La guerre entre l’Iran et les États-Unis s’installe dans la durée, et c’est précisément ce qui nourrit désormais le doute sur la capacité de Washington à reprendre la main. Le marché de prédiction Polymarket évaluait ce 12 mars à près de 70 % la probabilité que le conflit ne soit pas terminé d’ici le 15 mai. Dans le même temps, le pétrole a de nouveau bondi, les marchés mondiaux sont devenus plus nerveux et le bitcoin reste coincé dans une zone d’incertitude qui reflète cette tension géopolitique.
En bref
- La prolongation de la guerre jusqu’en mai est désormais jugée plausible par les marchés.
- Le pétrole reste le principal canal de contagion vers l’économie mondiale.
- Le Bitcoin tient encore, mais il reste vulnérable à un choc géopolitique durable.
Une guerre qui cesse d’être courte
Le point central est là : plus le conflit iran-USA dure, plus il change de nature. Au départ, beaucoup d’acteurs de marché misaient sur une phase militaire brutale mais brève. Ce scénario perd du terrain. Polymarket place désormais l’hypothèse d’une fin du conflit d’ici le 15 mai autour de 68 à 70 %, ce qui montre surtout que la guerre est perçue comme un dossier encore ouvert, incertain et difficile à refermer rapidement.
Cette prolongation n’est pas un simple détail diplomatique. Elle renforce l’idée d’un conflit Iran-USA d’usure. Dans ce type de guerre, la question n’est plus seulement de frapper fort. Elle devient celle de la résilience politique, économique et logistique. C’est précisément ce qui fragilise la lecture d’une victoire rapide américaine.
Dans ce contexte, la sortie de John Mearsheimer trouve un écho particulier. Le politologue estime que les États-Unis ont déjà perdu la guerre au sens stratégique, faute de perspective claire de victoire décisive et de porte de sortie crédible. Son propos est brutal, mais il résume un malaise de plus en plus visible : Washington peut encore frapper, mais cela ne signifie pas qu’il peut imposer un règlement.
Le pétrole redevient le vrai juge du conflit
Le marché pétrolier, lui, ne discute pas. Il réagit. Reuters rapporte qu’avec l’escalade des attaques Iran-USA sur le transport maritime et les installations énergétiques dans la région, le Brent a bondi jusqu’à plus de 100 dollars avant de revenir vers 96,9 dollars. Le WTI a lui aussi fortement monté. Cette poussée efface en partie l’effet rassurant de la libération coordonnée de réserves stratégiques.
Le nœud du problème reste le détroit d’Ormuz en Iran. Dès qu’un doute s’installe sur la fluidité du trafic dans cette zone, le marché price une perturbation mondiale. Goldman Sachs a d’ailleurs revu ses prévisions en intégrant une disruption plus longue des flux pétroliers, et Reuters souligne que les prix ont déjà flambé de plus de 36 % depuis le début de la guerre le 28 février.
Autrement dit, le pétrole sert ici de thermomètre géopolitique. S’il reste élevé, il alimente l’inflation, renforce le dollar et pèse sur les actifs considérés comme plus spéculatifs. C’est ce mécanisme, bien plus que la seule peur militaire, qui commence à inquiéter les investisseurs sur le front crypto.
Bitcoin sous pression, sans capitulation franche
Le Bitcoin ne s’est pas effondré, mais il n’envoie pas non plus un signal de force limpide. Il évolue autour de 69 000 à 70 000 dollars, dans une phase de consolidation où la demande institutionnelle existe encore, mais où l’incertitude macro bloque l’élan. Ce n’est pas un marché paniqué. C’est un marché qui hésite à cause de la guerre Iran-USA.
L’argument baissier avancé par plusieurs observateurs est assez simple. Si le pétrole franchit durablement les 100 dollars, si la volatilité grimpe et si le conflit s’enlise, les investisseurs peuvent réduire leur exposition aux actifs risqués et revenir vers des refuges plus classiques comme l’or ou le dollar. C’est aussi l’idée relayée dans l’analyse reprise autour de Kevin Steuer.
Mais il faut éviter l’excès inverse. Parler d’un effondrement automatique du Bitcoin serait aller trop vite. Pour l’instant, le marché crypto ressemble davantage à un actif suspendu à la macro qu’à un actif déjà cassé. Le vrai risque n’est pas une chute soudaine sortie de nulle part. Le vrai risque, c’est un choc pétrolier durable qui userait progressivement l’appétit pour le risque.
