Andrew Cuomo hausse le ton sur le CLARITY Act. Pour l’ancien gouverneur de New York, le Congrès américain n’a plus vraiment le luxe de repousser le grand texte sur la régulation crypto.
Lors de la conférence SALT à Jackson Hole, le 18 août, Cuomo a estimé que la loi pouvait passer parce qu’elle « doit passer », jugeant les États-Unis déjà très en retard sur leurs concurrents. L’Europe, elle, applique pleinement MiCA depuis décembre 2024.
Son intervention n’est pas totalement extérieure au secteur. Cuomo siège désormais au conseil d’administration d’OKX et copréside la coentreprise lancée par l’exchange avec Intercontinental Exchange, propriétaire du New York Stock Exchange.
Le CLARITY Act devient une question de compétitivité
Cuomo reprend un argument désormais récurrent à Washington : sans règles fédérales suffisamment stables, les États-Unis risquent de regarder une partie de l’innovation financière partir ailleurs.
Le calendrier devient justement plus serré. Comme Bref Crypto l’expliquait récemment, une nouvelle étape parlementaire est attendue en septembre. Le Sénat reprendra officiellement ses travaux le 14 septembre après la pause estivale.
Le sénateur républicain Jim Risch va plus loin. Selon lui, le Sénat commencera le 15 septembre le processus visant à faire avancer le CLARITY Act.
Le texte n’arrive donc pas de nulle part. La Chambre des représentants l’avait adopté en juillet 2025. Puis, le 14 mai 2026, la commission bancaire du Sénat l’a fait avancer par 15 voix contre 9, avec un soutien bipartisan.
Son objectif touche au vieux casse-tête réglementaire américain : déterminer quels actifs numériques relèvent de la SEC et lesquels doivent davantage tomber sous la supervision de la CFTC. Pour une entreprise crypto, la différence est loin d’être théorique. Elle détermine les règles d’émission, de négociation et parfois même la viabilité d’un produit aux États-Unis.
L’Europe possède déjà MiCA, pleinement applicable depuis le 30 décembre 2024. Washington discute encore de son architecture définitive.
Peut mieux faire.
Cuomo défend aussi les intérêts d’une industrie
Il y a toutefois un élément à garder en tête lorsque Cuomo appelle Washington à accélérer.
L’ancien gouverneur de New York a rejoint en juillet le conseil d’administration d’OKX. Il copréside également la structure commune créée par OKX et Intercontinental Exchange, le groupe derrière le NYSE. Le projet cherche notamment à rapprocher marchés financiers traditionnels, actifs tokenisés et infrastructure on-chain.
Son plaidoyer pour le CLARITY Act rejoint donc directement les intérêts d’entreprises qui veulent opérer dans un environnement réglementaire plus prévisible.
Ce n’est d’ailleurs pas la première pression venue du secteur. Digital Currency Group avait déjà averti le Sénat que l’absence de cadre précis pouvait affaiblir la compétitivité américaine.
Cuomo avance un raisonnement assez simple : impossible de demander aux entreprises de respecter les règles du jeu lorsque ces règles restent mouvantes.
L’argument trouve un écho jusque chez les régulateurs. Le 18 août, le président de la SEC, Paul Atkins, a qualifié l’intervention du Congrès d’« indispensable » pour installer des règles suffisamment durables. Il a également réaffirmé le soutien de la SEC à l’adoption du CLARITY Act.
Le mot important est ici durables.
Une SEC favorable à la crypto peut aujourd’hui accorder des exemptions, modifier certaines interprétations et réduire la régulation par les poursuites judiciaires. Une nouvelle administration pourrait renverser une partie de ces décisions. Une loi votée par le Congrès est beaucoup plus difficile à défaire.
Septembre devient le rendez-vous décisif
Le CLARITY Act conserve pourtant plusieurs zones de friction politique.
Éthique, lutte contre le blanchiment, fraude, conflits d’intérêts et traitement des récompenses liées aux stablecoins restent parmi les sujets discutés. Certains démocrates réclament notamment davantage de garanties avant de soutenir définitivement l’architecture proposée.
Entre-temps, l’administration Trump avance par une autre voie. La SEC développe ses propres règles sur les actifs numériques tandis que la CFTC cherche également à étendre son cadre. Le blocage du CLARITY Act pousse déjà Washington à utiliser davantage les régulateurs.
Cela permet d’avancer. Cela ne remplace pas vraiment le Congrès.
Le 7 août, le chef de la majorité au Sénat, John Thune, a déposé une motion de clôture sur la procédure permettant d’examiner H.R. 3633. Le texte est donc juridiquement vivant et désormais placé sur une trajectoire parlementaire identifiable.
Cuomo dramatise peut-être le retard américain, mais son constat possède une base solide : l’Union européenne fonctionne déjà sous MiCA tandis que Washington cherche encore à verrouiller son modèle fédéral.
Le 15 septembre 2026 dira surtout si cette fois le Congrès transforme des mois de négociations en vote réel. Après plusieurs reports, le CLARITY Act n’a plus besoin d’une nouvelle déclaration de soutien. Il lui faut des voix.
En bref
- Andrew Cuomo demande au Congrès d’adopter rapidement le CLARITY Act.
- Le Sénat doit reprendre le processus autour du texte à partir du 15 septembre 2026.
- Paul Atkins estime lui aussi qu’une loi fédérale reste indispensable malgré les nouvelles initiatives réglementaires de la SEC.
