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Crypto Afrique : au Ghana, la régulation devient obligatoire

Le Ghana encadre plus de 3 millions d’utilisateurs crypto : licences, Travel Rule et supervision deviennent les piliers du nouveau régime des VASP.

Un portail réglementaire aux couleurs du Ghana contrôle l’accès des services crypto à un réseau blockchain
Le Ghana rend obligatoire l’identification et la supervision des prestataires de services sur actifs virtuels.

Plus de 3 millions de Ghanéens utilisent désormais des actifs virtuels et plus de 100 fournisseurs de services crypto ont déjà été recensés par les autorités. Dans sa position officielle remise en avant le 7 septembre, la Bank of Ghana confirme une ligne désormais claire : pas d’interdiction générale, mais exchanges, wallets, services de paiement et autres VASP ne pourront plus évoluer hors du périmètre réglementaire. Les cryptomonnaies, elles, ne deviennent pas pour autant monnaie légale.

Crypto Afrique : le Ghana préfère encadrer plutôt qu’interdire

Le document de politique publique présente trois options : interdire les actifs virtuels, maintenir un marché largement non réglementé ou construire un cadre spécifique. Accra retient la troisième. Bref Crypto avait déjà analysé ce choix après la publication des premiers chiffres sur les 3 millions d’utilisateurs.

Le raisonnement présenté dans la position officielle de la Bank of Ghana est assez pragmatique. Une interdiction risquerait de pousser l’activité vers des circuits informels, où le blanchiment, les fraudes et les abus seraient encore plus difficiles à surveiller. Le Ghana adopte donc une approche fondée sur les activités et les risques, plutôt qu’une réglementation identique pour tous les usages.

Un exchange, un service de conservation ou une entreprise spécialisée dans les paiements ne présente pas nécessairement le même profil de risque qu’un acteur de la tokenisation. Les exigences de licence pourront donc varier.

La Bank of Ghana insiste aussi sur une position rarement formulée aussi clairement : sa politique n’est « ni explicitement hostile ni explicitement favorable » aux actifs virtuels. L’objectif déclaré consiste plutôt à permettre une innovation responsable tout en protégeant la stabilité financière et les consommateurs.

Cette prudence compte. Le Ghana ne légalise pas Bitcoin comme monnaie. Les actifs virtuels restent non reconnus comme monnaie légale et ne sont généralement pas acceptés comme moyen de règlement officiel dans le pays.

Exchanges et wallets devront désormais être identifiables

Le marché n’est plus marginal. Lors de l’exercice d’enregistrement obligatoire lancé en juillet 2025, les autorités avaient identifié plus de 100 VASP, actifs dans les paiements, les échanges, les wallets, le courtage ou encore le conseil en investissement.

Depuis, le cadre est allé plus loin que le document de politique publique initialement daté de novembre 2025. La Bank of Ghana indique désormais que le Virtual Asset Service Providers Act, 2025 — Act 1154 constitue la base juridique de l’enregistrement, des licences et de la supervision du secteur. Un Virtual Assets Department a également été créé au sein de la banque centrale.

C’est un point important : la page publiée cette semaine remet en circulation la doctrine qui a préparé la réglementation, mais certaines de ses formulations sont désormais dépassées par les événements législatifs intervenus depuis.

La répartition prévue des compétences est relativement nette. La Bank of Ghana supervise notamment les paiements, la conservation et les activités susceptibles d’affecter le système monétaire. La Securities and Exchange Commission prend en charge l’émission, le trading et l’investissement. Le Financial Intelligence Centre intervient sur le blanchiment et le financement du terrorisme.

Le pays a déjà créé un comité réunissant plusieurs institutions pour coordonner cette surveillance.

Autre changement concret : la Bank of Ghana exige désormais l’enregistrement des VASP opérant dans le pays. Cette approche rejoint l’enregistrement obligatoire des entreprises crypto au Zimbabwe, même si les cadres nationaux restent différents.

La Travel Rule entre dans le modèle ghanéen

Le Ghana veut également appliquer la Travel Rule du GAFI aux transferts d’actifs virtuels.

Dans son document, la banque centrale demande aux VASP de collecter et transmettre les informations exactes sur l’expéditeur et le bénéficiaire des transactions concernées. L’objectif est de rapprocher la traçabilité réglementaire de la crypto de celle déjà imposée à une partie du système financier traditionnel.

Cette orientation peut peser directement sur les exchanges internationaux qui servent des clients ghanéens. Opérer depuis l’étranger ne signifie plus nécessairement pouvoir ignorer les obligations locales lorsqu’un service vise le marché du pays.

Accra ne veut toutefois pas réduire sa politique au contrôle. La banque centrale cite explicitement l’inclusion financière, l’efficacité des transferts d’argent et l’innovation parmi les bénéfices potentiels de la blockchain et des actifs virtuels. Elle prévoit aussi une initiative nationale d’éducation, NaVALI, destinée notamment à réduire les arnaques et améliorer la culture financière numérique.

Le contraste est intéressant avec la position ghanéenne d’il y a quelques années. En 2018 et 2022, la Bank of Ghana mettait surtout les institutions et le public en garde contre des actifs situés hors du cadre financier. En 2026, elle construit désormais les institutions chargées de les superviser.

Avec plus de 3 millions d’utilisateurs et une centaine de prestataires déjà identifiés, Accra semble avoir considéré qu’ignorer le marché présentait davantage de risques que de l’intégrer.

Le changement n’est donc pas que le Ghana devient « pro-crypto ». Il est plus précis : la crypto y passe progressivement d’un marché toléré mais largement extérieur au système financier à une activité officiellement identifiable, licenciable et surveillée.

À propos de l’auteur

Evan's Selemani

Evan's Selemani

J’ai plongé dans Bitcoin dès 2017, bien avant qu’il ne devienne un sujet grand public. Depuis, j’ai transformé cette immersion de terrain en expertise concrète : analyse des cycles de marché, compréhension fine des protocoles, décryptage des narratifs et des enjeux réglementaires. Rédacteur crypto et formateur sur le terrain, je traduis la complexité de la blockchain en contenus clairs, précis et stratégiques, pensés autant pour les investisseurs avertis que pour les nouveaux entrants.