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Crypto en Algérie : Bitcoin, USDT et interdiction en 2026

L’Algérie compte officiellement plus de 1,74 million d’utilisateurs de crypto-actifs et aurait reçu environ 9,7 milliards de dollars de valeur en cryptomonnaies, malgré l’une des interdictions les plus strictes du continent. Ces flux représenteraient plus de 4 % du PIB et l’équivalent de plus de 16 % de la taille estimée du secteur informel, selon l’évaluation des risques publiée par la Banque d’Algérie. USDT domine par le nombre d’utilisateurs, tandis que Bitcoin reste en tête en valeur financière transférée.

Un utilisateur algérien consulte Bitcoin et USDT devant une barrière réglementaire à Alger
L’Algérie a renforcé en 2025 l’interdiction pénale visant Bitcoin, les stablecoins et les services crypto.

Ce paradoxe résume presque toute la crypto en Algérie.

Pendant des années, le pays figurait déjà parmi les États africains qui interdisaient officiellement Bitcoin. L’article 117 de la loi de finances pour 2018 prohibait l’achat, la vente, l’utilisation et la détention de « monnaie dite virtuelle ». Le texte existait, mais son articulation avec le droit pénal, les stablecoins modernes, le minage ou les plateformes étrangères laissait encore beaucoup de zones de discussion.

Le 24 juillet 2025, Alger change de dimension.

La loi n°25-10 relative à la prévention et à la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme introduit un nouvel article 6 bis. Cette fois, la liste est beaucoup plus précise : il est interdit d’émettre, acheter, vendre, utiliser ou détenir des actifs virtuels, d’en faire le commerce, de les promouvoir, de créer ou exploiter des plateformes d’échange et de pratiquer le minage.

La sanction devient elle aussi explicite.

Une violation peut être punie de deux mois à un an de prison, d’une amende comprise entre 200 000 et 1 million de dinars algériens, ou de l’une de ces deux peines.

En clair, la question n’est plus seulement de savoir si Bitcoin a cours légal.

La simple détention est désormais visée.

USDT également.

Le trading aussi.

Le mining aussi.

Même la promotion des actifs virtuels peut entrer dans le champ de l’interdiction.

Et depuis l’automne 2025, la Banque d’Algérie demande aux banques, établissements financiers et services financiers d’Algérie Poste d’aller beaucoup plus loin dans la surveillance. Les institutions doivent disposer d’un mécanisme permettant de bloquer immédiatement les opérations liées aux actifs virtuels ou aux prestataires de services d’actifs virtuels, y compris lorsque ceux-ci sont établis à l’étranger, puis déclarer les tentatives et transactions concernées à la Cellule de traitement du renseignement financier.

L’Algérie ne cherche donc pas en 2026 à licencier les exchanges.

Elle cherche à empêcher leur connexion au système financier réglementé.

Et pourtant, les données montrent une adoption qui n’a rien d’anecdotique.

TRM Labs classe l’Algérie 33e marché mondial dans son indice d’adoption crypto 2025, devant plusieurs juridictions qui autorisent pourtant ces actifs. TRM souligne plus largement que l’adoption continue de progresser en Afrique du Nord malgré les interdictions, avec l’Égypte, le Maroc, l’Algérie et la Tunisie parmi les pays de la région où les usages restent significatifs.

Le sujet algérien devient alors beaucoup plus intéressant qu’un simple « crypto interdite ».

Pourquoi 1,74 million de personnes utiliseraient-elles un actif qu’elles ne peuvent légalement ni acheter ni détenir ?

Pourquoi USDT domine-t-il les usages ?

Quel rôle joue le dinar ?

Pourquoi un pays qui criminalise les crypto-actifs inscrit-il parallèlement la monnaie numérique de banque centrale dans sa nouvelle architecture bancaire ?

Et surtout : une interdiction aussi large peut-elle faire disparaître une technologie mondiale qui circule entre wallets, ou déplace-t-elle principalement l’activité hors du système financier visible ?

En bref

  • L’Algérie interdit officiellement les cryptomonnaies depuis la loi de finances pour 2018.
  • La loi n°25-10 du 24 juillet 2025 a fortement renforcé cette interdiction et l’a assortie de sanctions pénales explicites.
  • Il est interdit d’émettre, acheter, vendre, utiliser, détenir, négocier ou promouvoir des actifs virtuels, ainsi que de créer ou exploiter une plateforme d’échange.
  • Le minage de cryptomonnaies est également interdit.
  • Les infractions peuvent être punies de 2 mois à 1 an de prison et de 200 000 à 1 million DA d’amende, ou de l’une des deux sanctions.
  • Depuis fin 2025, les institutions financières doivent bloquer les opérations liées aux crypto-actifs et aux VASP, y compris étrangers.
  • L’évaluation nationale estime malgré tout le marché à 1,74 million d’utilisateurs et 9,7 milliards $ de valeur reçue.
  • USDT est le crypto-actif le plus répandu en nombre d’utilisateurs, tandis que Bitcoin domine en valeur financière.
  • TRM Labs classe l’Algérie 33e mondiale pour l’adoption crypto en 2025.
  • Le dinar s’échangeait officiellement autour de 133,65 DZD pour 1 USD et 152,29 DZD pour 1 EUR le 24 septembre 2026.
  • Le pays conserve une réglementation stricte des changes, même si le droit de change touristique a été relevé à 750 euros pour un adulte.
  • Les paiements électroniques progressent rapidement : les paiements sur TPE ont dépassé 10 millions de transactions et 89,5 milliards DA en 2025.
  • La loi monétaire et bancaire algérienne a introduit la notion de monnaie numérique de banque centrale, sans qu’un dinar numérique grand public ait été lancé à ce jour.
  • L’Algérie a été retirée de la liste grise du GAFI en juin 2026 après avoir achevé son plan d’action AML/CFT.

Crypto en Algérie : l’interdiction est devenue pénale

L’Algérie ne suit pas le mouvement réglementaire choisi par le Ghana, le Rwanda ou plusieurs autres pays suivis par Bref Crypto. Alors que le Ghana a choisi de réglementer ses millions d’utilisateurs et ses VASP plutôt que d’interdire le marché, Alger prend la direction opposée : rendre l’utilisation elle-même illégale, puis fermer autant que possible les points de connexion entre crypto et système financier traditionnel.

L’interdiction commence réellement en 2018

Le point de départ remonte au 28 décembre 2017, avec la publication de la loi de finances pour 2018.

Son article 117 tient en quelques lignes :

achat interdit ;

vente interdite ;

utilisation interdite ;

détention interdite.

Le Journal officiel définissait alors la monnaie virtuelle comme une monnaie utilisée par les internautes via le web et caractérisée notamment par l’absence de support physique traditionnel.

La définition paraît aujourd’hui techniquement vieillissante.

Un compte bancaire est lui aussi largement immatériel.

Une carte bancaire ne constitue pas elle-même la monnaie.

USDT n’est pas Bitcoin.

Un token de gouvernance n’est pas un stablecoin.

Le texte de 2018 ne possédait pas le vocabulaire plus précis apparu ensuite avec les normes du GAFI et les nouvelles législations crypto.

Mais la volonté politique était déjà claire.

L’Algérie ne voulait pas voir émerger une monnaie privée parallèle au dinar.

La loi de 2025 ferme les ambiguïtés

Sept ans plus tard, la rédaction devient beaucoup plus moderne.

La loi 25-10 définit les actifs virtuels comme des valeurs numériques pouvant être échangées, transférées ou utilisées à des fins de paiement ou d’investissement. Les représentations numériques de monnaies fiduciaires, titres et autres actifs financiers réglementés sont exclues de cette définition.

Cette dernière phrase est importante.

Une monnaie numérique officielle n’est pas automatiquement une crypto interdite.

Une action dématérialisée non plus.

Le législateur cherche spécifiquement les actifs virtuels privés.

Bitcoin.

Ether.

USDT.

Tokens similaires.

La nouvelle définition est beaucoup plus difficile à contourner par un argument sémantique.

Acheter Bitcoin constitue désormais directement une infraction

L’article 6 bis vise explicitement l’achat.

