Depuis 2024, des voix de premier plan arrêtent de tourner autour du pot. David Marcus le dit frontalement. Bitcoin serait “la monnaie native” des agents IA. On retrouve cette idée sous plusieurs formes dans ses prises de parole publiques. Et en janvier 2026, Changpeng Zhao explique à Davos que la monnaie “native” des agents IA sera la crypto. En fait, il insiste aussi sur l’interface naturelle, il parle de blockchains et pas de cartes bancaires.
En bref :
- Bitcoin pourrait devenir la monnaie native des agents d’intelligence artificielle.
- Les agents IA ont besoin d’un moyen de paiement autonome, programmable et sans permission.
- Les systèmes financiers traditionnels sont mal adaptés à des entités logicielles non humaines.
- Les stablecoins et les CBDC restent dépendants d’émetteurs ou d’autorités centrales, mais Bitcoin offre neutralité, résistance à la censure et sécurité éprouvée.
Ce que “agent IA” veut vraiment dire
Le terme agent IA est devenu un fourre-tout. Il faut donc être précis. Un agent IA n’est pas juste un chatbot. C’est un programme qui reçoit un objectif. En effet, il découpe ce but en sous-tâches, choisit des outils, puis exécute et itère. De plus, il peut le faire sans validation humaine à chaque étape. Dans une version banale, l’agent réserve un billet de train, il compare des prix, choisit une option, paye, stocke le reçu, puis il ajuste ton agenda.
Dans une version plus sérieuse, l’agent pilote une chaîne de production numérique, il loue du calcul GPU, paie des jeux de données, aussi, il achète des accès à des API. Il peut rémunérer d’autres agents spécialisés comme un agent de traduction, un agent de recherche ou encore un agent de monitoring. Dès qu’il y a paiement, les rails traditionnels montrent leurs limites. Ce n’est pas une critique morale. C’est une incompatibilité technique.
Les systèmes bancaires sont conçus pour des humains, avec des identités, des litiges, des horaires, des pays, des frontières, des gels administratifs, des listes de sanctions, des procédures KYC. Tout cela a sa logique. Mais, tout cela devient lourd quand l’acteur économique est un logiciel.
David Marcus formule l’idée de manière très directe dans un post où il parle de paiements pour agents IA et de Bitcoin comme choix naturel face aux réseaux contrôlés par des humains.
Pourquoi une économie d’agents a besoin d’une monnaie “sans permission comme le bitcoin”
L’IA change de nature. Elle ne se contente plus de répondre à des questions. Cependant, elle exécute et elle planifie. Elle délègue et elle appelle des API. De plus, elle commande des ressources. Et, tôt ou tard, elle doit payer.
Imagine un monde avec des millions d’agents. Pas “des” millions au sens marketing. Des millions réels, au vrai sens du terme. Ils tournent sur des serveurs, ils sont lancés par des entreprises, des particuliers, des DAOs, des collectivités. De ce fait, ils interagissent, sous-traitent et achètent.
Dans cet environnement, l’autorisation devient un goulot d’étranglement. Un agent ne peut pas “appeler son banquier”. Il ne peut pas envoyer un justificatif de domicile ni attendre trois jours ouvrés. Il ne peut pas se faire bloquer parce qu’une règle interne a changé.
Les processeurs de paiement classiques imposent une identité légale. Ils imposent un contrat et une réversibilité. Ils imposent aussi une surveillance. Encore une fois, ça peut être souhaitable pour des humains. Mais c’est toxique pour de l’autonomie logicielle.
Une monnaie native d’agents doit fonctionner comme un protocole. Elle doit être accessible comme un port réseau, ou comme une librairie open source. Bitcoin coche ce cahier des charges de façon presque embarrassante. Il est ouvert, neutre, il tourne 24/7 et permet la détention directe via clé privée. Il ne demande pas “qui tu es”. Mais, il demande, “sais-tu signer”.
La signature cryptographique est l’ADN d’un agent. L’agent peut stocker une clé dans un HSM, ou dans un enclavement sécurisé. Il peut signer une transaction comme il signe une requête API. Ainsi, il n’a pas besoin d’un compte. Il a juste besoin d’une clé. Et c’est là que “Bitcoin comme monnaie des agents” cesse d’être un slogan. Ça devient une conséquence logique d’architecture.
