Michael Burry alerte sur une possible surchauffe de l’IA, en comparant l’euphorie actuelle autour de Nvidia et des semi-conducteurs aux derniers mois de la bulle internet. L’investisseur rendu célèbre par The Big Short estime que le marché ne monte plus seulement sur les résultats, mais sur une conviction collective devenue presque automatique.
Une alerte qui vise le cœur du trade IA
Le message de Burry n’est pas une simple critique de valorisation. Il attaque surtout l’ambiance du marché. Pour lui, l’IA est devenue le mot magique qui justifie presque tout. Hausse des cours, achats agressifs, projections énormes : le récit avale les chiffres.
Cette lecture rappelle la fin des années 1990. À l’époque, il suffisait parfois d’ajouter « .com » à une entreprise pour déclencher l’enthousiasme. Aujourd’hui, le mot IA joue un rôle proche. Il attire les capitaux, même quand les prix semblent déjà tendus.
Nvidia incarne ce moment. Le groupe reste au centre de la demande en puces pour data centers et modèles d’intelligence artificielle. Cette tension prolonge un mouvement déjà visible dans la façon dont les marchés mondiaux traitent les semi-conducteurs comme un pari central sur l’IA.
Mais justement, cette position dominante rend le titre très exposé. Quand tout le monde regarde dans la même direction, le moindre doute peut devenir brutal. Ce n’est pas une négation de la puissance de Nvidia. C’est un rappel sur le prix payé pour cette puissance.
Nvidia, SOX et la mécanique de l’excès
Burry a aussi pointé le Philadelphia Semiconductor Index, le fameux SOX. CoinGape rapporte que l’indice a fortement progressé, porté par Nvidia, Broadcom et TSMC. Cette poussée nourrit l’idée d’un marché où les semi-conducteurs ne sont plus seulement un secteur. Ils deviennent le baromètre de toute la promesse IA.
Le problème n’est pas que l’IA serait inutile. C’est même l’inverse. La technologie est réelle, les investissements sont massifs, et les entreprises en tirent déjà des revenus. Mais une technologie réelle peut aussi produire une bulle réelle. Internet a changé le monde, pourtant beaucoup d’actions internet se sont effondrées après 2000.
C’est là que le signal de Burry devient intéressant. Il ne dit pas seulement que l’IA est trop chère. Il dit que le marché semble oublier le prix du risque. Or, en Bourse, les grandes histoires finissent souvent par se heurter à une question sèche : combien cela rapporte vraiment, et quand ?
La course au compute renforce cette interrogation. Les contrats de capacité, les GPU et les mégawatts deviennent des actifs stratégiques, comme l’a montré l’accord entre Anthropic et SpaceX autour de Claude. Le marché peut donc avoir raison sur la tendance industrielle, tout en se trompant sur le prix exact des gagnants.
Des paris baissiers assumés
Business Insider rapporte que Burry a renforcé ses positions baissières via des options de vente sur Nvidia, le Nasdaq 100, Oracle et l’ETF iShares Semiconductor, qui suit plusieurs grandes valeurs des puces. Il a aussi indiqué que ces paris représentaient près de 7 % de son portefeuille, tandis que ses positions courtes directes sur Palantir et Tesla comptaient pour environ 2,5 %.
Ce détail compte. Burry ne se contente pas de commenter depuis les tribunes. Il engage du capital contre une partie du rally technologique. Son pari peut échouer, bien sûr. Les marchés peuvent rester irrationnels longtemps, surtout quand les bénéfices des géants de l’IA continuent de soutenir le récit.
Mais son positionnement rappelle une chose simple. Une bulle ne se reconnaît pas uniquement à l’absence de profits. Elle se reconnaît aussi à l’excès de certitude. Quand les investisseurs commencent à croire qu’une tendance ne peut plus s’arrêter, le marché devient fragile.
Le vrai débat : bulle ou nouveau cycle ?
La comparaison avec la bulle internet peut sembler excessive. Les grandes entreprises de l’IA ne sont pas de simples coquilles vides. Microsoft, Nvidia, Meta ou Google disposent de revenus solides et d’une puissance financière considérable. Ce n’est pas le Far West des start-up dot-com.
Pourtant, la question de la valorisation reste entière. Business Insider note aussi que Jefferies a repris une thèse proche de celle de Burry sur Palantir, en jugeant le titre vulnérable à un ralentissement de l’enthousiasme autour de l’IA. Même avec de bons fondamentaux, une action peut devenir trop chère si le marché exige une croissance parfaite.
Cette prudence rejoint un sujet plus large : les marchés adorent les récits simples quand les capitaux reviennent. On l’a vu aussi dans la crypto, avec le retour des entrées institutionnelles dans les fonds numériques. Le flux peut soutenir une tendance. Il peut aussi amplifier une confiance déjà trop confortable.
Le signal est donc moins une prédiction d’effondrement immédiat qu’un avertissement de discipline. L’IA peut transformer l’économie. Nvidia peut rester un géant. Mais aucun récit, même brillant, ne supprime les cycles. Burry mise sur ce vieux rappel. Le marché, lui, continue de danser.
En bref
- Michael Burry compare l’euphorie IA aux derniers mois de la bulle internet.
- Nvidia et les semi-conducteurs concentrent une grande partie de cette tension.
- Le risque n’est pas l’IA elle-même, mais le prix payé pour y croire.