Pas seulement l’usage comme moyen de paiement.

Une personne qui achète BTC comme investissement se trouve également dans le champ du texte.

La loi précise d’ailleurs que les actifs visés peuvent être utilisés comme moyen de paiement ou comme instrument d’investissement.

C’est une nuance capitale.

Dans plusieurs pays, Bitcoin n’est pas autorisé comme monnaie mais peut parfaitement être détenu comme actif financier.

Pas en Algérie sous le cadre actuel.

Le texte vise les deux fonctions.

La vente est elle aussi interdite

Conséquence assez logique : si l’achat est interdit, la vente l’est également.

Un détenteur qui revendrait un actif virtuel contre des dinars ne se situe pas dans une zone réglementaire neutre.

Le problème n’est donc pas limité au moment où l’argent entre dans la crypto.

Le cash-out aussi entre dans le dispositif.

Cela complique naturellement l’activité P2P.

Même la détention est désormais pénalement visée

C’est probablement l’une des différences les plus importantes avec les réglementations restrictives d’autres juridictions.

Certaines banques centrales interdisent aux banques de servir des exchanges.

D’autres interdisent Bitcoin comme moyen de paiement.

D’autres encore n’autorisent pas les VASP.

L’Algérie va plus loin.

Détenir l’actif fait partie des comportements interdits.

Un wallet non custodial ne constitue donc pas juridiquement une échappatoire au texte.

Techniquement, la self-custody rend la détention beaucoup plus difficile à bloquer.

Légalement, elle ne change pas la règle.

La promotion est également concernée

Le mot est important pour les influenceurs, médias, formateurs et sociétés commerciales.

La loi vise le fait de « promouvoir » les actifs virtuels.

Le périmètre exact de cette notion devra évidemment être interprété dans des cas concrets.

Informer sur la technologie n’est pas nécessairement identique à pousser quelqu’un à acheter un token.

Un média peut couvrir Bitcoin comme sujet économique ou technologique.

Une publicité disant « achetez ce token aujourd’hui » appartient à un registre différent.

Mais dans un pays où la promotion figure explicitement dans le texte pénal, le secteur de l’influence crypto possède un risque juridique beaucoup plus élevé qu’ailleurs.

Les exchanges sont clairement interdits

Créer ou exploiter une plateforme d’échange d’actifs virtuels est expressément prohibé.

Il n’existe donc pas en septembre 2026 de logique comparable à celle du Ghana, où les VASP passent désormais vers un système de licences et de supervision.

Pas de licence Binance Algeria.

Pas de PSAV local officiellement ouvert à la clientèle.

Pas de registre national où un exchange pourrait simplement demander son agrément afin de continuer.

Le modèle réglementaire n’est pas « license or leave ».

C’est « activity prohibited ».

Le mining tombe lui aussi sous l’interdiction

Le texte 2025 précise que l’interdiction inclut les activités liées au minage de cryptomonnaies.

Le sujet peut sembler secondaire dans un pays où l’électricité n’est pas devenue un grand moteur de minage Bitcoin industriel comparable à l’Éthiopie.

Il compte pourtant.

L’énergie algérienne est historiquement relativement peu coûteuse grâce à l’importance du gaz naturel et aux politiques publiques.

Sur le papier, cela pourrait rendre le territoire attractif pour certains mineurs.

La loi coupe ce scénario.

Le cas algérien est donc plus large que celui de l’Angola

L’Angola, précédent pays de cette série, interdit durement le minage, tout en préparant parallèlement la supervision des VASP.

L’Algérie interdit les deux.

Mining.

Trading.

Détention.

Plateformes.

Promotion.

La différence doit absolument rester visible.

Les deux pays sont parfois rangés dans la catégorie « crypto restrictive ».

En réalité, leurs stratégies sont très différentes.

Deux mois à un an de prison

Le durcissement de 2025 devient vraiment tangible avec le nouvel article 31 bis.

La sanction prévue est un emprisonnement de deux mois à un an et une amende de 200 000 à 1 000 000 DA, ou l’une de ces sanctions.

Ce changement corrige l’une des faiblesses du dispositif de 2018.

L’ancien article disait que l’activité était interdite et renvoyait plus largement aux lois et règlements pour les conséquences.

Le texte de 2025 inscrit une peine beaucoup plus lisible.

Pour l’utilisateur, il n’existe plus vraiment de doute sur le caractère pénal.

USDT n’échappe pas à cette définition

L’un des réflexes courants consiste à dire :

« USDT n’est pas vraiment une cryptomonnaie, c’est un dollar numérique ».

Techniquement, l’argument peut servir à expliquer son rôle économique.

Juridiquement, il ne fonctionne pas ici.

La définition algérienne couvre les valeurs numériques privées utilisées comme moyen de paiement ou investissement.

Le rapport national lui-même identifie explicitement Tether USDT parmi les principaux actifs virtuels utilisés en Algérie.

Le stablecoin est donc bien traité comme actif virtuel dans ce cadre.

Les banques ont ensuite reçu l’ordre de fermer les passerelles

Une loi ne suffit pas toujours.

Il faut pouvoir l’appliquer.

La Banque d’Algérie a donc poussé la logique vers le système financier.

En septembre 2025, la réglementation bancaire est renforcée afin d’exiger des institutions assujetties qu’elles disposent d’un mécanisme automatique et efficace permettant d’interdire et bloquer immédiatement toute opération liée aux actifs virtuels ou aux VASP.

Le texte ajoute un détail majeur :

les VASP établis hors d’Algérie sont eux aussi visés.

L’exchange n’a donc pas besoin d’avoir un bureau à Alger.

Un paiement vers un exchange étranger peut donc être bloqué

C’est la conséquence directe.

Supposons qu’un client tente d’envoyer des fonds vers un intermédiaire identifié comme prestataire crypto.

Sa banque n’est pas invitée à se demander si la plateforme est réglementée à Dubaï ou en Europe.

L’opération reste liée à un VASP.

Le système algérien doit l’empêcher.

Cela rend le modèle bancaire beaucoup plus fermé que celui de nombreux autres pays.

Algérie Poste est elle aussi dans le dispositif

La surveillance ne se limite pas aux banques commerciales.

Les lignes directrices publiées en novembre 2025 concernent également les services financiers d’Algérie Poste.

C’est essentiel.

Algérie Poste joue un rôle énorme dans les paiements quotidiens.

CCP.

Edahabia.

BaridiMob.

Virements.

QR code.

En ciblant Algérie Poste, l’autorité s’attaque directement à l’une des infrastructures pouvant être utilisées dans certaines transactions P2P.

Les tentatives doivent également être déclarées

Le règlement ne demande pas seulement de bloquer une transaction exécutée.

Il exige aussi une déclaration à la CTRF lorsqu’une tentative ou une opération liée à un actif virtuel est détectée.

La différence est importante.

L’argent n’a pas besoin d’avoir quitté le compte pour que l’événement devienne pertinent en matière de conformité.

Le signal lui-même peut suffire.

Les banques doivent apprendre à reconnaître la crypto sans voir la blockchain

Voilà la difficulté technique.

Un virement bancaire n’affiche pas nécessairement :

« Achat de 500 USDT ».

Deux particuliers peuvent simplement s’envoyer des dinars.

Le transfert du stablecoin intervient séparément sur Tron ou Ethereum.

Comment une banque distingue-t-elle un remboursement familial d’un règlement P2P ?

Elle cherche des schémas.

Répétition.

Montants.

Contreparties.

Comportements inhabituels.

Liens connus avec des prestataires.

La Banque d’Algérie a précisément publié en novembre 2025 des lignes directrices portant sur l’identification, le blocage et l’interdiction de ces opérations.

C’est aussi pourquoi l’interdiction parfaite est pratiquement impossible

Une banque contrôle son propre réseau.

Elle ne contrôle pas Bitcoin.

Elle peut refuser un virement vers un exchange.

Elle ne peut pas empêcher un bloc Bitcoin d’être produit aux États-Unis.

Elle peut surveiller BaridiMob.

Elle ne contrôle pas une seed phrase.

Elle peut fermer le canal fiat officiel.

