Envoyer 200 dollars vers l’Afrique subsaharienne coûte encore 8,46 % en moyenne. Presque 17 dollars disparaissent donc en frais sur un transfert relativement modeste.
Les stablecoins commencent précisément à attaquer cette inefficacité.
Onafriq utilise déjà l’USDC dans certaines opérations de trésorerie transfrontalière. Mastercard vient de finaliser l’acquisition de BVNK. Visa veut étendre ses cartes liées aux stablecoins à plus de 100 pays.
L’Afrique ne remplace pas encore ses banques par la blockchain.
Elle commence plutôt à changer les tuyaux derrière les paiements.
Les stablecoins attaquent le coût des transferts
Le besoin apparaît déjà dans les chiffres de Standard Bank, qui traite des volumes gigantesques de paiements numériques et transfrontaliers en Afrique.
Pourtant, envoyer de l’argent d’un pays africain vers un autre peut toujours nécessiter plusieurs intermédiaires.
Prenons une entreprise kényane qui doit payer un fournisseur nigérian.
Le paiement peut passer par une banque locale, une banque correspondante, une conversion en dollar puis une nouvelle conversion dans la monnaie du bénéficiaire.
Chaque étape prend du temps.
Et souvent de l’argent.
Le problème devient encore plus visible sur les transferts de particuliers. Selon les dernières données de Remittance Prices Worldwide de la Banque mondiale, le coût moyen d’envoi de 200 dollars vers l’Afrique subsaharienne atteignait 8,46 % au troisième trimestre 2025.
L’Asie du Sud était à 5,30 %.
L’Amérique latine et les Caraïbes à 5,64 %.
L’Afrique subsaharienne reste donc la région la plus chère de ce tableau.
Les stablecoins offrent une autre mécanique.
Une société de paiement peut transformer temporairement une monnaie locale en USDC ou USDT, déplacer les tokens sur une blockchain puis reconvertir la somme dans la devise de destination.
L’utilisateur final n’a même pas nécessairement besoin de toucher à la crypto.
Il envoie des shillings.
Le bénéficiaire reçoit des nairas, des rands ou du mobile money.
Le stablecoin reste au milieu.
Cette nuance change presque tout.
Pendant longtemps, le récit crypto consistait à expliquer comment Bitcoin ou Ethereum pourraient remplacer les banques.
Dans les paiements africains, le scénario le plus crédible semble désormais plus discret : la blockchain devient une infrastructure utilisée par les banques et fintechs elles-mêmes.
Onafriq avance déjà dans cette direction.
Son partenariat avec Conduit permet notamment d’utiliser l’USDC pour alimenter certains comptes, gérer la trésorerie et accélérer des règlements qui pouvaient auparavant nécessiter plusieurs jours.
Le réseau Onafriq connecte des banques, fintechs et opérateurs mobile money à travers des milliers de corridors de paiement.
L’intérêt du stablecoin se trouve donc derrière l’application.
Pas nécessairement sur l’écran.
Visa et Mastercard ne sont plus au stade du test
Le mouvement devient plus sérieux lorsque les deux principaux réseaux mondiaux de cartes mettent plusieurs milliards et leur infrastructure derrière le sujet.
Mastercard a finalisé le 3 août 2026 l’acquisition de BVNK.
Le montant annoncé en mars pouvait atteindre 1,8 milliard de dollars, dont 300 millions conditionnels.
L’objectif est clair : connecter plus facilement monnaie traditionnelle, stablecoins et actifs tokenisés.
Mastercard cite désormais explicitement les paiements B2B transfrontaliers, les remittances, les versements, les règlements et la gestion de trésorerie parmi les usages réels des stablecoins.
Ce n’est plus exactement une expérience blockchain dans un laboratoire.
Visa avance en parallèle.
Son partenariat avec Bridge doit permettre de proposer des cartes adossées à des stablecoins dans plus de 100 pays d’ici la fin de 2026, contre 18 marchés au moment de l’annonce.
Afrique comprise.
Un utilisateur peut conserver un solde en stablecoin et payer chez un commerçant Visa.
Le commerçant reçoit de la monnaie fiduciaire.