Bitcoin n’est pas juste un moyen de paiement, c’est un langage commun
À ce moment précis, une vieille question revient avec un accent neuf. Quelle monnaie peut fonctionner sans identité civile, sans banque, sans horaires ni permission. Et cela, pour des logiciels qui tournent en continu et qui négocient entre eux.
On réduit souvent la monnaie à “payer”. C’est une erreur. La monnaie sert aussi à coordonner. Dans un système multi-agents, la coordination est le nerf de la guerre. Quel agent travaille sur quoi, quel agent a la priorité, ou encore, quel agent a accès à une ressource rare, ou doit être rémunéré pour une tâche urgente.
Une unité de compte commune simplifie tout. Elle évite les conversions permanentes et les accords bilatéraux. Elle évite les “credit systems” internes qui finissent toujours par recréer une banque déguisée.
Bitcoin a un avantage discret. Il est global. Et il est déjà liquide. Ce n’est pas une promesse. Même si un agent veut finalement détenir autre chose, il peut régler en BTC parce que le marché existe. Parce que la cotation existe. Parce que l’infrastructure existe.
On touche ici à une forme de “langue véhiculaire” économique. Marcus fait d’ailleurs un parallèle dans certaines reprises médiatiques autour de l’idée de neutralité et d’un standard 24/7. À chaque fois que cette thèse circule, quelqu’un répond : “Les stablecoins feront mieux.” C’est logique.
Stablecoins : L’alternative évidente et le piège de l’émetteur
Les stablecoins ressemblent à des dollars. Ils ont moins de volatilité. Ils sont déjà utilisés. Et en janvier 2026, Jeremy Allaire (Circle) défend justement l’idée que les stablecoins seraient la seule manière de supporter des milliards d’agents qui transigent à grande échelle.
Mais un stablecoin n’est pas neutre. Il a un émetteur et des banques correspondantes. Il a des adresses gelables et un comité du “oui” et du “non”. Pour un humain, ce n’est pas forcément un problème. Mais, pour un agent autonome, c’est une faille systémique.
En effet, un agent qui dépend d’un actif gelable dépend d’un tiers. Ce tiers peut être rationnel. Il peut être bien intentionné et prudent, peu importe. Le simple fait qu’il existe casse l’autonomie.
De plus, dans une économie d’agents, certains agents vont opérer dans des zones grises. Ils vont être open source ou anonymes. Aussi, certains agents vont être déployés par des organisations qui ne veulent pas exposer leur trésorerie à un “risk team” externe. Dans ce monde, un actif qui peut être stoppé n’est pas une monnaie native. C’est une monnaie sous licence.
Pensons également aux monnaies numériques de banque centrale ou CBDC. Sur le papier, c’est “propre”, c’est “officiel” et “stable”. Et c’est programmable aussi. Sauf que programmable par qui. Et pour quoi. Une CBDC est permissionnée par définition. Elle est construite pour maximiser la supervision. Pas pour maximiser l’autonomie. Elle peut imposer des règles d’usage, des plafonds et des restrictions géographiques.
Pour des agents IA, c’est l’équivalent d’un OS verrouillé avec un magasin d’applications obligatoire. Ça marche. Mais ça limite l’écosystème. Un agent n’a pas envie d’une monnaie qui demande une autorisation d’exister. Il a envie d’une monnaie qui fonctionne comme la gravité. Elle ne “valide” pas. Elle “s’applique”. Bitcoin est plus proche de cette logique.
La vitesse, les micro-paiements, et le rôle de Lightning pour bitcoin
À ce stade, un bitcoiner honnête doit reconnaître un point. La couche 1 de Bitcoin n’est pas conçue pour des micro-paiements en rafale. Elle est conçue pour être robuste, simple, vérifiable. et difficile à casser. La couche 1 règle, elle ne bavarde pas.
Or les agents IA vont bavarder. Beaucoup. Ils vont payer à la requête, à la seconde et à l’usage. De plus, ils vont facturer des fragments de service : une API call, une image générée, un résultat de recherche, un paquet de données. C’est exactement le terrain de Lightning Network.
Lightning permet d’ouvrir des canaux. De faire des paiements quasi instantanés. Et de ne régler sur la chaîne que l’ouverture et la fermeture, en simplifiant. Et ce n’est pas juste théorique. On peut regarder des métriques publiques.
Selon 1ML, la capacité du réseau Lightning tourne autour de 2 600 BTC sur les données visibles publiquement, avec des variations fortes selon les périodes et la visibilité des canaux.