Elle ne peut pas faire disparaître le protocole mondial.

Cette différence explique pourquoi une partie de l’activité migre naturellement vers des circuits moins visibles lorsque les portes institutionnelles ferment.

Ce n’est pas une recommandation d’utiliser ces circuits.

C’est le problème technique auquel le régulateur se confronte.

Le propre rapport national confirme l’ampleur du marché

C’est ici que le dossier devient étonnant.

La Banque d’Algérie a publié une synthèse de son évaluation des risques BC/FT liés aux actifs virtuels.

Selon ce travail, l’Algérie est passée du 45e rang mondial en 2021 au 43e en 2024 dans l’indice Chainalysis alors même que l’interdiction existait depuis 2018.

Le rapport estime ensuite le nombre d’utilisateurs à plus de 1,74 million.

Valeur reçue :

9,7 milliards de dollars.

La taille n’a rien d’anecdotique.

9,7 milliards $ malgré une interdiction

Le chiffre est suffisamment important pour mériter quelques précautions.

Il ne s’agit pas nécessairement de 9,7 milliards de dollars de nouvelles économies algériennes investies en crypto.

Les métriques on-chain additionnent des valeurs transférées.

Une même unité peut circuler plusieurs fois.

Des transactions peuvent concerner du trading ou des transferts entre services.

Il ne faut donc pas lire le chiffre comme un stock de patrimoine.

Il mesure néanmoins une activité extrêmement importante.

Plus de 4 % du PIB selon l’évaluation

Le rapport compare cette valeur reçue au PIB algérien et au secteur informel.

Il obtient plus de 4 % du PIB et plus de 16 % du secteur informel.

Encore une fois, c’est une comparaison de flux ou valeurs estimées, pas une part officielle du PIB produite par « l’industrie crypto ».

Mais l’ordre de grandeur explique pourquoi le régulateur s’y intéresse autant.

On ne parle plus de quelques geeks achetant Bitcoin en 2017.

67 % des flux passent par des services centralisés

L’évaluation officielle rapporte également qu’environ 67 % des valeurs identifiées passent par des services centralisés, contre environ 34 % pour la DeFi.

Cela change la stratégie réglementaire.

Un exchange centralisé possède généralement :

un domaine ;

une société ;

des adresses connues ;

un système KYC ;

des comptes de paiement ;

des interfaces accessibles.

Il est beaucoup plus simple à identifier qu’un smart contract véritablement décentralisé.

D’où la priorité accordée aux VASP.

USDT domine en nombre d’utilisateurs

Le rapport officiel place Tether USDT en tête des crypto-actifs utilisés, devant Bitcoin, Ether et Litecoin.

Ce classement est très instructif.

Si les Algériens n’utilisaient la crypto que pour spéculer sur les hausses de Bitcoin, BTC devrait naturellement dominer tous les indicateurs.

Ce n’est pas le cas.

USDT répond à un besoin différent.

Bitcoin domine en valeur

La situation s’inverse lorsqu’on regarde les montants.

Bitcoin reste en tête en valeur financière, suivi notamment de Tether et Ethereum.

Il faut éviter une explication simpliste basée uniquement sur le « prix unitaire élevé » d’un BTC. La valeur d’une transaction dépend évidemment du nombre d’unités transférées.

Le constat important est surtout que les usages sont multiples.

Stablecoin d’un côté.

Actif d’investissement de l’autre.

TRM voit même l’Algérie progresser après le durcissement

TRM Labs classe l’Algérie 33e mondial dans son indice 2025, alors qu’elle se situait plus bas dans l’édition précédente.

Le rapport place également l’Égypte et le Maroc parmi les marchés nord-africains très actifs malgré leurs historiques réglementaires complexes.

Pour TRM, les interdictions n’empêchent donc pas nécessairement l’adoption.

C’est leur analyse.

Le cas algérien fournit en tout cas un exemple intéressant du décalage entre droit et usage.

La loi ne doit pas être confondue avec son taux d’application

Dire :

« 1,74 million d’utilisateurs donc l’interdiction n’existe pas »

serait absurde.

La loi existe.

À l’inverse :

« l’activité est interdite donc personne n’utilise Bitcoin »

serait tout aussi faux.

Une loi décrit ce qui est autorisé.

Une statistique d’adoption décrit ce que les individus font réellement.

Les deux peuvent diverger.

2026 apporte même un exemple d’enforcement financier

En mai 2026, la Gendarmerie nationale a annoncé le démantèlement d’un réseau international de jeux et paris en ligne.

L’enquête citée par la radio publique algérienne indique que les profits étaient convertis de la monnaie nationale vers de la monnaie numérique de façon illégale, puis envoyés à l’étranger. Neuf personnes ont été arrêtées et 199 cartes liées au chargement de monnaies numériques ont notamment été saisies.

Le cas ne permet pas de conclure que tout utilisateur crypto est poursuivi de la même manière.

Il montre néanmoins que les actifs numériques apparaissent désormais concrètement dans les enquêtes financières.

L’État forme également ses enquêteurs

Le durcissement juridique s’accompagne d’un effort technique.

Les autorités développent leurs capacités de traçage et d’analyse des transactions blockchain pour lutter contre les usages criminels.

Ce point est important.

Interdire Bitcoin n’empêche pas d’avoir besoin de savoir comment Bitcoin fonctionne.

Au contraire.

Un enquêteur doit savoir suivre une transaction.

Comprendre un exchange.

Identifier un mixer.

Lire un explorateur blockchain.

Interpréter une adresse.

La prohibition ne supprime pas la compétence technique nécessaire.

L’Algérie est sortie de la liste grise du GAFI

Le contexte AML explique une grande partie de ce durcissement.

L’Algérie avait été placée sous surveillance renforcée du GAFI en octobre 2024.

Elle a ensuite engagé plusieurs réformes.

Le 19 juin 2026, le GAFI a officiellement retiré l’Algérie de sa liste grise après une visite sur place concluante et l’achèvement du plan d’action convenu.

C’est un changement majeur.

Les crypto-actifs ont fait partie de cette modernisation AML

La CTRF avait elle-même identifié dès février 2025 les actifs virtuels parmi les domaines dans lesquels l’Algérie cherchait assistance technique et expertise.

La Banque d’Algérie publie ensuite son évaluation des risques.

La loi 25-10 arrive en juillet.

Le règlement bancaire se durcit en septembre.

Les lignes directrices arrivent en novembre.

La chronologie est très cohérente.

L’interdiction de 2025 s’inscrit donc aussi dans une stratégie GAFI

Il serait excessif d’affirmer que le GAFI exige d’un pays qu’il interdise les cryptomonnaies.

Ce n’est pas sa doctrine générale.

Les recommandations internationales prévoient généralement la possibilité de réglementer et superviser les VASP.

Le choix de l’interdiction appartient à l’Algérie.

Mais le calendrier montre clairement que le renforcement du dispositif crypto intervient pendant l’effort national de mise en conformité AML/CFT.

C’est l’inverse du Ghana

Le contraste est très utile.

Le Ghana estime qu’une interdiction générale risquerait de pousser davantage l’activité vers des circuits informels.

L’Algérie choisit au contraire l’interdiction et construit un mécanisme bancaire destiné à identifier les flux qui cherchent à continuer.

Deux stratégies.

Même objectif annoncé de protection du système financier et de lutte contre les abus.

Les prochaines années permettront de comparer les résultats.

L’Algérie n’a donc pas de VASP légal classique

C’est une conséquence importante pour les utilisateurs.

On ne peut pas simplement chercher :

« meilleur exchange agréé en Algérie ».

Le modèle de licence VASP n’existe pas comme porte d’entrée commerciale dans le cadre actuel.

Une plateforme étrangère peut être techniquement accessible.

Cela ne signifie pas qu’elle est autorisée.

Même logique pour un wallet custodial.

Même logique pour une marketplace.

Le risque juridique de l’utilisateur est beaucoup plus élevé

Dans un marché réglementé, la question principale peut être :

« cet exchange est-il licencié ? »

En Algérie, elle devient :

« l’opération elle-même est-elle interdite ? »

Et la réponse concernant l’achat, la vente, la détention et l’usage d’actifs virtuels est aujourd’hui particulièrement sévère.

