Crypto Afrique : plus de 30 marchés connectés
Le partenariat relie deux infrastructures qui travaillaient jusqu’ici sur des couches différentes. Velocity apporte son réseau institutionnel et ses rails de règlement en stablecoins. CrissCross apporte les connexions locales : change, comptes, collections et paiements dans plus de 30 marchés africains.
Cette logique rappelle le partenariat entre DCS Pay et Kotani Pay pour relier USDT et USDC aux monnaies locales dans six marchés africains. L’échelle et la clientèle diffèrent ici : Velocity et CrissCross ciblent surtout les institutions financières, grandes entreprises, fournisseurs de liquidité et équipes de trésorerie.
Concrètement, une entreprise internationale pourrait utiliser des stablecoins pour déplacer rapidement sa liquidité, puis s’appuyer sur CrissCross pour accéder aux devises et rails nécessaires dans le pays de destination.
CrissCross propose déjà des conversions entre USDC, USDT et plusieurs monnaies, dont le rand sud-africain, le naira nigérian, le shilling kényan ou le cedi ghanéen. Sa plateforme stablecoin permet également des règlements vers des comptes bancaires et wallets mobile money.
La blockchain traite une partie du trajet. Le dernier kilomètre reste local.
Les stablecoins entrent dans la trésorerie
C’est probablement la partie la plus intéressante de l’accord. Velocity et CrissCross ne présentent pas les stablecoins comme un système destiné à remplacer les banques africaines. Leur architecture suppose au contraire qu’ils travaillent avec les comptes, devises et moyens de paiement existants.
Une entreprise opérant dans plusieurs pays doit aujourd’hui conserver de l’argent sur différents comptes pour assurer ses paiements. Ce préfinancement immobilise du capital et oblige les équipes financières à anticiper la liquidité nécessaire dans chaque marché.
Velocity veut réduire cette contrainte en utilisant les stablecoins comme couche de règlement internationale. CrissCross récupère ensuite la partie locale : conversion FX, collecte et paiement.
Les deux entreprises prévoient également de développer de nouvelles capacités combinant stablecoins, rails de paiement en temps réel et comptes virtuels. Il s’agit encore d’un programme de développement, pas d’une liste de produits déjà disponibles partout.
Velocity arrive avec des moyens importants. En septembre, sa Série A avait atteint 48 millions de dollars, après un investissement supplémentaire de Visa Ventures, Circle Ventures, Ripple, Haun Ventures, Translink Capital et Mirana Ventures.
L’intérêt des grands acteurs du paiement n’est pas anodin. Standard Bank travaille déjà avec de grandes institutions internationales sur un stablecoin dollar. Les stablecoins africains passent progressivement du wallet individuel aux départements de trésorerie.
L’Afrique n’a pas besoin que de blockchain
Le partenariat met surtout en évidence la limite du discours selon lequel un stablecoin suffit à résoudre les paiements transfrontaliers.
Envoyer de l’USDC d’une adresse à une autre est relativement simple. Une entreprise au Ghana doit ensuite payer ses salariés, ses fournisseurs ou ses impôts en monnaie utilisable localement. Une société kenyane peut vouloir recevoir des dollars numériques tout en réglant certaines dépenses en shillings. Les banques, le mobile money, la liquidité FX et les licences restent donc indispensables.
CrissCross affirme justement disposer de relations bancaires locales et d’une infrastructure de paiement couvrant plus de 30 marchés. L’entreprise est enregistrée comme Money Services Business au Canada et détient notamment des licences FSP, CASP et TOC en Afrique du Sud.
Cette coexistence devient déjà visible ailleurs. En Afrique du Sud, près de 27 milliards de rands d’USDT ont circulé sur trois grandes plateformes en un an, pendant que banques et régulateurs cherchent à intégrer ces nouveaux flux à l’infrastructure financière existante.
Velocity et CrissCross parient sur la même évolution.
Le stablecoin devient le rail international. Les monnaies, banques et moyens de paiement locaux restent les points d’entrée et de sortie.
C’est moins spectaculaire qu’une promesse de remplacer la finance traditionnelle. Beaucoup plus réaliste aussi. Pour gagner les paiements africains, les stablecoins devront probablement apprendre à disparaître derrière l’infrastructure que les entreprises utilisent déjà.