Encore une fois, la blockchain disparaît de l’expérience visible.
Cette architecture ressemble beaucoup à ce que le stablecoin naira cNGN cherche déjà à développer sur Celo pour les paiements locaux et transfrontaliers.
Il existe pourtant une deuxième voie africaine.
PAPSS, le Pan-African Payment and Settlement System soutenu par Afreximbank, cherche à connecter directement les monnaies africaines entre elles.
L’idée est différente.
Les stablecoins en dollars utilisent l’USD comme pont liquide entre plusieurs monnaies.
PAPSS cherche au contraire à réduire le besoin de passer systématiquement par le dollar.
Les deux modèles peuvent cohabiter.
Sur certains corridors, un stablecoin dollar sera plus liquide.
Sur d’autres, un règlement direct entre monnaies africaines aura davantage de sens.
Ce qui compte est le résultat : moins d’intermédiaires, moins de capital immobilisé et des paiements plus rapides.
Le dernier kilomètre reste africain
Les stablecoins possèdent pourtant une faiblesse qu’aucun communiqué marketing ne peut supprimer.
Le bénéficiaire doit pouvoir utiliser l’argent.
Recevoir 500 USDC n’aide pas beaucoup un commerçant congolais si aucun service autour de lui ne lui permet de convertir ces tokens à un coût raisonnable.
Le dernier kilomètre reste donc local.
Banques.
Mobile money.
Agents.
Fintechs.
Cartes.
Liquidité dans la monnaie nationale.
Voilà pourquoi l’Afrique ne peut pas simplement importer une infrastructure stablecoin américaine et considérer le problème comme réglé.
Le continent rassemble 54 pays, plusieurs régimes de change et des dizaines de monnaies.
Les règles diffèrent également.
Certains États ouvrent leurs marchés crypto.
D’autres restent prudents.
Plusieurs imposent des licences, des règles anti-blanchiment ou des restrictions sur les mouvements de capitaux.
La réglementation ne disparaît pas lorsque l’argent arrive sur une blockchain.
Elle revient au moment où il faut transformer le token en monnaie locale.
Cette réalité est particulièrement importante lorsque l’on parle de fraude. Une arnaque à l’or au Kenya a par exemple récemment utilisé 431 000 USDT.
Le même outil qui permet un règlement international rapide peut aussi accélérer une transaction frauduleuse.
Les stablecoins ne sont ni intrinsèquement propres ni intrinsèquement criminels.
Ils rendent l’argent programmable et plus mobile.
Tout le reste dépend de l’infrastructure autour.
C’est pourquoi les investissements de Mastercard et Visa comptent autant.
Ces groupes ne construisent pas un monde parallèle aux banques.
Ils cherchent à relier la blockchain aux infrastructures réglementées existantes.
Et les chiffres montrent qu’il reste énormément de chemin.
Visa indique que ses cartes crypto et stablecoins avaient traité environ 5,2 milliards de dollars en 2025, en hausse de 319 %.
Cela représente pourtant seulement 0,04 % de ses 14 200 milliards de dollars de volume global.
Peut mieux faire.
Mais en Afrique, il n’est pas nécessaire de remplacer Visa ou les banques pour créer un marché gigantesque.
Faire passer un transfert de plusieurs jours à quelques minutes, réduire quelques points de frais et libérer une partie des capitaux aujourd’hui immobilisés dans des comptes de préfinancement serait déjà une transformation économique majeure.
Le futur des paiements africains sera probablement hybride.
Mobile money devant.
Stablecoins derrière.
Et beaucoup moins de friction entre les deux.
En bref
- Envoyer 200 dollars vers l’Afrique subsaharienne coûte encore 8,46 % en moyenne.
- Onafriq utilise déjà l’USDC dans certaines opérations de trésorerie et de paiement.
- Mastercard a finalisé l’acquisition de BVNK, annoncée pour un montant pouvant atteindre 1,8 milliard $.
- Visa veut étendre ses cartes liées aux stablecoins à plus de 100 pays.
- L’adoption dépendra surtout de l’intégration avec les banques, les monnaies locales et le mobile money.