C’est ce qui distingue vraiment l’Algérie dans cette série africaine.

USDT prospère là où le dinar reste très encadré

Le paradoxe algérien devient plus compréhensible lorsqu’on regarde la monnaie. L’USDT est le crypto-actif le plus répandu en nombre d’utilisateurs selon l’évaluation nationale, alors que son usage est interdit. Ce choix suggère que la crypto en Algérie ne se résume pas à parier sur Bitcoin. Il existe aussi une demande pour une représentation numérique du dollar, phénomène que Bref Crypto suit ailleurs sur le continent, notamment lorsque les stablecoins représentent une part croissante des paiements et transferts africains.

Un dollar valait officiellement 133,65 DA

Le 24 septembre 2026, la Banque d’Algérie affichait environ :

1 USD = 133,6507 DZD ;

1 EUR = 152,2883 DZD.

Ces cours sont les cotations officielles.

Ils ne décrivent pas nécessairement tous les prix auxquels les devises changent de mains dans l’économie informelle.

L’Algérie possède depuis longtemps un marché parallèle des devises.

L’existence d’un écart entre les circuits officiels et informels fait partie du contexte monétaire dans lequel USDT apparaît.

L’accès aux devises reste réglementé

Le système algérien n’offre pas la libre convertibilité totale du dinar pour toutes les opérations des résidents.

La Banque d’Algérie maintient une réglementation spécifique des transactions courantes avec l’étranger et des comptes en devises. Cette réglementation a encore été modifiée en juillet 2026.

Les règles ne signifient pas qu’un Algérien ne peut jamais obtenir de devises.

Elles signifient que l’accès se fait dans un cadre défini.

Et c’est précisément ce que les crypto-actifs contournent techniquement.

Les 750 euros de voyage illustrent ce contrôle

En juillet 2025, l’Algérie a fortement relevé le droit de change touristique.

Un adulte résident peut désormais obtenir jusqu’à 750 euros au titre du voyage à l’étranger, contre 300 euros pour certains mineurs selon les conditions prévues.

Le changement constitue une amélioration considérable de l’accès officiel aux devises pour les voyageurs.

Mais il reste encadré.

Une fois par année de référence.

Réservation.

Justification du voyage.

Remise effective selon les procédures.

La Banque d’Algérie rappelle même que les manœuvres visant à détourner le bénéfice de cette allocation sont interdites et sanctionnées.

USDT fonctionne exactement à l’opposé

Un stablecoin n’a pas besoin de demander :

voyagez-vous ?

Combien de jours ?

Avez-vous utilisé votre allocation cette année ?

Un wallet compatible reçoit le token.

C’est tout.

Cette liberté technique constitue probablement une partie de son attractivité.

Elle explique aussi pourquoi l’État le considère comme problématique.

Tether est donc autant un sujet de change qu’un sujet crypto

C’est probablement la bonne lecture.

Bitcoin peut être considéré comme actif spéculatif ou monétaire.

USDT agit davantage comme un dollar numérique privé.

Dans une économie où l’accès aux devises est contrôlé, le stablecoin peut devenir une porte alternative vers l’unité dollar.

Le régulateur ne voit alors plus seulement :

« quelqu’un trade une crypto ».

Il peut voir :

« quelqu’un déplace une valeur en dollars hors de l’architecture de change ».

La différence est énorme.

USDT rend également le P2P beaucoup plus pratique

La volatilité de Bitcoin complique un échange.

Supposons que deux personnes conviennent d’une transaction équivalente à 1 000 dollars.

Entre la négociation et la finalisation, BTC peut bouger.

USDT vise à maintenir son prix proche de 1 dollar.

La contrepartie sait donc plus facilement quel montant recevoir.

C’est exactement pourquoi les stablecoins sont devenus l’une des grandes infrastructures du trading P2P mondial.

Mais stable ne signifie pas officiel

USDT n’est pas un billet de la Réserve fédérale.

Ce n’est pas un dépôt à la Banque d’Algérie.

Ce n’est pas un dollar placé sur un compte bancaire américain au nom de l’utilisateur.

Le token dépend de son émetteur, de ses réserves, de son infrastructure et des réseaux blockchain utilisés.

Même sans interdiction algérienne, il faudrait donc expliquer ces risques.

L’interdiction ajoute un risque supplémentaire

Risque stablecoin.

Risque plateforme.

Risque wallet.

Risque contrepartie.

Et désormais risque juridique national.

C’est un empilement important.

Une personne peut réussir techniquement une transaction qui reste juridiquement interdite.

Le P2P peut masquer la nature de la transaction au premier regard

Imaginons deux utilisateurs.

L’acheteur transfère 100 000 DA par un système traditionnel.

Le vendeur envoie ensuite USDT sur blockchain.

Pour le système bancaire, la première étape peut ressembler à un simple transfert entre particuliers.

Pour les deux personnes, il s’agit d’une vente d’actifs virtuels.

C’est ce décalage qui rend le P2P difficile à détecter.

Les lignes directrices 2025 ciblent précisément ce problème

La Banque d’Algérie ne demande plus uniquement aux institutions de bloquer les noms d’exchanges connus.

Elle veut renforcer les systèmes de contrôle interne, la surveillance et la capacité à reconnaître des indicateurs associés aux actifs virtuels.

Cela peut conduire à davantage d’examens sur des mouvements inhabituels.

Volume.

Fréquence.

Contreparties.

Flux incompatibles avec le profil du client.

L’objectif est de reconstruire indirectement ce que le paiement ne dit pas explicitement.

Cela crée aussi un risque de faux positifs

Un transfert entre particuliers n’est pas automatiquement crypto.

Un jeune peut envoyer de l’argent à son frère.

Un client peut payer un vendeur.

Une personne peut rembourser une dette.

Un système de détection trop agressif peut confondre activité normale et activité interdite.

C’est l’un des défis classiques du monitoring financier.

La qualité des modèles compte.

Le marché parallèle ne se limite pas aux cryptomonnaies

C’est un point économique essentiel.

L’Algérie possède depuis longtemps une économie informelle importante.

Les crypto-actifs ne créent donc pas de zéro la logique du marché parallèle.

Ils lui ajoutent une couche numérique mondiale.

L’argent informel auparavant échangé physiquement peut désormais rencontrer un token transférable mondialement.

Voilà ce qui rend la crypto particulièrement sensible pour une politique de change.

Une seed phrase traverse mieux une frontière qu’un billet

Un billet doit être transporté.

Une grosse somme de cash peut être détectée.

Un wallet peut être restauré à partir d’une phrase de récupération.

La valeur enregistrée sur blockchain ne se trouve pas physiquement dans le téléphone.

Elle existe dans l’état du réseau.

Ce fonctionnement modifie la logique du contrôle des capitaux.

L’Algérie répond en contrôlant principalement les points de conversion.

La blockchain reste cependant traçable

L’idée selon laquelle Bitcoin permettrait de disparaître complètement du radar est fausse.

Bitcoin possède un registre public.

Ethereum aussi.

Tron aussi.

Une transaction USDT sur Tron laisse une trace.

Lorsqu’une adresse peut être reliée à un exchange ou à une identité, l’analyse historique devient possible.

C’est précisément pour cela que les autorités investissent dans les outils de traçage.

La self-custody rend l’identification plus difficile, pas la transaction invisible

Un wallet personnel n’affiche pas nécessairement un nom.

Mais l’adresse existe.

Les entrées et sorties existent.

Le montant existe.

Le timestamp existe.

Les connexions avec d’autres wallets existent.

Le problème consiste à relier ces éléments à des personnes.

C’est là que le KYC des exchanges et les données bancaires deviennent importantes.

Les plateformes centralisées représentent donc une faiblesse pour l’utilisateur clandestin

Le rapport algérien estime que 67 % des valeurs passent par CeFi.

Une plateforme centralisée peut être contrainte par une autorité étrangère.

Elle possède des données.

Elle peut bloquer un compte.

Elle peut répondre à une demande judiciaire conforme à son droit.

La crypto « sur Binance » n’offre donc pas le même niveau d’autonomie qu’un wallet personnel.