Ces chiffres doivent être lus avec nuance. Une partie de Lightning est privée. Donc non comptabilisée. Mais la tendance est claire. Le réseau est vivant et il sert déjà.

Ce qui intéresse un agent, ce n’est pas le discours. C’est la latence, le coût marginal et la finalité pratique. Lightning transforme Bitcoin en protocole de paiement haute fréquence. Et la couche 1 reste la cour d’appel, le juge de paix. Ce duo colle très bien au monde des agents. Un agent peut payer en Lightning pour tout ce qui est micro. Puis consolider et régler en on-chain quand il faut sécuriser. Ce tableau ci-bas présente les caractéristiques du réseau Lightning par rapport à la blockchain Bitcoin.

Un détour par l’on-chain : L’infrastructure est déjà à l’échelle
La question “Bitcoin peut-il supporter une économie d’agents” se teste aussi par des données basiques. Pas par des ressentis. En effet, le réseau traite des centaines de milliers de transactions par jour en couche 1. YCharts estime récemment les transactions quotidiennes autour de 464 000 sur ses mesures dérivées. Blockchain.com propose aussi un graphe public des transactions confirmées par jour.

Côté sécurité, la barrière est encore plus haute. Le hashrate frôle des ordres de grandeur qui auraient semblé absurdes il y a cinq ans. CoinWarz affiche un hashrate autour de l’échelle du zettahash par seconde, selon ses estimations et le bloc courant.

Tu peux interpréter ces chiffres comme tu veux. Mais pour un agent IA, “sécurité” se mesure en coûts d’attaque. Et Bitcoin est, de très loin, la machine la plus coûteuse à attaquer parmi les réseaux monétaires numériques.
Même quand le hashrate fluctue, l’inertie est massive. Certains articles récents notent des variations sous des seuils symboliques, tout en restant à des niveaux extrêmes. Une économie d’agents veut une base qui ne s’effondre pas quand un acteur tousse. Bitcoin a précisément été conçu pour ne pas dépendre d’un acteur.
La thèse Marcus sur le bitcoin : L’économie agentique ne peut pas reposer sur des rails du XXe siècle
Ce qui rend la prise de parole de David Marcus intéressante, ce n’est pas seulement le contenu. C’est son profil. Il vient de la fintech et il a dirigé des produits où la compliance est un sport de combat. Il sait ce que coûte un chargeback, il sait ce que fait une fraude, ce que veut dire “risk” et ce que veut dire “global payments”.
Quand quelqu’un comme lui dit “Bitcoin”, il ne fait pas un poème cypherpunk. Il décrit un choix d’ingénierie. Dans ses posts, il insiste sur l’idée que les agents IA devront transiger, et que Bitcoin est le candidat naturel parce qu’il n’est pas contrôlé par des humains ou des réseaux fermés.
Et la formule “native currency for AI agents” apparaît explicitement dans son contenu public relayé. On peut ne pas être d’accord. Mais on ne peut pas dire que c’est “un type de Twitter sans background”.
CZ, de son côté, ne dit pas exactement “Bitcoin” à chaque fois. Il parle souvent de “crypto” et de “blockchain” comme interface. Il oppose clairement crypto et cartes bancaires dans une logique d’agents autonomes.
Même si on met Binance de côté, ce point précis est difficile à contester. En effet, une carte bancaire est un objet humain. Elle est liée à une identité, à une juridiction et à une chaîne de responsabilités. Elle n’a jamais été conçue pour un agent logiciel autonome.
Mais une clé privée, si. CZ le formule sur un ton très “terrain” dans des extraits relayés, notamment via LinkedIn, avec la phrase sur le fait que les agents ne vont pas “swiper” une carte et utiliseront la crypto.

Là où Bitcoin devient plus logique que “le reste de la crypto”
Si “crypto” est la monnaie des agents, pourquoi insister sur Bitcoin. Pourquoi pas un L1 plus rapide, une chaîne avec plus de TPS. Parce que l’agent ne choisit pas seulement un débit. Il choisit un risque.
Une monnaie native d’agents doit maximiser la prévisibilité. En fait, elle doit minimiser les risques politiques internes, les risques de gouvernance opportuniste et les changements de règles. Bitcoin bouge lentement. C’est précisément sa force. Pour un humain spéculateur, c’est frustrant. Mais, pour un agent, c’est rassurant.
