaine projetée.
- Le vrai défi reste la traçabilité, la transformation locale et la capture de valeur.