Et pourtant, la plateforme simplifie énormément l’usage

C’est pourquoi elle reste populaire.

Pas besoin de comprendre le fonctionnement d’un nœud.

Pas besoin d’interagir directement avec un protocole.

L’utilisateur voit :

acheter ;

vendre ;

USDT ;

BTC ;

solde.

L’expérience ressemble presque à une application financière classique.

C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles l’interdiction ne suffit pas à supprimer la demande.

L’Algérie est désormais 33e dans le classement TRM

L’indice TRM 2025 place l’Algérie au 33e rang mondial, après l’Égypte et le Maroc parmi les grands marchés nord-africains.

Ce classement n’est pas une statistique officielle d’utilisateurs.

TRM combine notamment données on-chain et signaux d’activité web, ajustés selon les conditions économiques.

Il faut le lire comme un indicateur.

Pas comme un recensement.

Le classement reste néanmoins remarquable

Un pays où :

achat interdit ;

vente interdite ;

possession interdite ;

mining interdit ;

promotion interdite ;

exchanges interdits ;

figure encore parmi les 35 premiers marchés de l’indice mondial.

Cela dit quelque chose.

La demande ne dépend pas uniquement du droit.

Elle dépend de l’utilité perçue.

Le contraste avec le Nigeria est instructif

Au Nigeria, les stablecoins ont pris une place massive dans les paiements et les flux transfrontaliers. Bref Crypto a documenté comment le Nigeria concentre une part considérable des flux stablecoins d’Afrique subsaharienne.

L’Algérie n’est pas le Nigeria.

Pas la même monnaie.

Pas la même structure bancaire.

Pas le même cadre légal.

Pas le même marché.

Mais les deux montrent que USDT ne sert plus uniquement à acheter des memecoins.

Il devient parfois une infrastructure monétaire parallèle.

C’est probablement pourquoi l’Algérie cible aussi la promotion

Une fois qu’un stablecoin devient outil pratique, le marché peut croître par recommandation.

Influenceurs.

Telegram.

Groupes Facebook.

WhatsApp.

Tutoriels.

Formations.

La promotion transforme une niche technique en produit grand public.

En visant cette étape, la loi cherche aussi à empêcher la diffusion sociale.

Le paiement local, lui, devient de plus en plus numérique sans crypto

Il serait faux de raconter que les Algériens se tournent vers Bitcoin parce qu’aucune solution de paiement numérique n’existe.

Le système officiel progresse rapidement.

Edahabia.

CIB.

BaridiMob.

Paiement mobile.

Internet.

TPE.

QR code.

Les chiffres confirment cette transformation.

Plus de 10 millions de paiements TPE en 2025

Le GIE Monétique indique 10 093 847 transactions de paiement de proximité sur TPE en 2025.

Valeur :

89,54 milliards DA.

En 2024, le volume n’était que de 5,58 millions d’opérations pour 44,56 milliards DA.

Le nombre a pratiquement doublé.

La valeur aussi.

Le paiement électronique s’installe progressivement

Le phénomène est plus large.

Le GIE Monétique souligne la croissance continue des paiements en ligne depuis 2020, renforcée par l’intégration progressive des services publics, inscriptions scolaires et universitaires, impôts et programmes immobiliers dans les paiements internet.

La finance algérienne n’est donc pas anti-numérique.

Elle est anti-actifs virtuels privés.

La nuance est capitale.

BaridiMob remplit déjà de nombreux usages domestiques

Algérie Poste permet via BaridiMob de consulter ses comptes, effectuer des virements et gérer la carte Edahabia.

Les plafonds ont même été relevés : les virements de compte à compte peuvent atteindre 200 000 DA et certains paiements QR jusqu’à 500 000 DA.

Pour payer localement, Bitcoin doit donc affronter un système qui devient de plus en plus pratique.

L’avantage crypto se déplace vers l’international

C’est ici que revient USDT.

Local :

dinar + BaridiMob + CIB + Edahabia.

International :

plus de frictions.

Accès aux devises.

Restrictions.

Paiements étrangers.

Trading mondial.

USDT peut techniquement relier ces mondes.

C’est précisément l’usage que la réglementation cherche à empêcher.

L’Algérie ouvre aussi son marché aux nouveaux PSP

En avril 2025, la Banque d’Algérie a créé un cadre réglementaire destiné aux prestataires de services de paiement.

Des instructions détaillées ont suivi en mai et août 2025.

Le pays veut donc davantage de fintech.

Mais des fintechs en dinars et dans le système réglementé.

Pas des exchanges de stablecoins.

Djezzy Payment Services illustre cette ouverture sélective

La Banque d’Algérie a autorisé Djezzy Payment Services, filiale d’Optimum Telecom Algérie, à se constituer comme PSP.

Le communiqué explique que ces nouveaux intermédiaires doivent diversifier les moyens de paiement et renforcer l’inclusion financière.

La philosophie apparaît clairement.

Plus de paiement numérique.

Plus de concurrence fintech.

Plus d’inclusion.

Mais sous contrôle monétaire.

L’Algérie ne rejette donc pas la fintech

C’est une erreur éditoriale fréquente.

Crypto interdite ≠ innovation numérique interdite.

Banques digitales.

PSP.

Paiement mobile.

Openings réglementaires.

Comité national des paiements.

Monnaie numérique de banque centrale.

La modernisation est réelle.

Elle suit simplement un modèle centralisé et souverain.

Le contraste avec la crypto est presque idéologique

Dans le système officiel :

l’émetteur est identifiable ;

le compte est identifiable ;

la monnaie est le dinar ;

le prestataire est agréé ;

le régulateur peut intervenir ;

le paiement peut être bloqué.

Dans Bitcoin :

pas d’émetteur ;

pas de banque centrale ;

wallet personnel possible ;

transfert mondial ;

règlement irréversible.

Les architectures sont presque opposées.

La vraie bataille n’est donc pas numérique contre analogique

Les deux côtés sont numériques.

Un dinar dans BaridiMob est numérique.

USDT est numérique.

Bitcoin est numérique.

Le débat concerne davantage :

qui émet ?

qui contrôle ?

qui peut bloquer ?

quelle monnaie sert d’unité de compte ?

quelle juridiction supervise ?

où vont les données ?

La technologie n’est qu’une partie de l’histoire.

Dinar numérique : Alger préfère sa propre monnaie programmable

L’Algérie réserve enfin un paradoxe supplémentaire. Elle interdit les actifs virtuels privés tout en inscrivant dans sa propre réforme bancaire la possibilité d’une monnaie numérique de banque centrale. Cette logique n’est d’ailleurs pas propre à Alger : le débat entre CBDC et stablecoins traverse déjà plusieurs pays que Bref Crypto suit, alors que les banques africaines elles-mêmes commencent à entrer dans l’univers des stablecoins institutionnels.

La loi bancaire reconnaît désormais la MNBC

La nouvelle loi monétaire et bancaire n°23-09 a modernisé l’architecture financière algérienne.

Le gouverneur de la Banque d’Algérie rappelait en 2025 que le texte avait introduit plusieurs nouveaux acteurs et concepts :

PSP ;

banques digitales ;

banques islamiques ;

banques d’affaires ;

et monnaie numérique de banque centrale.

Ce dernier élément mérite une attention particulière.

Introduire le concept ne signifie pas lancer un e-dinar

Il n’existe pas, au 25 septembre 2026, de dinar numérique retail officiellement disponible au public dans les sources de la Banque d’Algérie consultées.

Pas d’application nationale e-DZD.

Pas de calendrier officiel de lancement grand public trouvé.

Pas d’annonce selon laquelle le cash serait remplacé.

Le cadre juridique ouvre la porte.

Il ne prouve pas que le produit existe.

La différence avec Bitcoin est totale

Une CBDC est numérique.

Cela ne la rend pas décentralisée.

Dans un dinar numérique :

l’émetteur reste la Banque d’Algérie ;

l’unité reste le dinar ;

la politique monétaire reste algérienne ;

la valeur n’est pas déterminée par un marché BTC/USD ;

les règles d’utilisation peuvent être définies par les autorités.