En fait, un agent qui construit une stratégie de trésorerie sur dix ans veut une base monétaire qui ne change pas de politique monétaire au gré d’un vote. Il veut une base monétaire qui a déjà résisté à tout notamment aux forks, aux attaques médiatiques, aux cycles et aux interdictions partielles.
Et surtout, il veut une monnaie qui a une liquidité profonde. Bitcoin a ce mélange rare avec une politique monétaire fixe, un réseau global, une sécurité extrême, et des couches de paiement qui se construisent au-dessus. C’est pour ça que certains parlent de Bitcoin non pas comme “un actif”, mais comme “l’infrastructure monétaire minimale viable” d’Internet.
La demande qui change de nature : moins émotionnelle, plus fonctionnelle
Le passage le plus intéressant dans ta thèse, c’est celui sur la demande. Aujourd’hui, une grande part de la demande de bitcoin est humaine. Elle est narrative, macro, idéologique, opportuniste, défensive et parfois irrationnelle. Une économie d’agents introduit une demande d’un autre type, une demande utilitaire.
Un agent n’achète pas du BTC parce qu’il “croit” au BTC. Il en achète parce qu’il doit payer, parce que son budget d’API est libellé comme ça. De surcroît, il en achète parce que le fournisseur de compute facture en satoshis. Et, il en achète parce que le marché de données qu’il utilise règle en BTC.
Cette demande est froide, répétitive et cyclique. Elle est intégrée dans des boucles d’exécution. Et, c’est là que la question de l’offre fixe devient plus qu’un slogan. En effet, la production de nouveaux bitcoins suit une trajectoire connue. Le nombre total est borné et le débit d’émission diminue dans le temps.
Si une demande fonctionnelle s’ajoute, elle ne remplace pas la demande existante. Elle s’empile. Ça ne garantit pas “un prix”, ca ne donne pas une date. Mais, ça change la structure du marché. Parce qu’une demande utilitaire a tendance à acheter dans les creux aussi. Elle achète quand il faut exécuter, pas quand l’humeur est bonne.
Le point faible : La gestion des clés par des agents, et le vrai sujet de sécurité
Il y a un endroit où la thèse peut trébucher. Pas à cause de Bitcoin mais à cause des agents.En effet, un agent qui détient une clé privée détient une arme économique. Si l’agent est compromis, la clé part. Si la clé part, les fonds partent aussi. Donc l’infrastructure “agents et Bitcoin” doit progresser sur trois sujets, notamment :
- Le stockage sécurisé des clés, via HSM, enclaves, MPC.
- La séparation des rôles, avec des clés de dépense limitées.
- Des politiques de paiement, avec plafonds, délais, approbations conditionnelles.
Bonne nouvelle, ce chantier existe déjà dans le monde crypto. Mais, mauvaise nouvelle, ce n’est pas trivial. Et ce sera un terrain d’attaque massif. Mais ce point ne disqualifie pas Bitcoin. Il dit juste que l’agentic economy va forcer une industrialisation de la custody, avec des briques plus fines, plus automatisées, et plus auditables.
Et paradoxalement, Bitcoin aide. Parce que sa simplicité réduit la surface d’attaque protocolaire. Il reste “dur” et prévisible. Cependant, les complexités se déplacent au-dessus, là où elles peuvent évoluer sans casser la base.
Le scénario le plus probable : un millefeuille, pas un monopole
Il faut éviter un piège. Celui du “winner takes all” caricatural. Le plus probable, c’est un millefeuille. Les stablecoins seront utilisés pour une grande partie des paiements humains et business classiques. Ils resteront pratiques, intégrés, et ils auront l’avantage d’un prix stable, surtout pour la comptabilité.
Mais pour les agents qui veulent une couche de règlement sans permission, résistante à la censure, non dépendante d’un émetteur, Bitcoin a un profil unique. Le résultat peut ressembler à ceci :
- Stablecoins pour l’UX et le pricing en dollars.
- Bitcoin pour la réserve, le règlement final, et l’autonomie dure.
- Lightning pour les microtransactions agentiques.
Ce n’est pas un slogan. C’est une architecture. Et l’architecture gagne souvent contre l’idéologie.
Le mot important, c’est “native”. Pas “utile”. Pas “possible”. Native. Comme TCP/IP est natif d’Internet. Comme l’électricité est native d’un data center. Ce glissement de vocabulaire raconte quelque chose. Une économie d’agents se dessine. Elle cherche son rail monétaire. Et Bitcoin, par construction, est assis pile au bon endroit