Bitcoin fonctionne exactement à l’inverse.

Pas d’émetteur central.

Offre déterminée par protocole.

Réseau mondial.

Self-custody.

C’est même pour cela que la loi peut interdire l’un sans interdire l’autre

La définition 2025 des actifs virtuels exclut les valeurs numériques correspondant aux monnaies fiduciaires.

Un éventuel dinar numérique ne serait donc pas juridiquement assimilé à USDT ou Bitcoin.

La distinction est intentionnelle.

L’État ne rejette pas la monnaie numérique.

Il rejette la monnaie numérique privée non reconnue.

Algérie Poste montre déjà à quoi ressemble l’argent numérique centralisé

La majorité des utilisateurs n’a pas besoin d’une blockchain pour disposer d’un solde numérique.

Compte CCP.

BaridiMob.

Edahabia.

Virement.

Paiement QR.

Le consommateur utilise déjà une monnaie sous forme électronique.

La CBDC irait plus loin juridiquement, puisqu’elle représenterait potentiellement une créance directe ou une forme numérique de monnaie de Banque centrale selon son architecture.

Mais l’expérience visuelle pourrait être assez similaire.

Une CBDC doit donc prouver son utilité

Pourquoi lancer un nouveau wallet si BaridiMob existe ?

Pourquoi un Algérien téléchargerait-il une autre application ?

La réponse doit dépasser :

« parce que c’est une monnaie numérique ».

L’argent algérien est déjà largement numérique.

Une CBDC doit résoudre un autre problème.

Le règlement interbancaire peut être un meilleur candidat

Une CBDC de gros pourrait servir :

aux banques ;

aux institutions ;

au règlement de titres ;

aux opérations entre établissements ;

aux paiements transfrontaliers futurs.

Le citoyen pourrait ne jamais voir directement l’infrastructure.

Ce modèle est beaucoup moins médiatique.

Il peut être financièrement plus pertinent.

L’inclusion financière reste un autre argument

Un e-dinar pourrait éventuellement permettre de créer des wallets accessibles sans compte bancaire traditionnel.

Le pays développe déjà les PSP pour une raison similaire.

Il faut néanmoins éviter de présenter la CBDC comme seule voie possible.

Un PSP classique peut déjà offrir des comptes ou moyens de paiement numériques dans un cadre réglementé.

La technologie CBDC n’est pas indispensable à l’inclusion.

Le gouvernement vient justement de créer un Comité national des paiements

En mai 2026, la Banque d’Algérie a adopté le règlement portant organisation et fonctionnement du Comité National des Paiements.

Ce type d’institution compte davantage qu’il n’y paraît.

Paiements instantanés.

Interopérabilité.

Nouveaux prestataires.

Cartes.

Mobile.

Sécurité.

Infrastructure.

Le pays construit progressivement un écosystème où plusieurs acteurs peuvent moderniser les paiements sans utiliser de crypto publique.

Le modèle algérien ressemble à une réponse souverainiste aux stablecoins

USDT dit :

utilisez le dollar sur blockchain.

Le futur e-dinar dirait :

utilisez le dinar sous une nouvelle forme numérique.

Les deux peuvent être rapides.

Les deux peuvent être accessibles sur smartphone.

Mais l’un déplace potentiellement l’unité monétaire vers le dollar.

L’autre la maintient en DZD.

Pour une banque centrale, cette différence dépasse largement la technologie.

Un stablecoin dollar représente une forme de concurrence monétaire

Le mot peut sembler excessif tant que les volumes sont faibles.

Avec 1,74 million d’utilisateurs estimés, il devient moins abstrait.

Si une part croissante de la population commence à :

épargner en USDT ;

facturer en USDT ;

comparer les prix en USDT ;

payer internationalement en USDT ;

le dollar acquiert une présence numérique supplémentaire dans l’économie.

Le BNA n’a pas besoin d’attendre que le phénomène devienne systémique pour s’en préoccuper.

Les 9,7 milliards $ expliquent donc beaucoup de choses

La chronologie prend tout son sens.

2018 : interdiction initiale.

2024 : adoption estimée déjà élevée.

2025 : évaluation des risques.

Juillet 2025 : criminalisation explicite.

Septembre : blocage bancaire renforcé.

Novembre : lignes directrices opérationnelles.

2026 : sortie de la liste grise du GAFI.

Il ne s’agit pas d’une série de décisions isolées.

C’est une stratégie.

L’Algérie accepte l’innovation lorsqu’elle reste dans l’architecture monétaire

PSP.

Banques digitales.

Paiements électroniques.

MNBC.

Droit de change modernisé.

Cartes internationales dans le cadre prévu.

Tout cela montre une ouverture technologique.

L’interdiction crypto ne repose donc pas sur une hostilité générale à Internet ou au numérique.

Elle repose davantage sur le contrôle de la monnaie, des capitaux et des intermédiaires.

Bitcoin pose précisément le problème inverse

Bitcoin permet de conserver la valeur sans intermédiaire local.

Le réseau ne peut pas être fermé par la Banque d’Algérie.

Un utilisateur peut générer une adresse sans agrément.

Le consensus se produit mondialement.

C’est une architecture difficile à intégrer à un modèle monétaire fondé sur le contrôle des flux de change.

Le conflit est presque structurel.

Cela ne signifie pas que Bitcoin est incontrôlable dans tous les sens

La monnaie fiat reste le point faible.

Acheter.

Vendre.

Payer les dépenses du quotidien.

Justifier les fonds.

La plupart des utilisateurs doivent à un moment ou un autre revenir vers le système bancaire ou de paiement.

Voilà où l’État concentre son action.

USDT pose une difficulté encore plus directe

Bitcoin ne promet pas d’être un dollar.

USDT, oui.

C’est pourquoi le stablecoin peut être plus problématique pour les politiques de change qu’un actif très volatil détenu principalement à titre spéculatif.

Le propre rapport de risque algérien le montre : Tether domine les usages en nombre d’utilisateurs.

Cette information est peut-être plus importante que tout le débat sur le prix de Bitcoin.

L’interdiction peut-elle réellement réduire l’adoption ?

Impossible de répondre avec certitude aujourd’hui.

La loi pénale renforcée n’a qu’un peu plus d’un an.

Les données de marché disponibles reflètent en grande partie une période antérieure ou les premiers mois de son application.

Il faudra comparer plusieurs années.

Nombre estimé d’utilisateurs.

Valeur on-chain.

Accès aux exchanges.

P2P.

Enforcement.

Flux bancaires bloqués.

Les premiers signaux montrent surtout une tension

D’un côté, la Banque d’Algérie bloque davantage.

De l’autre, TRM voit toujours l’Algérie parmi les marchés d’adoption significative en 2025.

Le rapport national lui-même reconnaît l’ampleur du phénomène.

Cela ne prouve pas que l’interdiction échoue.

Cela montre qu’elle doit affronter un marché déjà installé.

L’expérience mondiale suggère plusieurs issues possibles

Première possibilité :

l’enforcement devient suffisamment efficace pour réduire fortement l’activité.

Deuxième :

l’activité migre vers P2P et self-custody.

Troisième :

les utilisateurs se déplacent vers des services offshore plus opaques.

Quatrième :

la législation évolue un jour vers une régulation partielle.

Cinquième :

le développement des paiements officiels réduit naturellement la demande pour certains usages crypto.

Il est trop tôt pour choisir un scénario.

L’Algérie pourrait-elle faire comme le Maroc ?

Le contraste régional sera particulièrement intéressant.

Le Maroc, autre grand marché crypto nord-africain, a progressivement travaillé vers un cadre réglementaire différent après avoir connu une interdiction.

L’Algérie vient, elle, de renforcer sa prohibition en 2025.

Les deux voisins partent donc dans des directions différentes alors que TRM et Chainalysis montrent une demande significative des deux côtés.

Le Ghana offre une troisième voie

Le Ghana a explicitement choisi de réglementer plutôt que d’interdire.

Les autorités y argumentent que l’intégration du secteur dans le périmètre réglementaire améliore la visibilité sur les VASP.

Alger considère au contraire que la meilleure protection consiste à empêcher leur activité.

Ces expériences africaines fourniront un comparatif particulièrement utile d’ici quelques années.

Les risques de fraude ne disparaissent pas avec l’interdiction

C’est même l’un des principaux problèmes.

Lorsqu’une activité devient clandestine, l’utilisateur ne peut plus facilement se tourner vers :

un régulateur crypto ;

un exchange local licencié ;

un mécanisme officiel de plainte.

Cela peut augmenter sa vulnérabilité face à certains escrocs.

Faux USDT.

Fausse plateforme.

Ponzi.

Faux vendeur P2P.

Faux support.

Seed phrase volée.

L’interdiction crée un risque juridique.

Elle ne remplace pas les risques techniques et criminels.

Les victimes peuvent même hésiter à signaler une fraude

Imaginez une personne qui achète illégalement de l’USDT et se fait escroquer.

Pour porter plainte, elle doit potentiellement expliquer une activité elle-même interdite.

Cela peut décourager certaines victimes.

Ce mécanisme existe dans de nombreux marchés clandestins.

Il ne signifie pas qu’aucun recours n’est possible.

Il complique simplement la relation avec l’autorité.

Le faux conseiller crypto devient particulièrement dangereux

Un escroc peut dire :

« Je peux acheter à votre place puisque vous ne pouvez pas utiliser Binance directement. »

La victime envoie des dinars.

L’escroc disparaît.

L’interdiction lui fournit même un argument marketing.

Même logique avec les faux brokers prétendant disposer de canaux secrets.

Un VPN ne rend rien légal

Le point mérite d’être écrit clairement.

Changer son adresse IP n’altère pas la loi algérienne.

Utiliser un VPN pour accéder techniquement à un service ne transforme pas une activité interdite en activité autorisée.

L’accessibilité technique et la légalité sont deux notions différentes.

Posséder les clés ne supprime pas non plus la loi

Même logique avec un hardware wallet.

Une clé privée peut permettre une self-custody réelle.

Elle ne crée pas d’exemption à l’article 6 bis.

Le débat technique « not your keys, not your coins » reste pertinent pour la conservation.

Il ne constitue pas un conseil juridique.

Peut-on posséder Bitcoin en Algérie ?

Sous le cadre actuel, la détention d’actifs virtuels est explicitement interdite.

La loi 25-10 est beaucoup plus claire que plusieurs législations africaines sur ce point.

Peut-on acheter Bitcoin ?

Non dans le cadre légal actuel.

L’achat figure directement parmi les activités visées.

Peut-on vendre Bitcoin ?

Même réponse.

La vente est interdite.

Peut-on miner Bitcoin ?

Non.

La loi inclut explicitement les activités liées au minage.

Peut-on posséder USDT ?

USDT entre dans la catégorie des actifs virtuels visés par l’interdiction.

Le rapport national le cite d’ailleurs explicitement parmi les actifs les plus utilisés.

Peut-on utiliser Binance ?

Le fait qu’une plateforme étrangère soit techniquement accessible ne constitue pas une autorisation.

La réglementation bancaire algérienne exige même le blocage des opérations liées à des VASP établis hors du territoire national.

Binance peut-il demander une licence algérienne ?

Le cadre actuel n’est pas organisé comme un régime de licence VASP permettant simplement à une plateforme crypto de solliciter un agrément et d’ouvrir.

L’activité d’exploitation d’une plateforme d’échange d’actifs virtuels est interdite par la loi.

Peut-on payer un commerçant en Bitcoin ?

L’utilisation d’actifs virtuels comme moyen de paiement entre dans l’interdiction.

Bitcoin n’a par ailleurs pas cours légal.

Un commerçant peut-il accepter volontairement USDT ?

L’accord entre les parties ne supprime pas l’article 6 bis.

Contrairement à des juridictions où une crypto non légale peut néanmoins être acceptée volontairement, la loi algérienne interdit explicitement l’usage des actifs virtuels comme moyen de paiement.

Peut-on promouvoir Bitcoin sur les réseaux sociaux ?

La loi vise la promotion des actifs virtuels.

Le périmètre exact d’une publication journalistique, pédagogique ou commerciale dépendra de son contenu et de son contexte.

Une publicité encourageant directement l’achat expose naturellement davantage qu’une analyse académique de la technologie.

Un média peut-il parler de Bitcoin ?

L’existence d’une interdiction de promotion ne signifie pas que le sujet lui-même disparaît de l’information.

Les médias algériens, la Banque d’Algérie et même les organismes publics parlent régulièrement des actifs virtuels.

La distinction pertinente reste celle entre information et promotion.

Peut-on recevoir son salaire en USDT depuis l’étranger ?

Techniquement, un wallet peut recevoir les tokens.

Juridiquement, la détention et l’utilisation d’actifs virtuels sont interdites.

Le paiement d’une rémunération pose en plus des questions fiscales, sociales et de change.

Peut-on envoyer de l’argent à l’étranger avec USDT ?

La blockchain le permet techniquement.

Cela n’annule ni l’interdiction des actifs virtuels ni les règles algériennes relatives aux mouvements de capitaux et aux devises.

Pourquoi autant d’Algériens utilisent-ils USDT alors ?

Il n’existe probablement pas une seule réponse.

Accès au dollar numérique.

Trading.

Paiement de services internationaux.

Transfert.

Épargne.

Activités Web3.

P2P.

Le rapport officiel ne permet pas d’attribuer précisément quelle part correspond à chaque usage.

Il confirme seulement la forte diffusion de Tether.

Les gains crypto sont-ils taxés ?

La question devient particulière puisque l’activité elle-même est interdite.

Il serait trompeur de présenter un régime fiscal crypto normal comparable à celui d’un pays où le trading est légalement reconnu.

Une personne confrontée à un cas concret doit considérer à la fois le droit pénal, fiscal et des changes.

Le dinar numérique est-il déjà disponible ?

Non.

La loi bancaire a introduit la notion de monnaie numérique de Banque centrale et la Banque d’Algérie reconnaît cette évolution dans sa stratégie de modernisation.

Aucun e-dinar grand public n’a toutefois été officiellement lancé dans les sources consultées au 25 septembre 2026.

Un dinar numérique serait-il une cryptomonnaie interdite ?

Non dans le sens juridique retenu actuellement.

La loi exclut précisément les représentations numériques de monnaies fiduciaires de la catégorie d’actifs virtuels visée par l’interdiction.

Une CBDC pourrait-elle remplacer USDT ?

Pas pour tous les usages.

Un e-dinar représenterait le DZD.

USDT représente une valeur visant à suivre l’USD.

Une personne recherchant spécifiquement une exposition au dollar ne trouve donc pas la même chose.

En revanche, une bonne CBDC pourrait concurrencer certains usages purement domestiques.

Mais BaridiMob ne le fait-il pas déjà ?

En grande partie, oui.

BaridiMob permet déjà des transferts et opérations numériques en dinars.

C’est précisément pourquoi une future CBDC devra apporter une fonction supplémentaire pour être réellement utile.

L’Algérie pourrait-elle lever l’interdiction un jour ?

Aucun élément officiel actuel ne permet de l’affirmer.

Les derniers développements vont même dans le sens inverse.

Loi 25-10.

Blocage automatique.

Lignes directrices bancaires.

Évaluation des risques.

Le scénario d’une légalisation prochaine n’est donc pas étayé en septembre 2026.

Ce qui peut changer, c’est le contexte international

Stablecoins réglementés.

Tokenized deposits.

CBDC.

Crypto institutionnelle.

MiCA en Europe.

Cadres VASP africains.

L’environnement mondial évolue rapidement.

L’Algérie devra continuer à réévaluer les effets de son propre dispositif.

Cela ne signifie pas qu’elle changera d’avis.

Le marché de 9,7 milliards $ rend cette évaluation inévitable

C’est le chiffre qui revient toujours.

On peut interdire un phénomène marginal et l’oublier.

Beaucoup plus difficile lorsqu’il atteint plusieurs milliards de dollars et plus d’un million d’utilisateurs.

Les autorités l’ont d’ailleurs compris.

Elles ne se contentent plus d’un article de loi.

Elles mesurent.

Analysent.

Forment.

Bloquaient.

Déclarent.

Conclusion

La crypto en Algérie n’est plus dans une zone grise juridique.

La situation est beaucoup plus nette qu’en 2018.

À l’époque, l’article 117 de la loi de finances interdisait déjà l’achat, la vente, l’utilisation et la détention de monnaies virtuelles.

Le texte était court.

L’écosystème aussi.

Bitcoin représentait encore l’essentiel de l’imaginaire crypto.

USDT n’avait pas encore atteint son poids actuel.

La DeFi était embryonnaire.

Les stablecoins n’étaient pas devenus des rails de paiement mondiaux.

Sept ans plus tard, le marché n’a plus rien à voir.

Et l’Algérie a donc réécrit sa réponse.

La loi n°25-10 du 24 juillet 2025 ne laisse presque aucune place au doute.

Émettre : interdit.

Acheter : interdit.

Vendre : interdit.

Détenir : interdit.

Utiliser : interdit.

Trader : interdit.

Promouvoir : interdit.

Exploiter une plateforme : interdit.

Miner : interdit.

Les sanctions atteignent jusqu’à un an de prison et un million de dinars d’amende.

Puis les banques ont reçu une deuxième mission : empêcher ces opérations d’entrer dans le système financier.

Le règlement de septembre 2025 impose le blocage immédiat des transactions liées aux actifs virtuels et VASP, y compris étrangers, ainsi que leur signalement à la CTRF.

Difficile d’imaginer une ligne réglementaire plus claire.

Et pourtant, les chiffres racontent une deuxième histoire.

1,74 million d’utilisateurs.

9,7 milliards de dollars de valeur reçue.

Plus de 4 % du PIB en valeur transactionnelle estimée.

USDT en tête par nombre d’utilisateurs.

Bitcoin en tête en valeur.

TRM Labs place encore l’Algérie au 33e rang mondial de son indice d’adoption 2025.

L’interdiction n’a donc pas fait disparaître le phénomène avant son durcissement.

Elle l’a confronté à un autre environnement.

Moins de visibilité institutionnelle.

Pas d’exchanges locaux licenciés.

Plus de risque juridique.

Plus de surveillance bancaire.

Davantage de dépendance aux plateformes étrangères, au P2P ou aux infrastructures que les autorités cherchent précisément à identifier.

Le chiffre le plus révélateur reste probablement USDT.

Si Bitcoin dominait seul le marché, on pourrait raconter une histoire principalement spéculative.

Le succès du stablecoin dollar suggère une problématique plus profonde.

Le dinar.

Les devises.

Les paiements internationaux.

L’accès au dollar.

Le commerce numérique.

Les transferts.

Autrement dit : de la monnaie.

L’Algérie l’a très bien compris.

C’est précisément pourquoi le pays modernise simultanément sa finance officielle.

Le droit de change touristique a été porté à 750 euros.

Le paiement électronique progresse.

Les paiements TPE ont pratiquement doublé en 2025.

De nouveaux PSP entrent dans le système.

Djezzy prépare sa propre entité de paiement.

Le Comité national des paiements a été créé.

Les banques digitales disposent désormais d’un cadre.

Et la notion de monnaie numérique de Banque centrale est inscrite dans la nouvelle architecture bancaire.

Voilà le modèle algérien.

Pas moins de numérique.

Plus de numérique, mais autour du dinar et des institutions agréées.

C’est très différent.

Cette stratégie peut réussir sur les paiements domestiques.

BaridiMob, Edahabia, CIB et les futurs PSP peuvent rendre le système local suffisamment pratique pour que la crypto apporte peu de valeur au quotidien.

Le problème devient plus compliqué lorsque l’utilisateur veut sortir du dinar.

Là, USDT conserve une propriété qu’aucune application de paiement domestique ne peut reproduire facilement : il circule mondialement sous une unité indexée sur le dollar.

C’est ce point de friction qui déterminera probablement l’avenir.

Le pays peut renforcer le contrôle.

Le réseau bancaire peut bloquer.

Les enquêteurs peuvent apprendre la blockchain.

Les plateformes peuvent devenir plus difficiles d’accès.

Mais la demande économique pour certaines fonctions peut rester.

Le succès ou l’échec de l’interdiction ne dépendra donc pas uniquement du nombre d’arrestations.

Il faudra regarder si le système officiel répond mieux aux raisons qui poussent les utilisateurs vers les actifs virtuels.

Accès aux devises.

Paiements internationaux.

Services numériques.

Investissement.

Transferts.

Si ces besoins trouvent des solutions conformes et abordables, une partie de la demande crypto peut diminuer naturellement.

S’ils restent difficiles, la technologie continuera probablement à exercer une attraction, même sous forte contrainte.

La sortie de l’Algérie de la liste grise du GAFI en juin 2026 donne par ailleurs au gouvernement un argument pour maintenir son approche. Le pays a renforcé son arsenal AML, ses mécanismes de surveillance, ses bénéficiaires effectifs, ses déclarations de soupçon et ses sanctions financières ciblées, suffisamment pour convaincre le GAFI de mettre fin à la surveillance renforcée.

La crypto fait désormais partie de cette architecture de contrôle.

Voilà ce qui rend le cas algérien beaucoup plus intéressant en 2026 qu’en 2018.

À l’époque, Alger interdisait un phénomène émergent.

Aujourd’hui, il interdit un marché qu’il estime lui-même à près de 10 milliards de dollars.

Ce n’est plus la même bataille.

Et c’est précisément ce qui distingue l’Algérie des pays qui ont choisi d’ouvrir une porte réglementaire. Ailleurs en Afrique, des gouvernements préfèrent désormais construire des règles crypto plutôt que laisser l’activité hors de leur contrôle.

Alger, lui, a choisi de fermer cette porte.

Le véritable test commence maintenant : voir si elle peut rester fermée face à une infrastructure financière mondiale qui, elle, ne s’arrête pas à la frontière.

Sources principales

Le cadre juridique repose en priorité sur la loi n°25-10 du 24 juillet 2025, référencée officiellement par la Cellule de traitement du renseignement financier et le ministère algérien de la Justice.

La portée de l’interdiction, incluant émission, achat, vente, utilisation, détention, commerce, promotion, plateformes et minage, est tirée de l’article 6 bis publié au Journal officiel n°48.

Les règles imposées aux banques et services financiers d’Algérie Poste reposent sur les textes et lignes directrices publiés par la Banque d’Algérie en 2025 concernant l’identification, le blocage et l’interdiction des opérations liées aux actifs virtuels.

L’estimation de 1,74 million d’utilisateurs et 9,7 milliards $ de valeur reçue provient du rapport officiel d’évaluation des risques BC/FT liés aux actifs virtuels publié par la Banque d’Algérie.

Le classement international d’adoption et la persistance des usages dans les pays nord-africains restrictifs reposent sur le rapport TRM Labs 2025 Crypto Adoption and Stablecoin Usage.

Les taux de change officiels utilisés correspondent aux cotations de la Banque d’Algérie au 24 septembre 2026.

Les chiffres des paiements électroniques proviennent du GIE Monétique, tandis que l’évolution du cadre PSP et la référence à la monnaie numérique de Banque centrale viennent directement de la Banque d’Algérie.

Enfin, le retrait de l’Algérie de la liste grise en juin 2026 est confirmé par le GAFI.

Sources citées3
BrefCrypto L’actualité crypto en Afrique et dans le monde
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Lydie Musekwa
Auteur

Lydie Musekwa

Lydie Musekwa, enseignante chercheuse passionnée par les nouvelles technologies, plonge dans l'univers des cryptomonnaies avec un regard analytique et innovant. Depuis sa découverte du bitcoin, son parcours s'est orienté vers une exploration exhaustive de la blockchain et de ses applications. Armée d'un esprit critique et d'une soif d'apprendre, elle s'attache à démystifier les concepts technologiques complexes pour ses lecteurs, tout en scrutant les dernières tendances et avancées. En tant que rédactrice, Lydie s'engage à partager des connaissances précises et à jour, faisant le pont entre le monde académique et la sphère digitale en constante évolution.